Le journalisme, il n'est pas tombé dedans quand il était petit, mais presque. Il l'a découvert dès qu'il a appris à lire et qu'il s'est mis à feuilleter chaque jour Le Soir sur la table de la salle à manger familiale à Nivelles. " Au début, je lisais surtout le sport et puis j'ai tourné de plus en plus de pages, raconte François Bailly, le nouveau rédacteur en chef de L'Echo. Je me suis inscrit en journalisme à l'ULB, même si j'avais un peu peur, vu le niveau de mon orthographe. "
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Le journalisme, il n'est pas tombé dedans quand il était petit, mais presque. Il l'a découvert dès qu'il a appris à lire et qu'il s'est mis à feuilleter chaque jour Le Soir sur la table de la salle à manger familiale à Nivelles. " Au début, je lisais surtout le sport et puis j'ai tourné de plus en plus de pages, raconte François Bailly, le nouveau rédacteur en chef de L'Echo. Je me suis inscrit en journalisme à l'ULB, même si j'avais un peu peur, vu le niveau de mon orthographe. " Il n'était pas non plus, convient-il, particulièrement doué en maths. Pourquoi dès lors s'orienter vers le journalisme économique, cette discipline truffée de chiffres ? Parce que François Bailly est aussi un fonceur, on le vérifiera à plusieurs carrefours de sa jeune carrière. Lors du choix de ses stages, il a opté pour L'Echo, réputé pour " faire vraiment bosser les stagiaires ". Et manifestement, cela a fonctionné. Il a continué comme pigiste occasionnel et a pu se payer le luxe d'un périple de huit mois en Australie (où il a bossé dans la cueillette de pommes et l'élevage de poulets, entre autres petits boulots), sans être oublié de la rédaction. A son retour, en 2008, François Bailly signe son premier CDD. Le hasard des remplacements le mènera vers les secteurs des télécoms et de l'automobile. " J'avais d'une part un secteur crucial, dans lequel il y a encore de grandes entreprises belges, des investissements énormes et des enjeux juridiques, réglementaires, politiques, numériques, etc., explique-t-il. Et, d'autre part, un business très pragmatique, avec des marques historiques et très ouvertes à la presse. Grâce à l'automobile, j'ai pu faire un reportage à Detroit en pleine crise financière de 2008 ou découvrir l'éveil d'un marché en Chine. J'ai vraiment grandi dans le journalisme en couvrant ces deux secteurs pendant sept ans. " Et c'est à ce moment-là que les petites phrases de Didier Bellens sont entrées dans le jeu. François Bailly assistait, avec un journaliste de Trends-Tendances, à la fameuse conférence au B19 au cours de laquelle celui qui dirigeait alors Belgacom a qualifié l'Etat belge de " pire actionnaire " et ironisé sur ces ministres qui attendaient le dividende comme un enfant sa Saint-Nicolas... " Je sors l'info, sans vraiment me rendre compte de l'ampleur que prendra l'affaire, se souvient-il. Mais très vite, mon téléphone chauffe et tout s'emballe. " Ce sera le dégommage de Didier Bellens, le plafonnement des rémunérations, la désignation de sa successeure... " Cette affaire, c'est ma vie pendant sept mois, explique François Bailly. J'étais le premier au départ et j'ai toujours gardé un coup d'avance. " Mais, on vous l'a dit, c'est un fonceur. François Bailly ne va pas se reposer sur ses lauriers. Au contraire, il cherche de nouveaux défis. Passer de l'autre côté de la barrière et s'occuper de la communication d'un groupe ? Jos Donvil, alors patron de Base, le lui propose. " J'ai longuement hésité mais, rejoindre Base, ce fut la meilleure décision de ma vie, dit-il. Cela m'a permis de réaliser que je n'étais pas coincé dans une fonction, que ma sensibilité médiatique pouvait servir à plein de choses, qu'elle m'ouvrait de nouvelles voies. " Sa mission : être hyper-réactif pour faire de Base " le poil à gratter du marché ". Le rachat par Telenet quelques mois plus tard fait évoluer la fonction, il s'agit notamment de faire le lien entre le groupe flamand et les acteurs francophones. " C'était très instructif comme job et, en plus, ils avaient besoin de francophones, poursuit François Bailly. Mais je suis un fonceur, je ne pouvais pas rester éternellement dans cette position. " Ce sera un retour au journalisme et à L'Echo en 2016, pour prendre la direction du service Entreprises, une équipe de 13 journalistes. Deux ans plus tard, il est promu rédacteur en chef, après le départ de Joan Condijts. " Le message est double, explique-t-il. En optant pour une promotion interne, le groupe Mediafin mise sur la continuité. Le journal va bien, nos ventes ont augmenté de 9%, nous avons modernisé le contenu et repensé l'édition du week-end. En désignant quelqu'un de jeune ( 34 ans le 9 février, Ndlr), on s'inscrit vraiment dans le défi numérique. L'Echo a 15.000 abonnés mais lors des pics d'actualité, comme l'annonce de la restructuration chez Proximus, notre site atteint 105.000 lecteurs. Vous voyez l'écart entre ces deux chiffres, il est là notre défi. " Désormais, la journée de la rédaction n'est plus uniquement balisée par l'heure du bouclage de l'édition papier mais également par l'actualité plus chaude des newsletters (8h30, 12h30 et 18h30). " Nous apportons l'info au moment où le lecteur l'attend, insiste François Bailly. Le potentiel de curieux se trouve là, beaucoup plus que le lendemain matin en kiosque. " Mais peut-on multiplier les rendez-vous, et y ajouter des contenus étoffés dans l'édition du week-end, sans augmenter les effectifs ? Le rédacteur en chef pense que oui, à condition de savoir bien sérier les priorités et de veiller à la complémentarité des profils dans la rédaction. Néanmoins, à force de courir de plus en plus vite, on multiplie les risques d'erreur. Un écueil dévastateur dans un monde médiatique, déjà vilipendé sous l'étendard des fake news. " Je préfère que nous soyons 20 minutes en retard sur l'info plutôt que de publier quelque chose de faux, assure François Bailly. S'il y a une chose sur laquelle nous ne pouvons jamais transiger, c'est la qualité. Nos enquêtes de lectorat montrent que la première motivation d'achat de L'Echo, c'est la fiabilité de nos infos. Nous ne pouvons en aucun cas sacrifier cela. " L'une des particularités du poste de rédacteur en chef à L'Echo, c'est d'avoir à l'échelon hiérarchique supérieur une directrice des rédactions (Isabel Albers), qui chapeaute aussi le quotidien néerlandophone De Tijd. Un atout ou un inconvénient ? " C'est clairement une force, répond François Bailly. Cela donne une ampleur nationale à nos dossiers et à nos interviews. Nous pouvons conjuguer les efforts de deux rédactions pour des grands projets, comme nous l'avons fait avec des reportages sur Silicon Europe ou sur la blockchain. " Ce tandem avec le puissant quotidien flamand n'empêche pas L'Echo de regarder vers le sud et vers cette économie wallonne qui émerge, dans les biotechs et ailleurs. " Aujourd'hui, un lecteur sur deux est Bruxellois, dit le rédacteur en chef. Si nous voulons croître, nous devons nous ouvrir sur l'économie wallonne et les PME. " Cela s'est traduit par l'action " La Wallonie entreprend ", la diffusion d'une newsletter spécifique et la création du premier groupe LinkedIn de L'Echo. Notons au passage que le partenariat avec une publication soeur en Flandre et une ouverture vers l'économie wallonne, on connaît très bien cela chez Trends-Tendances... C'est par les pages sportives que François Bailly est arrivé au journalisme. Mais c'est un peu à cause du journalisme qu'il a dû arrêter, non pas le sport, mais " son " sport de jeunesse, le hockey. Il a évolué à un bon niveau à l'Ombrage, où il a presté quatre saisons en équipe première en D1 et en D2. " J'étais gardien de but, le poste des fous ", sourit-il. Il a arrêté à la naissance de sa fille, et se contente depuis du squash et du jogging aux étangs de Tervuren pour garder la forme. " J'aurais pu continuer le hockey un ou deux échelons plus bas, en réduisant les entraînements, conclut François Bailly. Mais je suis un compétiteur, je fais les choses à fond ou je ne les fais pas. "