Si le Sonaca 200, le petit avion à aile basse développé par Sonaca Aircraft est le symbole du renouveau de l'aéronautique belge (cela fait plus de 50 ans qu'un avion n'avait pas été assemblé sur notre sol), ce biplace illustre aussi le redéploiement de l'aérodrome de Namur à Temploux. En effet, c'est dans le cadre d'un contrat entre Sonaca Aircraft et l'aérodrome qu'à la fin 2017, les propriétaires du site aéronautique décident de construire un hall de 2.300 m2 pour accueillir les lignes de production du Sonaca 200 et de transformer une piste en herbe en une piste en dur. C'était la première décision stratégique des propriétaires de l'aérodrome qui, le 17 juillet 2017, venaient de racheter le site de 27 ha à la famille Bertrand. Une famille à la manoeuvre depuis plus de 30 ans et qui souhaitait vendre depuis quelques années, mais pas à n'importe qui et à condition que l'activité aéroportuaire soit maintenue. Elle avait ainsi déjà balayé des propositions - plus intéressantes - d'acteurs du commerce de détail ou de l'immobilier. Pour le rachat et les premiers investissements destinés à refaire revivre le site (qui n'était plus entretenu de façon optimale), les acquéreurs ont mis huit millions d'euros sur la table.
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Si le Sonaca 200, le petit avion à aile basse développé par Sonaca Aircraft est le symbole du renouveau de l'aéronautique belge (cela fait plus de 50 ans qu'un avion n'avait pas été assemblé sur notre sol), ce biplace illustre aussi le redéploiement de l'aérodrome de Namur à Temploux. En effet, c'est dans le cadre d'un contrat entre Sonaca Aircraft et l'aérodrome qu'à la fin 2017, les propriétaires du site aéronautique décident de construire un hall de 2.300 m2 pour accueillir les lignes de production du Sonaca 200 et de transformer une piste en herbe en une piste en dur. C'était la première décision stratégique des propriétaires de l'aérodrome qui, le 17 juillet 2017, venaient de racheter le site de 27 ha à la famille Bertrand. Une famille à la manoeuvre depuis plus de 30 ans et qui souhaitait vendre depuis quelques années, mais pas à n'importe qui et à condition que l'activité aéroportuaire soit maintenue. Elle avait ainsi déjà balayé des propositions - plus intéressantes - d'acteurs du commerce de détail ou de l'immobilier. Pour le rachat et les premiers investissements destinés à refaire revivre le site (qui n'était plus entretenu de façon optimale), les acquéreurs ont mis huit millions d'euros sur la table. Les nouveaux propriétaires sont au nombre de trois : Olivier de Spoelberch, Vanina Ickx et Benjamin de Broqueville. Ce projet de rachat est le fruit d'une double rencontre. En mai 2017, les époux de Broqueville-Ickx sont contactés par l'agence Trevi, en quête d'un repreneur pour l'aérodrome. A ce moment-là, Benjamin de Broqueville, qui fut journaliste à RTL pendant 10 ans, travaille pour Freddy Tacheny et sa société Zelos, active dans le management sportif. " C'est auprès de Freddy Tacheny que j'ai appris la gestion ", insiste Benjamin de Broqueville. Ce dernier est un pilote de planeur depuis de nombreuses années et son enfance a été marquée de souvenirs liés à cette passion. De son côté, Vanina Ickx a rangé son casque de pilote automobile et a suivi un cursus de management pour démarrer sa reconversion. Le couple de Broqueville- Ickx était très tenté par la reprise de l'aérodrome. Restait à régler la délicate question du financement. Arrive alors la deuxième rencontre décisive pour ce projet de relance. Alors qu'ils visitent le site avec un banquier, Benjamin de Broqueville et Vanina Ickx font la rencontre d'Olivier de Spoelberch, l'homme d'affaires issu de la célèbre famille brassicole. Ce dernier fait partie des meubles à l'aérodrome. Il vole à Temploux depuis 35 ans. Il faut dire que le château de Flawinne où il vit n'est qu'à quelques kilomètres de l'aérodrome. Il fait d'ailleurs le trajet la plupart du temps en trottinette. Pour la petite histoire, les de Spoelberch ne sont pas seulement une famille de brasseurs : ils sont aussi aviateurs. Eric de Spoelberch, l'oncle d'Olivier, était pilote et s'est tué tragiquement lors du crash du prototype et exemplaire unique de l'avion de chasse belge Renard R-36 à Nivelles le 17 janvier 1939. Par ailleurs, toujours au rayon aéronautique, Olivier de Spoelberch est aussi actionnaire à 90% de Stemme, un constructeur allemand spécialisé dans la fabrication de motoplaneurs (quasi 200 emplois localisés à Strausberg, dans les environs de Berlin). Pour revenir à la rencontre décisive, Olivier de Spoelberch est, lui aussi, tenté de reprendre l'aérodrome mais la gestion quotidienne le rebute. Assis à une table de la petite brasserie de l'aérodrome autour de croque-monsieur, le trio se rend compte rapidement qu'ils sont complémentaires. Les croques à peine avalés, le deal est conclu. Aujourd'hui, Olivier de Spoelberch détient 95% du capital de l'entreprise. Le couple Ickx-de Broqueville les 5% restants, mais ce sont eux qui sont aux manettes quotidiennement. " L'actionnaire principal est très impliqué dans le projet. Nous sommes avant tout des passionnés qui se sont rencontrés. C'est un véritable travail d'équipe ", insiste Benjamin de Broqueville, administrateur délégué. Ils partagent une vision commune qui est d'ailleurs inscrite au marqueur sur un petit tableau blanc dans le bureau de la direction depuis le premier jour : " Faire de Namur le plus bel aérodrome d'aviation générale d'Europe ". Quand on demande ce que cela veut dire et quel est leur modèle, Olivier de Spoelberch répond du tac au tac qu'il souhaite développer à Namur tous les services ou infrastructures qu'il n'a pas trouvés ailleurs quand il voyage. Le business model de la nouvelle direction s'appuie ainsi sur trois piliers : les services, l'événementiel et l'incubation d'emplois dans le secteur aéronautique. " Nous voulons créer un véritable pôle aéronautique, centré autour de l'aviation générale. L'espoir est d'y créer 200 emplois d'ici trois ans. Nous sommes déjà 80 alors que le site n'occupait que 10 personnes il y a deux ans ", se réjouit Benjamin de Broqueville. Pour ce faire, outre la construction du hall d'assemblage pour le Sonaca 200 et la piste en dur, les premiers travaux consistaient à rendre le site à nouveau totalement opérationnel. " L'aérodrome en avait bien besoin car il n'y avait plus eu le moindre investissement depuis des années ", se souvient Olivier de Spoelberch en montrant sur sa phablette son moto-planeur recouvert de neige alors qu'il se trouve dans un hangar. " Quand il neigeait ou pleuvait, le site pouvait être fermé pendant plusieurs jours voire des semaines. Aujourd'hui, nous sommes ouverts sept jours sur sept, 364 jours par an ", complète Benjamin de Broqueville. Le site héberge actuellement 56 avions. " Nous ne souhaitons pas en accueillir plus, malgré une liste d'attente de 50 autres appareils. Notre projet est tout autre ", poursuit l'administrateur délégué. En effet, d'ici 2021, l'objectif est que le chiffre d'affaires soit généré via trois sources de revenus : un tiers lié à l'aviation (taxe atterrissage-décollage, vente de carburant, location d'emplacements couverts, etc.), un tiers grâce à la location hors aviation (bureaux ou le hall d'assemblage occupé par la Sonaca) et un tiers via l'événementiel. Ainsi les dirigeants de l'aérodrome ne sont pas peu fiers de leur dernier achat, à savoir un treuil doté d'un moteur V8. Cette machine permet de " propulser " en 45 secondes des planeurs à 450 mètres. Devant nos yeux interloqués, on nous explique que cela permet de gagner du temps et de l'énergie. " Avec un demi-litre de gasoil, vous propulsez le planeur à 450 m alors qu'en montée classique, vous devez compter sept ou huit litres de de carburant pour atteindre une telle attitude ", nous explique Olivier de Spoelberch. Lors d'un événement d'entreprise, le treuil permet d'envoyer en l'air deux fois plus de passagers. Et le treuil permet aussi de proposer un tarif très compétitif. Depuis le 1er janvier 2018, l'aérodrome accueille aussi une école où l'on enseigne le maniement des drones. Lors de notre visite, nous avons appris que des clients provenant de Singapour étaient venus se former à l'Espace Drone. C'est dire si la renommée du site commence à circuler à l'international. " Grâce à la présence de cette école, nous pouvons proposer aux entreprises des incentives comprenant dans la même journée l'hélicoptère, le planeur, la réalité virtuelle et le drone. Ce produit est en train de devenir un best-seller ", sourit Benjamin de Broqueville. Le potentiel du site pour l'événementiel est assez exceptionnel. Placé au croisement de l'E42 (l'axe Tournai-Liège) et de l'E411 (axe Bruxelles- Luxembourg), il peut facilement être privatisé et offre un parking aisé. " Un festival va bientôt annoncer l'occupation de notre site pendant deux jours ", indique l'administrateur délégué sans, contractuellement, pouvoir nous en dire plus pour le moment. " Et puis, imaginons que la Belgique se retrouve en finale de l'Euro 2020, on pourrait déployer un énorme écran géant et rassembler 100.000 personnes sur le site ", rêve déjà le jeune patron. Pour mettre définitivement l'aérodrome namurois sur la carte de l'événementiel, un nouvel investissement de 4 millions d'euros va être consenti pour transformer complètement le bâtiment principal. Des salles de séminaires vont être créées, une grande salle capable d'accueillir 300 personnes va être aménagée et une terrasse rooftop sera ouverte avec vue sur les pistes. Un nouveau restaurant va voir le jour avec une capacité de 120 couverts par service. " Aujourd'hui, nous louons le restaurant à un exploitant. Demain, l'aérodrome sera actionnaire majoritaire du restaurant. Nous sommes associés avec un vrai spécialiste en la personne de Cedric Legein (ex-Pain Quotidien et fondateur de Cook & Book) pour développer notre activité horeca ", précise Benjamin de Broqueville. L'aérodrome a reçu son permis le 29 août dernier, les travaux vont commencer sous peu. " Notre souhait est d'ouvrir le restaurant pour avril 2020, juste avant la belle saison, poursuit l'administrateur délégué. Notre objectif, c'est d'être dans une optique business la semaine et plutôt famille le week-end. L'installation d'une petite plaine de jeux est ainsi prévue. " Terminons le tour du propriétaire par le volet emploi. Le foncier du site permet de construire au moins un autre hall de la même dimension que celui occupé par Sonaca Aircraft. Mais la nouvelle dynamique a déjà permis d'accueillir deux entreprises dans un espace rénové de 350 m2. La première se nomme H3 Solutions et est spécialisée dans la modification d'avions. " Cinq personnes développent actuellement l'activité. Ils seront bientôt une dizaine sur place ", précise Benjamin de Broqueville. La deuxième entreprise est une joint-venture entre la Sonaca (60%) et Stemme (40%). Cette entreprise wallonne est spécialisée dans la conception de drones capables de voler dans la strato- sphère pour photographier notre planète. " C'est un projet où la recherche et le développement sont très importants. La société bénéficie d'ailleurs d'une aide de la Région wallonne ", intervient Benjamin de Broqueville. Nom de code du projet : Sunrise. " La stratosphère se situe à une vingtaine de kilomètres de la Terre. Il n'y a plus un nuage et le drone pourra fonctionner avec l'énergie solaire ", complète Olivier de Spoelberch. Ce dernier a des étoiles plein les yeux quand il parle de ce projet dans lequel il est impliqué à fond. " Nous voulons faire un premier essai en mars 2021 ", ajoute-t-il. Rendez-vous est pris. A ce moment-là, la devise de l'aérodrome de Namur pourrait devenir celle de Buzz l'Eclair, héros du dessin animé Toy Story : " Vers l'infini et au-delà ". Par Jérémie Demeyer.