Software is eating the world. Cette assertion hyper connue de Marc Andreessen, pionnier américain de la tech devenu investisseur, dans le Wall Street Journal, aura bientôt 10 ans. Et depuis, la prise de conscience du développement du numérique dans la vie des gens et au sein de l'économie a fait bouger les choses. Pour beaucoup d'entreprises, la transformation digitale compte parmi les chantiers prioritaires mis en route depuis plusieurs années. Et la crise du coronavirus, obligeant à fermer des chaînes de production et cloîtrant un nombre impressionnant d'employés chez eux, a fait réfléchir. La preuve : 65% des entreprises ayant répondu à notre grande enquête pensent que c'est grâce au numérique qu'elles vont pouvoir adapter leur manière de travailler pour tenir compte du new normal d'après coronavirus.

Jeroen Franssen (Agoria), pg
Jeroen Franssen (Agoria) © pg

" Le confinement a provoqué un déclic chez la majorité des managers, une prise de conscience qu'il fallait se diriger vers une organisation plus efficace et facilement adaptable à toutes les situations, observe Olivier Mouson, patron de Digitec, spécialiste dans le data & document management. La crise a permis de révéler certaines failles du système : les données des entreprises, les documents et les collaborateurs forment un écosystème dont un fonctionnement fluide et efficace est nécessaire pour mener à bien leur mission. La digitalisation de cet écosystème est une réalité qui se réaffirme aujourd'hui plus que jamais. " Pour le spécialiste : la prise de conscience est là. Mais les directions ne sont pas encore prises. Ce qui est certain, c'est que toutes les boîtes, qu'elles soient manufacturières ou pas, vont vouloir rattraper les mois perdus en raison du confinement et de la crise. " Elles vont vouloir et devoir augmenter leur productivité, observe Jeroen Franssen, senior expert talent, labour market & organisation chez Agoria, mais aussi assurer le confort et la sécurité des travailleurs. Cela va passer à la fois par des changements de modèles et d'organisation du travail. Cela constitue inévitablement des moteurs de transition et d'investissement, notamment dans le numérique, que les entreprises vont devoir faire. "

Olivier Mouson (Digitec), pg
Olivier Mouson (Digitec) © pg

Implémentation de nouveaux outils et matériel

Pendant la période de confinement, la plupart des entreprises de services ont laissé les employés s'approprier les outils de communication digitale. Inutile de préciser que les applis de vidéoconférence (comme Zoom) ou des applis de travail collaboratif (Slack, etc.) ont explosé. Cela devrait perdurer et avoir des impacts réels dans l'organisation du travail. " On voit que ces outils se sont imposés dans pas mal d'entreprises qui ne les utilisaient pas encore totalement, constate Jacques Folon, partner chez Edge Consulting et coach en entreprise. La demande est venue des collaborateurs et l'on a vu que cela marchait très bien, y compris pour les personnes les moins geeks. Ces outils vont rester, même si les responsables devront faire le choix de certains d'entre eux, en ce compris des réseaux sociaux d'entreprises qui montrent toute leur efficacité pour faire circuler l'info quand le personnel se trouve à distance ". Les boîtes devront aussi faire des choix concernant le matériel (toutes les entreprises n'ont pas encore équipé leur personnel de PC portables, de smartphones, etc.) et l'architecture informatique. Car le travail à distance ne se limite pas à permettre la communication via des outils de communication en ligne. Dans l'idée que ce n'est plus l'employé qui va au bureau mais le boulot qui va à l'employé, l'accès aux documents à distance et l'accès aux outils de production et de process internes doivent également être permis.

Reste que cette évolution implique de vraies grandes questions pour les dirigeants d'entreprises : " des données, parfois sensibles, sont disséminées dans tous les coins, continue Jacques Folon. Certaines se trouvent sur des PC portables, lesquels sont souvent peu sécurisés et s'égarent facilement, et cela sans qu'il n'existe de procédure pour centraliser et trouver ces documents. La gestion et la sécurisation des datas constituera rapidement un enjeu important pour toutes les entreprises ". D'après lui, les entreprises de demain placeront la sécurité et le respect du RGPD au coeur même de leur stratégie et du développement de nouveautés numériques. Olivier Mouson, le patron de Digitec, abonde aussi dans ce sens : " La crainte de perdre les données essentielles de l'entreprise est en hausse. Les technologies liées à la protection du patrimoine numérique seront privilégiées. Bien évidemment, le cloud, mais aussi des systèmes de back-up et de firewall utilisant l'IA seront mis en avant ". Et Jacques Folon prédit même que " le sujet devra être stratégique pour tous les comités de direction, continue-t-il. Imaginez le lancement d'un nouveau logiciel CRM ( Customer Relationship Management), il ne sera plus pensable de ne pas poser la question du RGPD et de la sécurité des données dès le départ ".

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© pg

Validation de l'industrie 4.0

Au sein des entreprises manufacturières, la question du digital continuera de se poser, là aussi, mais avec d'autres questionnements. " La transformation numérique de l'industrie est en route depuis déjà quelques temps, fait remarquer Quentin Hamouch, senior manager operations chez PWC Advisory. Mais on peut imaginer que vu les circonstances, certaines entreprises risquent de se concentrer d'abord sur leur business actuel pour rattraper les mois perdus avant de se lancer dans de gros chantiers de transformation digitale. Celles-là peuvent commencer par des cas d'usage limités, sur base de la collecte et l'usage de données, mais qui leur permettent de ramener rapidement du cash. Et il faudra peut-être encore attendre de longs mois avant de voir revenir de gros nouveaux investissements dans la digitalisation des industries. " Reste qu'après cette période de confinement et de crise coronavirus, l'expert de chez PWC s'attend à des changements drastiques au niveau opérationnel dans les industries. " Les leçons seront tirées, forcément, et des technologies seront mises en oeuvre, enchaîne Quentin Hamouch. L'une des questions consistera à faire tourner les chaînes tout en ayant moins de personnes physiquement présentes. Cela ne signifie pas sans personne, mais comment faire travailler des gens à distance. " Et de prédire que le remote monitoring pourrait fortement se développer pour permettre à des opérateurs d'opérer, à distance, le monitoring de certains process. Tout comme l'aide à distance, avec ou sans réalité augmentée. Car cette technologie, déjà assez mature dans l'industrie, s'est fortement répandue et permet, entre autres, à des experts à distance d'aider des ouvriers sur site.

Oui, mais...

Restent deux défis à relever, dans tous les cas. D'abord, toutes les entreprises risquent de ne pouvoir engager si rapidement de gros budgets pour accélérer l'adoption du numérique après avoir subi, de plein fouet, un ralentissement ou un arrêt total de leurs ventes. Ensuite, ce processus de transformation n'aura de sens, à en croire les experts, que si les entreprises parviennent, vraiment, à fédérer l'ensemble des équipes derrière l'adoption, pour le meilleur, des outils digitaux. La formation des équipes au numérique et le développement d'une culture idoine dans les entreprises constituent des enjeux fondamentaux pour les boîtes du futur. Car, à en croire les experts, même à l'ère de l'automatisation, le digital sans l'humain ne peut marcher. C'est en substance ce que soutient Jeroen Franssen d'Agoria. " L'entreprise de demain devra s'appuyer, encore plus qu'aujourd'hui, sur la combinaison de l'humain et de la technologie, insiste-t-il. Elles devront investir dans la psychologie de la technologie car on n'explique pas assez les bienfaits que l'on peut en tirer. "

Software is eating the world. Cette assertion hyper connue de Marc Andreessen, pionnier américain de la tech devenu investisseur, dans le Wall Street Journal, aura bientôt 10 ans. Et depuis, la prise de conscience du développement du numérique dans la vie des gens et au sein de l'économie a fait bouger les choses. Pour beaucoup d'entreprises, la transformation digitale compte parmi les chantiers prioritaires mis en route depuis plusieurs années. Et la crise du coronavirus, obligeant à fermer des chaînes de production et cloîtrant un nombre impressionnant d'employés chez eux, a fait réfléchir. La preuve : 65% des entreprises ayant répondu à notre grande enquête pensent que c'est grâce au numérique qu'elles vont pouvoir adapter leur manière de travailler pour tenir compte du new normal d'après coronavirus. " Le confinement a provoqué un déclic chez la majorité des managers, une prise de conscience qu'il fallait se diriger vers une organisation plus efficace et facilement adaptable à toutes les situations, observe Olivier Mouson, patron de Digitec, spécialiste dans le data & document management. La crise a permis de révéler certaines failles du système : les données des entreprises, les documents et les collaborateurs forment un écosystème dont un fonctionnement fluide et efficace est nécessaire pour mener à bien leur mission. La digitalisation de cet écosystème est une réalité qui se réaffirme aujourd'hui plus que jamais. " Pour le spécialiste : la prise de conscience est là. Mais les directions ne sont pas encore prises. Ce qui est certain, c'est que toutes les boîtes, qu'elles soient manufacturières ou pas, vont vouloir rattraper les mois perdus en raison du confinement et de la crise. " Elles vont vouloir et devoir augmenter leur productivité, observe Jeroen Franssen, senior expert talent, labour market & organisation chez Agoria, mais aussi assurer le confort et la sécurité des travailleurs. Cela va passer à la fois par des changements de modèles et d'organisation du travail. Cela constitue inévitablement des moteurs de transition et d'investissement, notamment dans le numérique, que les entreprises vont devoir faire. " Pendant la période de confinement, la plupart des entreprises de services ont laissé les employés s'approprier les outils de communication digitale. Inutile de préciser que les applis de vidéoconférence (comme Zoom) ou des applis de travail collaboratif (Slack, etc.) ont explosé. Cela devrait perdurer et avoir des impacts réels dans l'organisation du travail. " On voit que ces outils se sont imposés dans pas mal d'entreprises qui ne les utilisaient pas encore totalement, constate Jacques Folon, partner chez Edge Consulting et coach en entreprise. La demande est venue des collaborateurs et l'on a vu que cela marchait très bien, y compris pour les personnes les moins geeks. Ces outils vont rester, même si les responsables devront faire le choix de certains d'entre eux, en ce compris des réseaux sociaux d'entreprises qui montrent toute leur efficacité pour faire circuler l'info quand le personnel se trouve à distance ". Les boîtes devront aussi faire des choix concernant le matériel (toutes les entreprises n'ont pas encore équipé leur personnel de PC portables, de smartphones, etc.) et l'architecture informatique. Car le travail à distance ne se limite pas à permettre la communication via des outils de communication en ligne. Dans l'idée que ce n'est plus l'employé qui va au bureau mais le boulot qui va à l'employé, l'accès aux documents à distance et l'accès aux outils de production et de process internes doivent également être permis. Reste que cette évolution implique de vraies grandes questions pour les dirigeants d'entreprises : " des données, parfois sensibles, sont disséminées dans tous les coins, continue Jacques Folon. Certaines se trouvent sur des PC portables, lesquels sont souvent peu sécurisés et s'égarent facilement, et cela sans qu'il n'existe de procédure pour centraliser et trouver ces documents. La gestion et la sécurisation des datas constituera rapidement un enjeu important pour toutes les entreprises ". D'après lui, les entreprises de demain placeront la sécurité et le respect du RGPD au coeur même de leur stratégie et du développement de nouveautés numériques. Olivier Mouson, le patron de Digitec, abonde aussi dans ce sens : " La crainte de perdre les données essentielles de l'entreprise est en hausse. Les technologies liées à la protection du patrimoine numérique seront privilégiées. Bien évidemment, le cloud, mais aussi des systèmes de back-up et de firewall utilisant l'IA seront mis en avant ". Et Jacques Folon prédit même que " le sujet devra être stratégique pour tous les comités de direction, continue-t-il. Imaginez le lancement d'un nouveau logiciel CRM ( Customer Relationship Management), il ne sera plus pensable de ne pas poser la question du RGPD et de la sécurité des données dès le départ ". Au sein des entreprises manufacturières, la question du digital continuera de se poser, là aussi, mais avec d'autres questionnements. " La transformation numérique de l'industrie est en route depuis déjà quelques temps, fait remarquer Quentin Hamouch, senior manager operations chez PWC Advisory. Mais on peut imaginer que vu les circonstances, certaines entreprises risquent de se concentrer d'abord sur leur business actuel pour rattraper les mois perdus avant de se lancer dans de gros chantiers de transformation digitale. Celles-là peuvent commencer par des cas d'usage limités, sur base de la collecte et l'usage de données, mais qui leur permettent de ramener rapidement du cash. Et il faudra peut-être encore attendre de longs mois avant de voir revenir de gros nouveaux investissements dans la digitalisation des industries. " Reste qu'après cette période de confinement et de crise coronavirus, l'expert de chez PWC s'attend à des changements drastiques au niveau opérationnel dans les industries. " Les leçons seront tirées, forcément, et des technologies seront mises en oeuvre, enchaîne Quentin Hamouch. L'une des questions consistera à faire tourner les chaînes tout en ayant moins de personnes physiquement présentes. Cela ne signifie pas sans personne, mais comment faire travailler des gens à distance. " Et de prédire que le remote monitoring pourrait fortement se développer pour permettre à des opérateurs d'opérer, à distance, le monitoring de certains process. Tout comme l'aide à distance, avec ou sans réalité augmentée. Car cette technologie, déjà assez mature dans l'industrie, s'est fortement répandue et permet, entre autres, à des experts à distance d'aider des ouvriers sur site. Restent deux défis à relever, dans tous les cas. D'abord, toutes les entreprises risquent de ne pouvoir engager si rapidement de gros budgets pour accélérer l'adoption du numérique après avoir subi, de plein fouet, un ralentissement ou un arrêt total de leurs ventes. Ensuite, ce processus de transformation n'aura de sens, à en croire les experts, que si les entreprises parviennent, vraiment, à fédérer l'ensemble des équipes derrière l'adoption, pour le meilleur, des outils digitaux. La formation des équipes au numérique et le développement d'une culture idoine dans les entreprises constituent des enjeux fondamentaux pour les boîtes du futur. Car, à en croire les experts, même à l'ère de l'automatisation, le digital sans l'humain ne peut marcher. C'est en substance ce que soutient Jeroen Franssen d'Agoria. " L'entreprise de demain devra s'appuyer, encore plus qu'aujourd'hui, sur la combinaison de l'humain et de la technologie, insiste-t-il. Elles devront investir dans la psychologie de la technologie car on n'explique pas assez les bienfaits que l'on peut en tirer. "