Il s'est produit, en 2016, 260 millions d'hectolitres de vin dans le monde entier, soit l'équivalent de 35 milliards de bouteilles. Evidemment, vu le succès de plus en plus important des Bag-in-Box, toute cette production n'est pas embouteillée. L'estimation la plus juste fait état, pour 2016, de 18 milliards de bouteilles de vins tranquilles et 2,5 milliards de flacons de vins effervescents. Et autant de solutions de bouchage.

Les amateurs de vin savent bien que le traditionnel bouchon de liège a désormais de solides concurrents. Aujourd'hui, si on ne considère que les vins tranquilles, le liège n'obture plus que 61 % des bouteilles. La capsule à vis (très populaire dans les pays du Nouveau Monde mais aussi en Suisse) détient désormais 26 % du marché. Viennent enfin les bouchons synthétiques ou alternatifs (13%), dont le verviétois Nomacorc est le plus grand fabricant. Evidemment, le succès des alternatives au liège repose sur deux éléments bien distincts : le prix et la chasse au fameux " goût de bouchon ". Pour autant, vu la demande des consommateurs pour plus de bio et plus de nature, le liège pourrait effectuer un retour en force. Autre donnée importante : les Chinois, dont le marché à l'importation ne cesse de grandir, ne jurent que par des bouchons en liège.

Le "procédé Diamant"

Grâce au procédé Diamant Diam Bouchage désaromatise le liège et garantit, dans des conditions d'embouteillage optimales, une absence totale de goût de bouchon. © PG

Depuis des années, les bouchons en liège ne sont plus uniquement traditionnels. Il existe des versions plus sophistiquées : les colmatés, les agglomérés, les techniques, etc. Diam Bouchage est spécialisée dans les bouchons de liège micro-agglomérés. Cette société française basée à Céret, près de Perpignan, occupe 400 salariés pour un chiffre d'affaires de 130 millions d'euros. Elle fait partie du groupe Oeno qui possède aussi Seghin-Moreau, l'as de la tonnellerie française. Depuis le départ, Diam fait la chasse au goût de bouchon et aux molécules de TCA (trichloroanisole) présentes dans le liège et qui en sont responsables. Il suffit d'ailleurs de verser une quantité infinitésimale de TCA dans un grand verre d'eau pour le rendre complètement imbuvable... " Nous avons mis au point une méthode d'extraction du TCA et d'autres molécules à l'origine de déviations sensorielles du vin à l'aide de CO2 supercritique (chauffé et mis sous pression, Ndlr), explique Christophe Loisel, directeur R&D de Diam Bouchage. La mise au point de cette technique, baptisée " procédé Diamant ", nous a demandé plus de sept ans de recherches. Elle nous permet de 'désaromatiser' le liège et de garantir que, dans des conditions d'embouteillage optimales, votre vin n'aura jamais un goût de bouchon. Et comme nous sommes favorables au recyclage, le TCA extrait est revendu à l'industrie cosmétique qui l'utilise dans les crèmes antioxydantes. "

Un bouchon doit aussi présenter des qualités d'élasticité pour bien se mouler au goulot de la bouteille et éviter que l'air ne s'infiltre latéralement le long des parois. De cette manière, le vigneron n'a plus qu'à se préoccuper de la perméabilité du bouchon lui-même. " Nos bouchons présentent trois qualités essentielles, explique Bruno de Saizieu, directeur commercial de Diam Bouchage. Ils sont propres grâce au procédé Diamant et n'autorisent donc aucune déviation organoleptique. Ils sont homogènes avec des performances techniques garanties. Il n'y a ni poussière, ni 'couleuse', ni 'suinteuse', ni retour capillaire (autant d'exemples de défauts d'étanchéité des bouteilles, Ndlr). Avec un bouchon Diam, vous pouvez conserver vos bouteilles dans n'importe quelle position ! Enfin, puisque seule la perméabilité à travers le bouchon doit être regardée, notre solution offre du choix aux vignerons. Nos différentes recettes proposent des niveaux de perméabilité différents selon la demande. Avec jusqu'à 30 ans de perméabilité garantie au même niveau. "

Encore des réticences

Face à de telles qualités techniques, on pourrait croire que Diam Bouchage remporte l'adhésion de toutes les grandes maisons. La société française progresse bien et occupe désormais 10 % du marché du bouchon de liège. Mais le poids des traditions est encore bien présent. Hors de question chez certains grands crus bordelais d'utiliser autre chose qu'un bouchon traditionnel. " Nous avons dans notre conseil d'administration des directeurs de grands châteaux, poursuit Bruno de Saizieu. Ils aimeraient bien, je pense, nous utiliser. Mais, souvent, leurs responsables techniques ou maîtres de chai opposent un refus catégorique. Jusqu'au jour, sans doute, où ils auront un accident sur une partie de leur production... Ceci dit, 35 % des grands crus de Bourgogne sont désormais bouchés par Diam. Je pense notamment à Louis Jadot, au domaine Leflaive, à Confuron en Vosne-Romanée. En Champagne, Billecart-Salmon nous fait aussi confiance. Le marché américain est aussi très intéressé. Comme Constellation Brands, le troisième fabricant de vin en volume. Nous allons aussi commencer à travailler avec Francis Ford Coppola Winery. Nous avons désormais 10.000 clients répartis dans 45 pays. "

Diam Bouchage possède deux usines en Espagne et une à Céret. Elle devrait ouvrir une unité supplémentaire au Portugal. Soit dans les zones où se trouvent les forêts de chêne-liège. Diam dispose aussi de nombreux centres de finition dans le monde entier. Ils sont responsables, entre autres, de l'impression du bouchon. En Belgique, c'est la bouchonnerie Leclercq à Fleurus qui est chargée de ce travail. C'est le dernier centre de finition du bouchon en Wallonie et il arrose environ 70 % du marché belge. Car Diam n'est pas uniquement active dans le milieu du vin. Elle envoie annuellement près de 40 millions de bouchons chez nous pour les bières spéciales, comme la Chimay...

Pour réaliser ce nouveau bouchon "vert", il faut quatre fioles de subérine et de faibles quantités de composés à base d'huile de ricin et de cire d'abeille. © PG

Origine by Diam

Face à la déferlante bio, Diam Bouchage s'est lancée, en 2008 avec la faculté de chimie de Montpellier, dans un projet de bouchon dont tous les ingrédients se trouvent dans la nature. Jusqu'ici, certains polymères utilisés étaient, en effet, dérivés du pétrole. Un bouchon Diam est composé de trois éléments principaux : la subérine (fleur de liège, 95 %), un liant et des microsphères. Sans entrer dans les détails techniques, ces microsphères assurent une étanchéité parfaite quand on presse les granules de liège avec le liant.

" Au bout de huit ans de recherches, nous avons mis au point des solutions 100 % renouvelables, explique Christophe Loisel. Nous avons trouvé une huile qui présente les mêmes propriétés que le polyuréthane. Désormais, notre liant est à base d'huile de ricin. Pour les microsphères qui doivent être stables et hydrophobiques, la cire d'abeille a fini par s'imposer. Nous la pulvérisons sur les granules de liège. Chaque granule est ainsi entouré de cire avant d'être aggloméré avec le liant. "

Ce nouveau bouchon appelé Origine by Diam présente les mêmes qualités techniques que les autres solutions de bouchage de l'entreprise française. Pour sa production de cire, Diam s'est associée avec Un toit pour les abeilles, un projet engagé dans le maintien de l'apiculture en France. Particuliers comme entreprises peuvent ainsi parrainer des ruches et participer au développement de nouvelles colonies. Pour son nouveau bouchon, de façon symbolique, Diam Bouchage a soutenu des ruches dans chacune des régions viticoles françaises. Plus cher que les versions classiques, ce bouchon " vert " s'est déjà vendu à un million d'exemplaires lors des deux premières semaines de commercialisation. Diam table sur 10 millions d'unités par an dans un premier temps. Un petit pourcentage de sa production annuelle, estimée à 1,3 milliard de bouchons.

Par Xavier Beghin.