Le conseil d'administration avait fait savoir mercredi que le plan de restructuration annoncé en janvier, légèrement revu (1.300 postes menacés au lieu de 1.900), allait être mis en oeuvre. Des mois de concertation avec les syndicats n'avaient abouti à aucun accord social. Le CA laissait toutefois la porte ouverte à la discussion.

Les organisations de travailleurs ont donc à nouveau été reçues jeudi matin. Le syndicat chrétien s'est dit "prudemment optimiste" en sortant de la réunion. "Nous avons une nouvelle fois fait part de nos préoccupations et j'avais l'impression qu'il y avait des ouvertures", a indiqué la représentante de l'ACV Nancy Fonteyn.

"Je suis prudente. Je veux d'abord voir les textes car nous avons discuté sans documents. Nous discuterons de cela en interne lundi et nous déciderons de l'éventualité de consulter nos membres", a-t-elle ajouté.

Le syndicat socialiste reste modéré également. "Ce ne sont pas les grands changements que nous espérions, mais on ne peut pas dire non plus que c'étaient de mauvaises propositions", commente Bart Neyens (ACOD). Selon lui, la direction se rend compte que le plan n'est pas toujours bien pesé et qu'il n'est pas valable juridiquement.

Il y aurait notamment une disposition à réduire le nombre de licenciements secs. Des personnes dont le poste est exigeant pourraient aussi bénéficier d'un aménagement de fin de carrière supplémentaire, explique Laurent Malengreau, secrétaire général CGSP Télécom.

Le nouveau CEO de l'entreprise, Guillaume Boutin, présenté à la presse mercredi, n'était pas présent à la réunion. "Nous aurions souhaité entendre son point de vue. Pas dans la presse, mais autour de la table de négociations", a ajouté M. Neyens.

Les textes seront reçus vendredi et analysés ce week-end par les instances syndicales. Celles-ci se réuniront en interne lundi matin avant de revoir le management de Proximus dans l'après-midi.

Entre-temps, les actions sur le terrain vont se poursuivre, celles-ci étant jusqu'ici plus importantes en Wallonie qu'en Flandre. Jeudi, des blocages étaient observés devant les bâtiments administratifs de Mons, Marcinelle, Namur, Liège, Verviers et Libramont. De nombreuses boutiques étaient également fermées, selon M. Malengreau.

Le plan de transformation doit être mis en oeuvre, martèle De Backer

Le ministre des Télécommunications, Philippe De Backer, s'est mis sur la même ligne que le conseil d'administration de Proximus: le plan de modernisation de l'entreprise doit être mis en oeuvre dans son intégralité car il permettra de mettre la société "à l'abri pour le futur".

Bien qu'il ait été pressé par plusieurs députés d'intervenir dans le dossier puisque l'Etat dispose de représentants au conseil d'administration, le ministre s'est refusé à s'écarter des règles de "corporate governance" qu'il observe à l'égard des entreprises publiques. Il ne lui appartient pas de se substituer au conseil d'administration de Proximus ou à sa direction pour définir la stratégie que l'entreprise doit suivre et la mettre en oeuvre, a-t-il expliqué.

Le conseil d'administration de Proximus a décidé vendredi à l'unanimité de lancer le plan de transformation de l'entreprise, malgré le rejet des organisations syndicales à l'issue de longues négociations.

La concertation sociale se poursuivra, a assuré M. De Backer qui a mis en avant les avancées déjà obtenues, notamment la réduction du nombre de fonctions touchées par la restructuration de 1.900 à 1.300.

Dans l'opposition, le ton était à la solidarité avec les travailleurs. "Demain, ce sera le black friday pour les travailleurs de Proximus, ces travailleurs qui ont pourtant fait de Proximus l'entreprise performante qu'elle est devenue", a dénoncé Roberto d'Amico (PTB).

"Les travailleurs de Proximus ont l'impression d'être une variable d'ajustement", a renchéri Laurence Zanchetta (PS).

DéFI a accusé le ministre et son gouvernement d'avoir provoqué ce plan de restructuration en décidant d'ouvrir le marché belge à un quatrième opérateur télécom.

"Votre obstination à faire entrer un quatrième opérateur a créé cette situation", a affirmé Sophie Rohonyi.