Proximus et Orange viennent de finaliser leur accord de collaboration. Au cours des prochaines années, les deux opérateurs concurrents vont déployer leurs nouveaux réseaux mobiles main dans la main. Concrètement, Orange et Proximus mutualiseront les dépenses pour l'installation de nouvelles antennes, de nouveaux pylônes et pour une partie de l'infrastructure technique nécessaire au bon fonctionnement du réseau sans fil de nouvelle génération. Une joint-venture est créée entre les deux entreprises afin de gérer ce réseau partagé qui fournira la 5G, l'Internet mobile ultra-rapide.

C'est une grande première en Belgique. Mais des exemples similaires existent à l'étranger, comme en Espagne (Vodafone/O2), en France (Bouygues/SFR) ou en Suède (Tele 2/Telenor). L'objectif est de réaliser des économies en évitant de dupliquer des infrastructures techniques similaires. Actuellement, les trois opérateurs mobiles belges se contentent de partager des sites d'antennes où ils greffent leur propre matériel. La joint-venture Proximus/Orange (à 50/50) va un cran plus loin puisque ce matériel sera partagé. La mutualisation couvrira aussi l'installation, la maintenance et la réparation du réseau.

Proximus estime que cet accord de collaboration permettra à l'entreprise d'économiser entre 35 et 40 millions d'euros sur base annuelle à partir de 2024. D'ici là, la joint-venture sera surtout chargée d'investir dans la mise à niveau du réseau. Proximus prévoit un investissement total de 140 millions d'euros entre 2021 et 2023.

Cet accord entre deux acteurs majeurs du secteur télécoms en Belgique ne s'étend pas à toutes les couches techniques du réseau. Le spectre (les fréquences allouées aux opérateurs) reste géré par chaque entreprise individuellement. Même chose pour la sécurité du réseau ou encore la gestion des données des utilisateurs. Forcément, la commercialisation des offres mobiles restera également aux mains de chaque opérateur.

Telenet en embuscade

Cela n'empêche pas de voir surgir des craintes relatives à la saine concurrence qui doit régner sur le marché. Deux adversaires qui trouvent un terrain d'entente, cela ne fait évidemment pas plaisir au troisième larron, Telenet. Le câblo-opérateur flamand, qui détient l'opérateur mobile Base, a été convié aux premières discussions relatives à une mutualisation des dépenses d'infrastructure. Mais Telenet a rapidement disparu de l'équation. Des incompatibilités " techniques " sont évoquées : Telenet se fournit essentiellement chez l'équipementier ZTE, tandis qu'Orange et Proximus sont liés à Huawei, ce qui rendrait la collaboration compliquée.

Chez Telenet, la pilule ne passe pas : l'entreprise a récemment assigné Orange et Proximus devant l'Autorité de la concurrence. Selon l'opérateur, la joint-venture créée par ses deux rivaux entraîne une " distorsion du marché ". Verdict dans les prochaines semaines.