Le monde des réseaux sociaux bouge beaucoup ces derniers temps. Je vous ai parlé hier de Spotify, le site de streaming musical qui offre une nouvelle fonctionnalité pour bannir un artiste que nous n'aimerions pas, parce qu'il est accusé de viol par exemple. Je vous ai aussi parlé de la messagerie WhatsApp qui, pour réduire la propagation de rumeurs ou fausses informations, limite désormais à 5 le nombre de destinataires pour nos transferts de messages.

Voilà autant de bonnes nouvelles pour notre fragile démocratie. Mais comme vous le savez aussi, parfois le mieux est l'ennemi du bien. Et cet adage est sans doute un bon résumé pour qualifier la toute nouvelle initiative de Facebook.

Selon Le Temps, le premier réseau social propose désormais à ses utilisateurs de défendre une cause qui leur est chère via une... pétition.

Cette nouvelle fonctionnalité n'existe pour le moment qu'aux Etats-Unis, mais comme souvent, ce qui existe aux USA finit par arriver rapidement en Europe. A priori, cette fonctionnalité, qui permet de lancer des pétitions est une bonne chose.

C'est en tout cas ce qu'essaie de nous vendre Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. C'est une manière pacifique d'interpeller les pouvoirs publics sur des sujets précis. Et aux Etats-Unis, c'est déjà le cas. Les uns demandent qu'on arrête le forage pétrolier et gazier dans le Colorado et d'autres demandent que leur ville installe des passages piétons devant une bibliothèque, et ainsi de suite.

Tout cela est bien dans l'esprit selon lequel les citoyens ont le pouvoir de changer les choses en défendant les causes qui leur tiennent à coeur.

Alors pourquoi s'inquiéter de cette nouvelle arme de communication numérique qu'est la pétition ? Pour plusieurs raisons qui ne sautent pas immédiatement à l'esprit selon mes confrères du Temps.

L'arme de la pétition mise à disposition par Facebook pose plus de problèmes qu'elle n'en résout.

D'abord, il faut se rendre compte que la direction Facebook ne fait rien par hasard et a toujours une optique commerciale derrière la tête.

Rédiger une pétition et l'animer prend du temps, et donc cette nouvelle fonctionnalité va permettre d'augmenter le temps passé sur Facebook, ce qui plait beaucoup aux annonceurs évidemment.

Et puis, cerise sur le gâteau, cela permettra à Facebook de se racheter une image plus positive après avoir été tellement critiqué ces derniers mois.

Mais l'autre raison qui inquiète certains observateurs, c'est que cette pétition est aussi une arme à double tranchant. D'abord, parce que si tout le monde se met à lancer des pétitions pour tout et n'importe quoi, ces pétitions perdront de leur intérêt.

Tout ce qui est excessif est insignifiant, dit-on. Et puis, comme ces pétitions ne sont pas modérées, qui nous prouve que ces pétitions ne seront pas, elles aussi, manipulées par des puissances étrangères comme la Russie ou la Chine par exemple ?

Le Temps a raison de s'alarmer : aujourd'hui, cette fonctionnalité permet d'afficher le nombre de signataires mais par leur identité sauf celles des amis qui soutiennent notre cause. Et d'ailleurs ces amis ne voudront sans doute pas qu'on sache quelle est leur opinion politique.

Bref, l'arme de la pétition mise à disposition par Facebook pose plus de problème qu'elle n'en résout. Et ça c'est aussi un bon sujet de débat à venir : nous voilà prévenus.