Se servir un café à la machine. Y ajouter un morceau de sucre. Boire le café. Jeter le gobelet à la poubelle. Ce geste anodin constitue une énorme perte de ressources, que ce soit sous la forme des matières premières ou de l'énergie nécessaire à la fabrication dudit gobelet.
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Se servir un café à la machine. Y ajouter un morceau de sucre. Boire le café. Jeter le gobelet à la poubelle. Ce geste anodin constitue une énorme perte de ressources, que ce soit sous la forme des matières premières ou de l'énergie nécessaire à la fabrication dudit gobelet. Prenons la Belgique et ses 4,5 millions de travailleurs. Admettons que chacun d'eux boit en moyenne deux cafés par jour. Et que l'énergie nécessaire à la fabrication d'un gobelet en plastique est de 0.0288 mégajoule. Les Belges jettent alors pour 259.200 mégajoules d'énergie à la poubelle par jour, soit l'équivalent de plus de huit années de chauffage produit par un radiateur de 1.000 watts. Sans parler de l'énergie nécessaire au transport, à la collecte et au traitement du plastique. Alors qu'un bon vieux mug aurait très bien pu faire l'affaire. "Encore faut-il que la machine à café soit adaptée au mug en question et qu'un évier, même petit, soit mis à la disposition des employés pour ensuite rincer leur tasse", précise Bea Johnson, la porte-parole franco-américaine du mouvement zéro déchet, selon lequel "le meilleur déchet est celui qui n'existe pas". Et pour éradiquer la poubelle de son foyer et réduire ses déchets annuels à un petit litre par an, celle que le New York Times qualifie de waste-free priestess (ou prêtresse sans déchets) applique la recette miracle des cinq "R" : Refuser, Réduire, Réutiliser, Recycler et Composter (rot, en anglais). "Et seulement dans cet ordre-là", précise-t-elle.La méthode a fait ses preuves : des géants comme Google et Adobe font désormais appel à elle pour sensibiliser leurs employés au "zéro déchet". Réduire ses déchets en entreprise demande une réflexion globale. Côté patron, on peut décider notamment de passer à la signature de contrats électroniques plutôt que de s'entêter à opter pour une version papier, grâce à des applications telles que DocHub, CudaSign et Docusign. On peut aussi installer un compost au sein de l'entreprise ou encore décider de faire réparer le matériel électronique usagé plutôt que de le remplacer systématiquement sans autre forme de procès. Côté employés, Bea Johnson prône surtout la sensibilisation. "Il faut travailler en amont. Si les gens adoptent un mode de vie 'zéro déchet' à la maison, ils n'en apporteront pas au bureau. Le simple fait de leur montrer l'impact environnemental des bouteilles en plastique motive les gens à amener leurs propres contenants -- tasses ou gourdes." Et l'application de ce changement d'habitude éliminerait d'emblée 12 kg de déchets domestiques par an par personne. Soit 2,7 % des 439 kg de déchets produits par Belge sur une année. "Je leur explique aussi comment emballer leur déjeuner dans des essuies de cuisine plutôt que dans du papier aluminium par exemple", ajoute BeaJohnson. Car la cantine aussi doit être repensée. "En moyenne, près de 300 g de déchets sont produits pour chaque repas servi dans les restaurants d'entreprise, affirme un rapport de Bruxelles Environnement qui précise que ces déchets sont composés essentiellement de gaspillages alimentaires." Et le document de préciser qu'un employé produit en moyenne 79 kg de déchets non recyclés par an, soit 27.138 tonnes à l'échelle de la région. "Environ 20 % des déchets à Bruxelles proviennent des bureaux", précise le Guide du bureau écoresponsable développé par 21 Solutions, bureau de conseil en démarches environnementales pour les entreprises. Et le problème n'est pas seulement d'ordre écologique. "Le coût total des déchets en entreprises représente 4 à 5 % du chiffre d'affaires des entreprises, précise Marcel Van Meesche, directeur de 21 Solutions. Leur bonne gestion représente donc une opportunité d'amélioration de l'efficacité de l'entreprise. Et si le papier représente la majorité des déchets de bureaux (voir le graphique "Composition des déchets dans les bureaux avec cantine"), chaque autre flux de déchets est une nouvelle possibilité d'amélioration. Le conseil de Marcel Van Meesche aux entreprises ? "Levez la tête de votre ordinateur et ouvrez vos poubelles." En élaborant un état des lieux précis de vos déchets, vous pourrez analyser ce qui peut être réduit, réutilisé ou recyclé.Il sera ensuite plus facile de mettre en place des objectifs chiffrés et un plan d'action. "Peu d'entreprises connaissent le coût de leurs déchets", rappelle Laurie Verheyen, conseillère Economie circulaire au Brussels Waste Network, l'organisme visant l'amélioration de la prévention et de la gestion des déchets dans les entreprises bruxelloises. "C'est en effet un calcul compliqué, qui dépasse le seul coût de la collecte", ajoute- t-elle. Il comprend le coût de production, soit l'achat de la matière et sa transformation éventuelle ; le coût de gestion interne, soit la manutention et le stockage de ses déchets ; et enfin le coût de gestion externe, soit la collecte. Mais Laurie Verheyen remarque un réel engouement pour la problématique : "de contrainte, la législation relative aux déchets est devenue opportunité pour améliorer le business". Un engouement que reflète aussi le boom des entreprises labélisées Entreprises écodynamiques par Bruxelles Environnement, passées d'une vingtaine à près de 200 en 15 ans. Pour Jacques De Messemacker, fondateur de JDM Services, actif dans la collecte et le recyclage de déchets industriels (à ne pas confondre avec les déchets ménagers) en Wallonie, le calcul entre destruction et recyclage est simple : "la destruction de déchets revient à environ 120 euros la tonne. Alors qu'en recyclant ces déchets, on arrive à un coût zéro". Mais il faut évaluer cette décision au cas par cas. "Il faut tenir compte de la valeur des déchets, de la quantité transportée, de la distance entre l'entreprise et la décharge. Ce sera plus difficile pour une PME se débarrassant de 100 kg de carton d'arriver à un bilan positif que pour une grosse entreprise qui vend cinq tonnes de plastique recyclable.Et pourtant, à chaque fois qu'il est plus intéressant de recycler il faut le faire. Même à coût égal il faut le faire : car l'environnement nous concerne tous."Et Jacques De Messemacker de rappeler la législation européenne en matière de traitement des déchets, connue sous le nom d'échelle de Lastink. Celle-ci préconise dans cet ordre précis la prévention, la réutilisation, le recyclage puis la valorisation en tant que combustible. Vient enfin en dernier recours la mise en décharge.