C'est une success story à l'américaine qui ferait un bon film sur Netflix, ou du moins sur la RTBF dans une coproduction Wallimage. La première scène est déjà écrite: nous sommes en 1958 et Donato Franchi, immigré italien, débarque à Liège pour y trouver un emploi. Il a provisoirement laissé femme et enfants dans son Lazio natal et travaille comme ouvrier dans une petite société de transport nommée Frisaye.
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C'est une success story à l'américaine qui ferait un bon film sur Netflix, ou du moins sur la RTBF dans une coproduction Wallimage. La première scène est déjà écrite: nous sommes en 1958 et Donato Franchi, immigré italien, débarque à Liège pour y trouver un emploi. Il a provisoirement laissé femme et enfants dans son Lazio natal et travaille comme ouvrier dans une petite société de transport nommée Frisaye. Gros plan sur le fils cadet Mario, à 1.500 km de là, qui espère bientôt rejoindre son papa en Belgique. Il a quatre ans à peine mais c'est bien lui le vrai héros de l'histoire. La deuxième scène se dessine. Nous sommes en 1976. La petite famille Franchi est à nouveau réunie et installée en région liégeoise depuis quelques années déjà. Aldo, le fils aîné, a décroché un boulot de mécanicien chez Frisaye, comme son père, tandis que ses deux frères ont ouvert chacun leur salon de coiffure en région liégeoise. Mario, le personnage principal, a déjà 22 ans et se pose beaucoup de questions. Il a dû tirer un trait quatre ans plus tôt sur une carrière prometteuse de footballeur - il jouait alors en Juniors UEFA au Standard - pour se consacrer pleinement à son métier de coiffeur. Il est tourmenté: le patron de Frisaye a en effet proposé à son frère Aldo de reprendre la société de transport, mais l'aîné se montre hésitant. Mario le presse d'accepter ; la décision tarde à venir. Las, le coiffeur dépose les ciseaux et convainc son frère aîné de racheter avec lui cette petite entreprise où travaille toujours le père et qui compte, à l'époque, trois modestes camions. Mario apprend à conduire les engins et assure la gestion administrative de la société, tandis qu'Aldo met les mains dans le cambouis. L'histoire mériterait que l'on s'attarde longuement sur quelques moments clés du développement de Frisaye, mais ces autres étapes feront l'objet de flash-backs récurrents. Le curseur s'est à présent déplacé en 2021 sur la ligne du temps. A quelques jours de son 67e anniversaire, Mario Franchi est toujours aux commandes de la société de transport qu'il a rachetée avec son frère Aldo et affiche un large sourire dans son quartier général de Jemeppe-sur-Meuse. En 25 ans, Frisaye a connu une croissance exceptionnelle et compte aujourd'hui 350 camions et plus de 500 collaborateurs. L'entreprise a donné naissance à deux sociétés soeurs - Greg et FM Logistics - et a ouvert des bureaux en Italie, au Luxembourg, en Slovaquie et en Roumanie avec un chiffre d'affaires global qui approche désormais les 80 millions d'euros. Radieux, le fils cadet du petit immigré italien a non seulement réussi, mais il a aussi pris sa revanche sur le monde du ballon rond qu'il avait dû abandonner adolescent, la mort dans l'âme. Depuis huit ans, Mario Franchi est en effet le président du Royal Football Club Seraing, l'équipe qui vient tout juste de fêter son grand retour en Division 1A pour la saison 2021-2022 de la Jupiler Pro League. La fierté de l'homme à double casquette est immense ; son bonheur, tangible. "En 2013, Bernard Serin, le patron de CMI (redevenu John Cockerill, Ndlr), m'a demandé de reprendre le club avec lui, se souvient Mario Franchi. A l'époque, il était déjà président du FC Metz en France et il m'a proposé d'assurer la même fonction au RFC Seraing, même si je n'avais que 20% des parts et lui 80%. Depuis huit ans, je suis donc dans l'opérationnel du club et je dois bien avouer que ce rôle me prend plus de temps que la gestion de ma propre société de transport (rires)!" Avec le passage du club liégeois en D1A, la pression risque bien de monter d'un cran supplémentaire la saison prochaine. Le budget annuel du RFC Seraing (qui gravitait autour des 3 millions d'euros en D1B) devrait approcher les 5,5 millions dans cette nouvelle aventure que le président espère la plus "normale" possible. "Il est clair que le covid nous a mis en difficulté dans la mesure où cela nous a privés de recettes en termes de tickets et de buvette, mais le passage en D1A va nous apporter plus de droits de télé et sans doute des nouveaux sponsors, se réjouit Mario Franchi. Nous allons aussi agrandir l'espace VIP dans notre stade et nous pourrons surtout compter sur notre partenaire, le FC Metz, pour le prêt de joueurs." Enthousiaste à l'idée d'affronter les ténors de la D1A comme Bruges, Anderlecht ou le Standard (son autre club de coeur où il dispose d'une loge depuis 25 ans!), le président du RFC Seraing voit l'avenir avec une certaine excitation. L'homme vise avant tout le maintien en D1A comme premier objectif de la nouvelle saison, mais rêve déjà d'une future participation en Europa League comme en 1994, année où le club liégeois avait affronté le prestigieux Dynamo Moscou. Pour y arriver, Mario Franchi mise beaucoup sur son école de jeunes qui prendra une tout autre dimension avec la construction d'une nouvelle Académie serésienne qui sera opérationnelle en 2022. En attendant, le président poursuit tranquillement son aventure en terre liégeoise, entre son stade de 8.500 places à Seraing et son entreprise installée en partie sur un ancien site de Cockerill- Sambre. Vestige du patrimoine industriel liégeois, une immense cheminée de 60 mètres domine les installations de Frisaye qui s'étirent désormais sur 1,4 km, entre Flémalle et Jemeppe-sur-Meuse, avec une voie de chemin de fer intégrée pour l'arrivée des marchandises en provenance de différents ports. "Dans mon club de football comme dans mon entreprise, j'y suis toujours allé étape par étape, sans me précipiter, confie Mario Franchi. Quand vous montez les escaliers, ça ne sert à rien de courir en sautant plusieurs marches à la fois car vous finissez toujours par vous planter! Il vaut mieux y aller lentement, en écoutant les bons conseils de ceux qui connaissent leurs matières. L'important, c'est de bien s'entourer et de savoir déléguer, car un bon entrepreneur ne fait pas toujours un bon président de club." Clin d'oeil à peine voilé au milliardaire Marc Coucke qui a toujours brillé comme homme d'affaires mais n'a jamais réussi à dompter un Sporting d'Anderlecht qui a peu à peu sombré dans les mauvais résultats, tant sportifs que financiers. Le film n'est pas encore terminé mais une chose est certaine: le plan final ne mettra pas en scène un vieil homme fatigué en train de faire une sieste dans une maison de repos. A bientôt 67 ans, le patron de Frisaye et du RFC Seraing n'est pas près de prendre sa retraite. "Je m'amuse toujours et je n'ai pas envie d'arrêter mes activités", conclut l'ancien coiffeur qui manie toujours les ciseaux pour sa famille proche et s'offre chaque week-end une virée de 60 km à vélo avec ses amis. Le générique de fin attendra.