"Ce n'est pas la meilleure équipe qui est devenue championne de Belgique ! " Egratignant le FC Bruges qui a finalement remporté le titre, ce constat n'émane pas d'un supporter saint-gillois mais bien d'un spécialiste de la planète football. " L'Union est l'équipe qui a le mieux joué cette année et qui était surtout la plus agréable à regarder, poursuit Michel Lecomte, ancien directeur des sports de la RTBF. Mais au final, la logique financière a été respectée, ironise-t-il. Avec un budget de 90 millions d'euros cette saison contre 11 millions seulement pour l'Union Saint-Gilloise, le Club de Bruges devait l'emporter. "
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"Ce n'est pas la meilleure équipe qui est devenue championne de Belgique ! " Egratignant le FC Bruges qui a finalement remporté le titre, ce constat n'émane pas d'un supporter saint-gillois mais bien d'un spécialiste de la planète football. " L'Union est l'équipe qui a le mieux joué cette année et qui était surtout la plus agréable à regarder, poursuit Michel Lecomte, ancien directeur des sports de la RTBF. Mais au final, la logique financière a été respectée, ironise-t-il. Avec un budget de 90 millions d'euros cette saison contre 11 millions seulement pour l'Union Saint-Gilloise, le Club de Bruges devait l'emporter. " Au terme du championnat 2021- 2022, les statistiques démontrent en effet que l'Union Saint-Gilloise dispose des meilleures performances de la saison pour ce qui est des buts marqués et des buts encaissés. Mais cela n'a pas suffi. Pétri de sang-froid et de réalisme, le rouleau compresseur brugeois a fini par s'imposer dans la phase des play-offs, dégonflant le rêve ultime des supporters bruxellois qui voyaient déjà leur club champion à l'issue d'un parcours exemplaire. Au-delà de l'exploit d'avoir tout de même décroché le titre de vice-champion de Belgique, l'Union Saint-Gilloise s'est illustrée par l'engagement sans faille de ses supporters et, surtout, par ses techniques de management, tant sur le plan sportif qu'entrepreneurial. Catalyseur des forces en présence, l'entraîneur Felice Mazzù a donné au mot "équipe" toutes ses lettres de noblesse durant cette saison, transformant des individualités prometteuses en un véritable collectif - au sens le plus pur du terme - porté par un certain " esprit d'union " où le respect mutuel et la volonté de gagner n'ont jamais failli. Mais derrière ce management sportif, c'est aussi tout le business model du club qui mérite d'être épinglé. Fondé à la fin du 19e siècle, l'Union Saint-Gilloise avait connu ses heures de gloire entre 1904 et 1935 avec 11 titres de champion de Belgique décrochés durant cette période, avant de quitter peu à peu l'élite du football belge et de sombrer en Division 2. Il faudra attendre 2018 et la reprise du club bruxellois par le milliardaire britannique Tony Bloom pour que l'Union Saint-Gilloise renaisse de ses cendres et ne vienne à nouveau titiller les plus grands clubs de la Pro League. Brillant joueur de poker qui a remporté plusieurs grands tournois internationaux, Tony Bloom est surtout un homme d'affaires qui a fait fortune grâce au traitement des données sportives. Baptisée Starlizard, sa société exploite les datas des équipes, des joueurs et des entraîneurs pour livrer des " analyses prédictives " qui font notamment le bonheur de sociétés de paris. Mais ses statistiques servent aussi, bien évidemment, les clubs de football dans leurs recrutements et leur stratégie. Egalement propriétaire du club anglais de Brighton, Tony Bloom ne se prive pas de ces précieuses données pour orienter certains choix sportifs. Et c'est avec le même modèle statistique qu'il a débarqué à Bruxelles en 2018 pour racheter l'Union Saint-Gilloise qui évoluait alors en D1B. En trois saisons à peine, le milliardaire britannique a réussi à insuffler un vent nouveau au stade Joseph Marien et, surtout, à propulser le club en première division après 48 ans d'absence. Intiment lié à ce succès sportif, l'entraîneur Felice Mazzù - qui est arrivé à l'Union en 2020 pour relever le défi du retour en D1A - a confirmé, dans ses résultats, l'importance de Starlizard au sein de son équipe. "Les données statistiques sont à la mode dans le monde du football et de plus en plus de clubs s'appuient sur ces datas, confie Felice Mazzù. Mais ici, à l'Union Saint-Gilloise, cela a été développé à un point tel que cela nous permet de trouver les bons joueurs sur base de tous les paramètres, tant au niveau physique que mental. C'est hallucinant ! Mais le plus phénoménal, c'est que cette société n'a pas que des statistiques, elle a des certitudes !" Exemple parfait de l'utilisation optimale des données dans la stratégie de l'Union Saint-Gilloise, l'attaquant Deniz Undav a fait exploser les compteurs cette saison. Ce joueur talentueux évoluait encore au club de Meppen, en division 3 allemande, lorsqu'il a été repéré par les statisticiens de Starlizard et acheté 700.000 euros en 2020 par le club bruxellois. Aujourd'hui, Deniz Undav termine le championnat belge avec le titre de meilleur buteur et a vu sa cote monter en flèche : il jouera la saison prochaine en Premier League anglaise sous les couleurs de la grande soeur Brighton - les deux clubs sont des entités séparées - qui s'est offert l'attaquant saint-gillois pour 7 millions d'euros. Ce transfert record pour l'Union Saint-Gilloise devrait soulager les finances du club qui sont dans le rouge depuis des années, à l'instar de son éventuelle participation en Champions League la saison prochaine. Avec sa deuxième place au classement général du championnat belge, l'Union reçoit en effet un ticket pour le troisième tour de qualification en Ligue des champions et pourrait donc accéder à cette compétition de prestige, au même titre que le Real Madrid, le PSG ou Manchester City. " La Champions League, c'est le graal !, commente le consultant Pierre Maes, auteur du livre Le business des droits TV du foot. Si l'Union se qualifie, elle empochera au minimum 15 millions d'euros pour les droits télé et cela peut tout changer. Le propriétaire du club Tony Bloom pourrait même accentuer son rôle de mécène pour mettre l'équipe à un certain niveau. " Il y a toutefois un revers à la glorieuse médaille. Même si l'Union Saint-Gilloise ne se qualifie pas pour la Champions League, elle sera reversée dans les poules de l'Europa League et devra malgré tout présenter un stade en conformité avec les normes européennes. Si, dans un premier temps, l'équipe bruxelloise devrait louer les infrastructures de l'OHL à Louvain pour ses matchs européens, elle devra cependant songer à adapter son stade à court terme ou, plus réaliste, à en construire un nouveau pour s'aligner sur ses futures ambitions. " La grande question pour l'avenir de l'Union Saint-Gilloise, c'est : nouveau stade ou pas ? , résume Jean-Michel De Waele, sociologue du sport à l'ULB. Selon moi, il est plus important pour le club d'avoir un nouveau stade plutôt que d'avoir été sacré champion cette année. Les infrastructures actuelles sont trop petites (9.400 places, Ndlr) et donc non rentables. Si l'Union dispose d'un nouveau stade plus grand dans les deux ou trois ans, son projet financier et commercial prendra alors toute sa place. Cette saison, elle a gagné un capital sympathie et des supporters pour la vie. L'Union Saint-Gilloise a déjà réussi à vendre l'idée qu'elle était LE club bruxellois. " Se donner les moyens de ses ambitions, c'est exactement ce que fait aujourd'hui Salvatore Curaba, président de la RAAL La Louvière. Ancien joueur de football professionnel, cet entrepreneur wallon est connu pour avoir fondé, il y a 23 ans, la société de services informatiques Easi qui s'est muée en une très belle success story. Honorée du titre de " L'Entreprise de l'Année " en 2019, Easi compte aujourd'hui 360 collaborateurs pour un chiffre d'affaires qui flirte avec les 60 millions d'euros. Si Salvatore Curaba a confié les rênes de sa société à deux de ses lieutenants il y a trois ans déjà, il n'en reste pas moins un homme de défis et de projets. Juste avant de quitter la direction opérationnelle d'Easi, l'entrepreneur s'est ainsi mis en tête de ressusciter le club de La Louvière, sa ville natale. Déclarée en faillite en 2009, la RAAL a été rebranchée en 2017 lorsque Salvatore Curaba l'a rachetée avec quelques investisseurs pour lui redonner son lustre d'antan. Le démarrage s'est d'ailleurs fait sur les chapeaux de roue : après une première saison 2017-2018 passée en Division 3 Amateur, le club louviérois est directement monté en Division 2 Amateur, un championnat qu'il a remporté cette saison et qui le propulse donc en Nationale 1, la division juste aux portes de l'élite du football professionnel belge avec la D1B et la D1A. " La saison prochaine, nous allons tout faire pour monter en D1B et nous viserons ensuite la D1A à l'horizon 2025 ou 2026, s'enthousiasme Salvatore Curaba. Nous avons deux objectifs. Le premier est d'être un jour le club le mieux organisé de Belgique en remportant le titre de Best Managed Company attribué chaque année par Deloitte. Le deuxième, plus utopique, est d'être au rendez- vous des play-offs au moins une saison sur trois lorsque nous serons en D1A. " Pour parvenir à ses fins, le président de la RAAL vient de doter son club d'un centre d'entraînement flambant neuf avec 11 terrains, 10 vestiaires, des bureaux, des salles de réunion, une immense buvette et une salle de sport. Montant de l'investissement nécessaire à cette " Wolves Academy " : 7 millions d'euros pour des infrastructures qui feraient déjà pâlir d'envie certains clubs de D1A. Et ce n'est qu'une première étape. Car le rêve assumé de Salvatore Curaba est d'offrir à La Louvière un tout nouveau stade dans les quatre ans qui viennent. " Le nouveau centre d'entraînement et le futur stade sont là pour donner de la légitimité à notre projet ", conclut l'entrepreneur qui se dit inspiré par la réussite de l'Union Saint-Gilloise. " Mais ce que je veux avant tout, c'est copier le modèle Easi au sein de la RAAL. Un modèle où l'humain, le partage et la transparence sont au centre des préoccupations et je sais que c'est un sacré challenge pour y arriver dans le monde du football ! " Pour ce faire, Salvatore Curaba a aussi importé le modèle de l'actionnariat salarié mis en place chez Easi. Aujourd'hui, ce ne sont pas moins de 250 actionnaires - surtout des supporters - qui détiennent le club de La Louvière. Un joli paquet de petits poucets qui espèrent, eux aussi, un jour devenir grands.