Les fortes secousses sur les chaînes d'approvisionnement des entreprises à travers le monde brident la reprise économique et les perspectives d'avenir, confirme le sixième baromètre des exportateurs, réalisé par Roularta et l'assureur-crédit Credendo. L'indice de confiance est revenu à son niveau d'avant-crise (il est même meilleur que le chiffre de 2019) mais il faut relativiser ce redressement en se souvenant que l'an dernier, ce même indice de confiance ne s'était pas complètement effondré, bien que les entreprises aient été alors interrogées entre deux confinements. Les répondants anticipent sans doute une partie des fluctuations à venir au cours des prochains mois. L'enquête a été réalisée du 20 septembre au 12 octobre derniers. Passons en revue une série d'enseignements qui peuvent être tirés de cette étude à laquelle ont participé 763 personnes, dont 40% de CEO ou chefs d'entreprise.
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Les fortes secousses sur les chaînes d'approvisionnement des entreprises à travers le monde brident la reprise économique et les perspectives d'avenir, confirme le sixième baromètre des exportateurs, réalisé par Roularta et l'assureur-crédit Credendo. L'indice de confiance est revenu à son niveau d'avant-crise (il est même meilleur que le chiffre de 2019) mais il faut relativiser ce redressement en se souvenant que l'an dernier, ce même indice de confiance ne s'était pas complètement effondré, bien que les entreprises aient été alors interrogées entre deux confinements. Les répondants anticipent sans doute une partie des fluctuations à venir au cours des prochains mois. L'enquête a été réalisée du 20 septembre au 12 octobre derniers. Passons en revue une série d'enseignements qui peuvent être tirés de cette étude à laquelle ont participé 763 personnes, dont 40% de CEO ou chefs d'entreprise. 1. La page de la crise sanitaire se tourne progressivement. La pandémie demeure le premier sujet de préoccupation des exportateurs (71% pensent qu'elle aura encore un impact négatif sur leurs activités à l'export) mais ses incidences directes se font moins ressentir. La proportion d'entreprises ayant subi une diminution, voire une annulation pure et simple, des commandes est en effet retombée dans des normes plus classiques après l'explosion de l'année 2020. L'an dernier, 38% des répondants affirmaient avoir subi une annulation de commandes ; ils ne sont plus désormais que 13%. Une majorité d'entreprises constate toutefois que le Covid-19 a eu un impact négatif sur les exportations en 2021, impact pouvant aller jusqu'à un recul de plus de 25% des activités pour 14% des entreprises. Un tiers pense que ces impacts se prolongeront encore l'an prochain et 10% craignent même que cela ne se prolonge au-delà de 2022. "Le pipeline de commandes n'a pas été alimenté l'an dernier et comme il y a toujours des interdictions de voyage vers certaines destinations, la prospection ne peut se faire avec la même intensité qu'avant, constate Nabil Jijakli, deputy CEO de Credendo. Même si une série de choses reviennent à la normale, même si la croissance reprend, l'impact de ce ralentissement se prolonge donc." "Quel est l'intérêt d'envoyer un agent commercial dans un pays lointain s'il doit commencer par une dizaine de jours de quarantaine? renchérit le CEO de l'Union wallonne des entreprises Olivier de Wasseige. Le problème ne se limite pas à la grande exportation: pour installer des machines pour un client à Lille, une entreprise wallonne souhaitait y envoyer cinq techniciens. A leur retour, ceux-ci auraient dû être écartés pendant 10 jours, par précaution sanitaire. Tout cela pour un voyage professionnel à... Lille! C'est aberrant et cela grève les marges des entreprises." A Bruxelles, le son de cloche est un peu différent. La balance commerciale régionale s'est en effet montrée "très résiliente" car l'économie y est portée surtout par les services et ceux-ci sont très digitalisés. "Cette reprise est fondamentale pour l'économie bruxelloise, commente Isabelle Grippa, directrice générale de Hub.brussels. Pas moins de 85% du PIB régional dépendent directement ou indirectement de l'international ; nous avons besoin que ce levier soit en bonne santé." 2. Les plans de relance ne se traduisent pas (encore) à l'export. Les milliards d'euros affichés tant en Europe qu'aux Etats-Unis pour relancer la machine économique devraient a priori gonfler les perspectives des exportateurs. La prudence demeure, pourtant. L'indice de confiance remonte certes au niveau de 2018 mais n'explose pas pour autant. Une majorité des entreprises tablent sur une augmentation de leurs exportations au cours des trois prochaines années, mais elles demeurent prudentes, avec un objectif de croissance de moins de 10% pour 45% des répondants. "Dans les pays émergents, que ce soit en Inde, en Afrique ou ailleurs, il n'y a généralement pas de plan de relance, analyse Nabil Jijakli. Ces pays n'ont pas les moyens d'injecter énormément d'argent pour stimuler les investissements. Nos entreprises actives à la grande exportation le savent très bien." Les investissements publics explosent en revanche dans la plupart des pays européens, c'est-à-dire chez nos premiers partenaires commerciaux. "La puissance des plans de relance français et allemand devrait normalement booster nos exportations, prédit Olivier de Wasseige. Dans les prochains trimestres, nous devrions commencer à voir des hausses significatives dans une série de secteurs, grâce aux initiatives prises chez nos voisins. Les agents de l'Awex épluchent d'ailleurs les plans de relance des Etats européens pour pointer les opportunités à saisir par les exportateurs wallons."3. Les chaînes d'approvisionnement ne se reformeront pas tout de suite. Un peu plus d'une entreprise sur deux a connu récemment des problèmes d'approvisionnement, c'est l'un des enseignements marquants de ce baromètre. Et malheureusement, ces problèmes ne devraient pas être résolus dans l'immédiat. Près de 30% des répondants redoutent en effet qu'ils persistent encore en 2023, voire au-delà. "Des entrepreneurs me disent avoir l'impression d'être rationnés comme en temps de guerre, soupire Olivier de Wasseige. Ils commandent 10 pièces et en reçoivent deux ou trois. Nous avons là l'illustration du principe de la chaîne: quand un maillon ne fonctionne plus, toute la chaîne déraille. C'est extrêmement perturbant pour les gestionnaires." Les entreprises qui avaient anticipé les besoins et étoffé leurs stocks ont pu tirer leur épingle du jeu dans ces circonstances. Les autres vont peut-être reconsidérer leur politique de stock (17% de celles qui ont subi des problèmes d'approvisionnement y songent). Hub.brussels propose à cet égard des conseils sur la gestion des stocks. "C'est un enjeu crucial en milieu urbain, où les espaces disponibles sont réduits, explique Isabelle Grippa. Nous travaillons sur une panoplie de solutions, en partenariat avec Citydev ( gestionnaire du parc immobilier régional, Ndlr)." Si les problèmes d'approvisionnement ne font pas sourire les exportateurs (42% d'entre eux ont reçu des plaintes de leurs clients à cause des retards de livraison), l'impact sur le chiffre d'affaires reste minime. Parmi les entreprises ayant subi ces problèmes, 26% constatent un impact de moins de 5% sur leur chiffre d'affaires et 41% aucun impact du tout. En revanche, 5% des exportateurs concèdent avoir subi une baisse de 20 à 50% de leur chiffre en raison des retards d'approvisionnement. 4. La relocalisation, ce n'est pas pour demain. Face à cette situation, de nombreuses entreprises envisagent de diversifier leurs fournisseurs, en vertu de ce bon vieux dicton selon lequel "il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier" (37% de celles qui ont connu des problèmes d'approvisionnement). Très bien. Encore faut-il que ces nouveaux partenaires ne soient pas frappés des mêmes mesures de confinement, de quarantaine ou de limitation des déplacements. La question devient alors celle de la relocalisation d'une partie de la production, comme cela fut souvent mis en avant au début de la pandémie. "La relocalisation, en dehors d'initiatives publiques volontaristes, je n'y crois guère, confie Nabil Jijakli. La question des prix et de la compétitivité va jouer. Mais on voit aussi que s'il y a des problèmes en Chine, on peut assez facilement aller produire au Vietnam." Plus fondamentalement, le deputy CEO de Credendo lie les problèmes d'approvisionnement actuels à "une crise du transport maritime". La surchauffe due au manque de conteneurs devrait, selon lui, "s'aplanir avec le temps" et ne donc ne pas conduire à une relocalisation spectaculaire des facteurs de production. Les acteurs régionaux tentent toutefois de saisir les opportunités offertes par les circonstances actuelles. Isabelle Grippa rappelle les initiatives prises conjointement pour monter dans l'urgence des filières de production de matériel de protection individuelle (masques, tabliers...) dans les trois Régions du pays. "Cela a permis de couvrir l'ensemble des besoins des acteurs de la santé au pic de la crise, précise la directrice de Hub.brussels. Nous avons démontré que c'était possible et, d'ailleurs, ces activités de confection continuent et se diversifient." Des études sont en cours pour identifier les biens et matériaux pour lesquels une production locale pourrait aider à prévenir de futures difficultés d'approvisionnement. Olivier de Wasseige s'inscrit dans cette philosophie mais préfère parler de réindustrialisation plutôt que de relocalisation. "Il faut déceler les chaînes de valeurs sur lesquelles nous pouvons avoir un avantage compétitif grâce à des liens forts entre plusieurs entreprises, dit-il. Si nous sommes alors plus forts, plus fiables, nous pouvons à terme être moins dépendants de l'étranger ou en tout cas des pays lointains." Le patron de l'Union wallonne des entreprises invite toutefois au réalisme dans les ambitions de relocalisation: si la recherche de fournisseurs belges ou européens conduit à de fortes hausses de prix, les entreprises perdront leur compétitivité, et donc une série de marchés. "Je n'oublie pas non plus la question du phénomène Nimby, ajoute-t-il. Quand un industriel veut s'installer chez nous, le projet est assailli de recours devant le Conseil d'Etat car il y a aura du bruit, du charroi, etc. Enfin, il faut aussi garder à l'esprit la notion de balance commerciale: si nous n'achetons plus de produits venant du pays X, ce dernier n'achètera plus les nôtres." 5. Les prix sont poussés à la hausse. La plupart d'entre nous l'ont déjà constaté et le baromètre le confirme: les difficultés d'approvisionnement entraînent une hausse des prix. "Tout ce qui est rare est cher, résume Olivier de Wasseige. Cela génère des problèmes en cascade pour les entreprises qui s'approvisionnent après avoir fait leur devis ou même vendu leur produit. Elles n'ont pas toujours la possibilité de répercuter la hausse de certains composants et doivent raboter leur marge, voire vendre parfois à perte." "Cette pression inflationniste est renforcée par les difficultés de trouver la main-d'oeuvre dans les secteurs les plus sollicités pour la relance, ajoute Nabil Jijakli. Les deux phénomènes mettent la pression sur les prix." Notre baromètre indique que 40% des exportateurs ont déjà augmenté leurs prix à cause de problèmes d'approvisionnement et que 32% envisagent de le faire. "A terme, ces hausses risques évidemment de jouer sur la demande, pointe Isabelle Grippa. Cela ne semble pas encore être le cas, les carnets de commandes sont bien remplis dans la plupart des entreprises." 6. L'enjeu climatique est relégué au second plan. Si la pandémie ne provoque plus d'annulations massives de commandes, comme on le voyait l'an dernier dans notre baromètre, elle demeure néanmoins le premier phénomène négatif sur les activités d'exportation. Sans doute parce que la situation sanitaire est encore instable dans de nombreux pays et qu'il faut gérer tout le cycle de redémarrage. Les guerres commerciales et la poussée des protectionnismes sont également moins redoutées qu'elles ne l'étaient sous la présidence de Donald Trump. Tout en bas de la liste des impacts négatifs sur les activités d'exportation, on retrouve les dérèglements climatiques. Faut-il y voir un désintérêt ou, au contraire, une indication du fait que les problématiques environnementales sont désormais bien intégrées dans les business plans? "L'enjeu est pourtant tout aussi urgent que celui des chaînes d'approvisionnement, même s'il reste parfois moins tangible pour certains, analyse Isabelle Grippa. Nous avons un travail de sensibilisation à mener à cet égard. La durabilité devient un critère de compétitivité de plus en plus incontournable. Ne pas en être conscient, c'est se mettre en retard sur les marchés futurs." La directrice d'Hub.brussels met en avant l'aménagement aux abattoirs d'Anderlecht de la plus grande ferme aquaponique d'Europe ainsi que "la reconnaissance mondiale" de la qualité de la filière bruxelloise de construction durable.