Roubaix, située banlieue de Lille, n'est pas vraiment la commune la plus sexy de France. De vieilles maisons, des HLM's, des bâtiments à l'abandon et un ciel qui semble l'horizon comme celui de la chanson de Pierre Bachelet "Les Corons". Le paysage n'est pas vraiment idyllique, même si Roubaix est renommée mondialement grâce à son vieux vélodrome qui accueille chaque année (sauf en 2020), les derniers hectomètres des silhouettes fuligineuses de la course cycliste la plus épique du calendrier. A côté de cela, le musée d'art et de l'industrie de La Piscine mérite assurément le coup d'oeil, tout comme l'hôtel de ville. Mais ce ne sont pas ces trois endroits qui permettent de voir en Roubaix une Silicon Valley à la française.
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Roubaix, située banlieue de Lille, n'est pas vraiment la commune la plus sexy de France. De vieilles maisons, des HLM's, des bâtiments à l'abandon et un ciel qui semble l'horizon comme celui de la chanson de Pierre Bachelet "Les Corons". Le paysage n'est pas vraiment idyllique, même si Roubaix est renommée mondialement grâce à son vieux vélodrome qui accueille chaque année (sauf en 2020), les derniers hectomètres des silhouettes fuligineuses de la course cycliste la plus épique du calendrier. A côté de cela, le musée d'art et de l'industrie de La Piscine mérite assurément le coup d'oeil, tout comme l'hôtel de ville. Mais ce ne sont pas ces trois endroits qui permettent de voir en Roubaix une Silicon Valley à la française. Et pourtant, c'est dans la 8e ville la plus pauvre de l'Hexagone (43% de taux de pauvreté) qu'est né l'un fleuron de la French Tech: OVH. En un peu plus de 20 ans, cette entreprise spécialisée dans les services informatiques et notamment dans les serveurs abritant les sites internet, s'est invitée au sein d'un club fermé: celui des licornes françaises. Un nom aussi intriguant que rigolo pour désigner des start-up valorisées plus d'un milliard d'euros. Grâce à ce succès, OVH a pu faire son entrée en bourse ce vendredi. Même si une panne dûe à une erreur de copier-coller lors d'une procédure de configuration visant à lutter contre les attaques DDoS particulièrement intenses ces derniers temps, a affecté ses services ce mercredi et aurait pu obscurcir son ciel bleu. Mais, les premiers pas sur le marché Euronext semblent encourageants.Aujourd'hui, la start-up est devenue le premier hébergeur européen avec 32 datacenters répartis dans 19 pays, soit un total de 400.000 serveurs. Dans une région du Nord où l'immigration polonaise fut importante au début du 20e siècle avec le développement des mines qui ont fini par dessiner les seuls reliefs, à savoir les terrils, d'une région plate comme la main et balayée par les vents, c'est tout un symbole qu'OVHcloud soit le fruit d'une personne issue de cette communauté. Sauf que contrairement à Jean Stablinski, mineur et cycliste, symbole de la Région du Nord,Octave Klaba n'est pas né en France et n'y est arrivé qu'à lâge de 17 ans avec sa famille.Son enfance, il l'a vécue dans les années 80 dans le sud-ouest de la Pologne à Nowa Ruda, localité rurale frontalière avec une République Tchèque, encore tchécoslovaque à cette époque. Le père d'Octave, Henryk, est ingénieur à l'école polytechnique de Varsovie et gère une société agroalimentaire. Le gamin est passionné par une informatique encore à ses balbutiements, certainement dans une Pologne communiste. Il l'apprend en parfait autodidacte. Un petit bidouilleur qui va rapidement devenir un petit génie dans son domaine.La chute du Mur de Berlin et l'ouverture à l'ouest va pousser la famille Klaba à tenter sa chance en France. C'est donc à Roubaix qu'elle pose ses valises en 1991. Deux ans plus tard, Octave suit les traces de son père en entreprenant aussi des études d'ingénieur à l'ICAM de Lille. Il ne parle pas très bien la langue de Molière, mais ce n'est pas ça qui va freiner celui qui a déjà appris l'informatique sur le tas. En parallèle de ses études, Klaba crée une association de webmaster pour héberger des sites web où il utilise le pseudo d'Oles Van Herman sur les forums informatiques. C'est là qu'il va poser les fondations de son futur projet.Pour le monter, il reçoit un prêt de 7000 euros de ses parents. Son entreprise d'hébergement, nommée OVH en référence à son pseudo estudiantin et que l'on peut voir comme les initiales de "On Vous Héberge", est mise sur les rails en 1999. Mais le soutien familial n'est pas que financier puisque son ingénieur de père va aussi mettre la main à la pâte et ses connaissances aideront à trouver une technique pour refroidir les serveurs grâce à un système d'eau qui permettra de diviser les coûts énergétiques. Preuve qu'OVH est un projet familial, la mère Halina s'occupe des finances de la start-up alors que le frère cadet Miroslaw est responsable du développement.Mais Octave Klaba a aussi conscience que ce sain environnement familial ne permettra pas à son entreprise de franchir certains caps. Et ce sont de bonnes rencontres avec l'extérieur qui vont l'y ont aider. La première est celle de Xavier Niel, fondateur du groupe de télécommunications Iliad, qui va l'aider à implémenter un modèle logistique d'hébergement à grande échelle qui lui permettra d'ouvrir deux ans plus tard son premier data center.En 2015, il délègue la direction générale d'OVH à Laurent Allard , un client de sa start-up qui travaillait pour le groupe canadien CGI, spécialisé dans les services et conseils en technologie de l'information, l'intégration de systèmes, l'impartition et les solutions. Allard doit permettre à OVH de franchir une nouvelle étape dans son développement et d'ambitionner l'ouverture de datas centers dans d'autres pays d'Europe, en Asie, au Canada et même aux Etats-Unis où sont situés les mastodontes du domaine. En 2017, Octave Kabla reprend le poste de directeur général qu'il cèdera de nouveau un an et demi plus tard à Michel Paulin, ancien directeur général de SFR. L'homme est toujours son numéro 2 actuel et contribuera à l'installation d'OVH sur le marché américain à Dallas. Le déménagement du Ch'ti de la Tech au Texas en 2019 avait inquiété la French Tech et des raisons fiscales à ce départ ont aussi été évoquées. "Cette ville offre une situation géographique centrale et un hub aéroportuaire qui permet de voyager facilement, notamment dans nos deux datacenters situés sur chacune des côtes", expliquait alors OVH en précisant que la "City of Hate" dispose aussi d'un "grand bassin d'emplois dans le secteur de la Tech". Mais surtout, le groupe français y dispose déjà d'équipes et d'infrastructures depuis le rachat de vCloudAir à VMware en 2017. Le siège social d'OVH rebaptisé OVHcloud en 2019, restera donc bien à Roubaix rassure son fondateur qui met les choses au point en rappellant qu'il n'a pas perdu ses ambitions européennes. "Pour être un leader européen, il faut attaquer à l'international. Nous avons aussi des activités en Inde.", précise-t-il.En effet, OVHcloud ne capte que 2% des parts de marché en Europe, les 98% restantes se répartissant entre les Amazon, Microsoft et Google. La souveraineté numérique est sans doute un enjeu important pour une Europe dont les données sont souvent hébergées chez Amazon avec le risque d'être saisies par les autorités américaines. Face à ces mastodontes du pays de l'Oncle Sam, OVH semble la seule alternative crédible, même si elle ne semble encore qu'un enfant jouant au milieu d'adulte. Après son entrée en bourse, OVH sera valorisée aux environs de 3,5 milliards d'euros (alors que le montant maximal avait été évalué à 3,73 milliards). Cette opération permettra de lever au passage 350 millions de fonds qui s'ajouteront à la vente d'autres actions détenues par d'autres actionnaires, dont la famille Klaba, ce qui représente 50 millions d'euros supplémentaires. Une manne bien nécessaire au développement d'une entreprise, dont la panne de ce mercredi au sein de ses infrasctructures qui a mis hors ligne de nombreux sites pendant plusieurs heures et l'incendie en mars dernier au sein d'un datacenter situé à Strasbourg, prouvent que, malgré son succès, elle a encore un long chemin à accomplir pour rivaliser avec les grands acteurs du marché. "Nous avons fait cette introduction là pour honorer tous ceux qui croient, comme nous, dans ce même rêve de construire une alternative européenne, un fournisseur de cloud, pour l'Europe", a d'ailleurs déclaré Octave Klaba lors de la cérémonie d'ouverture de ce vendredi chez Euronext, en présence du secrétaire d'Etat chargé de la Transition numérique, Cédric O."C'est un grand jour pour la souveraineté française et européenne. On veut faire des champions ici. On espère qu'il y en aura beaucoup d'autres.", a annoncé ce dernier. DES DEBUTS TRES ENCOURAGEANTSSi l'entrée en bourse constituait une étape logique, elle n'en est pas moins un peu risquée. Le contexte actuel des marchés est plutôt turbulent entre les craintes suscités par l'inflation, le resserrement attendu des politiques monétaires ou les déboires du géant immobilier chinois Evergrande. C'est d'ailleurs à cause de ce climat que Chronext, une société suisse et que le groupe français Icade Santé, ont préféré renoncer à leur entrée sur les marchés. Et ceux qui ont franchi le pas récemment, comme le groupe tchèque de services financiers aux transporteurs Eurowag, coté depuis vendredi dernier, n'ont pas encore dépassé leur prix d'introduction. Timides en début de matinée, les premiers pas boursiers d'OVHcloud se sont nettement affermis en milieu de matinée. L'action du leader européen des services de "cloud computing" s'échangeant à 19,55 euros peu après 12h20, soit en hausse de 5,7% par rapport au prix d'introduction fixé à 18,50 euros par action. Cette hausse matinale confère donc à OVH une valorisation de 3,65 milliards d'euros.