"C'est ma tâche de rendre cette entreprise la plus chère possible. S'ils veulent nous acheter, ils devront payer pas moins de 100 milliards de dollars", disait Graham Mackay, l'ancien CEO de SAB Miller, décédé d'une tumeur au cerveau en décembre 2013. En deux décennies, Mackay avait fait de la brasserie sud-africaine un acteur de carrure mondiale.
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"C'est ma tâche de rendre cette entreprise la plus chère possible. S'ils veulent nous acheter, ils devront payer pas moins de 100 milliards de dollars", disait Graham Mackay, l'ancien CEO de SAB Miller, décédé d'une tumeur au cerveau en décembre 2013. En deux décennies, Mackay avait fait de la brasserie sud-africaine un acteur de carrure mondiale. Sur base de la valeur boursière d'aujourd'hui, AB InBev doit mettre environ 90 milliards de dollars sur la table pour engloutir SAB Miller.Si le deal réussit, AB InBev peut s'apprêter à mettre la main sur une série de vrais joyaux. Le groupe aura accès à une poignée de pays très rentables en Amérique du Sud où il n'est pas encore actif: la Colombie, où SAB Miller est leader avec une part de marché de 98%, le Pérou et quelques pays d'Amérique Centrale. La Colombie est probablement le marché le plus rentable du monde.D'un seul coup, AB InBev devient aussi leader du marché africain. Bien qu'il y ait peut-être encore anguille sous roche. SAB Miller est actif dans trente pays africains, mais dans vingt d'entre eux, la brasserie a convenu un accord de collaboration avec le producteur de boisson français Castel. SAB Miller a une part de 20% dans Castel, qui à son tour détient une part de 38% dans les activités africaines de SAB Miller. Mais AB Inbev acquiert avec l'Afrique un marché en croissance, et c'est pour SAB Miller la région la plus rentable, après l'Afrique du Sud.En Australie aussi, le brasseur acquiert une position de force, bien que ce pays ait connu quelques années difficiles. Ensuite, AB Inbev revient fortement vers l'Europe, du moins si elle achète ces activités. SAB Miller a des positions importantes en Hongrie, Italie, Pologne, Roumanie, Slovaquie et Tchéquie, où ils sont généralement le numéro un ou le numéro deux. Après un parcours de trois décennies, AB InBev a de l'expérience en termes d'acquisitions. Mais la lutte pour cette acquisition devrait se dérouler de manière totalement différente que celle pour Anheuser-Busch. AB Inbev a acheté le leader du marché américain de l'époque en novembre 2008 pour presque 54 milliards de dollars. C'était alors la plus grande acquisition en cash d'un producteur de biens de consommation. Anheuser-Busch était surtout leader aux Etats-Unis et avait un management quelque peu dépassé. Mais on ne peut pas dire cela des cadres dirigeants très performants de SAB Miller. La plupart d'entre eux sont sud-africains et sont déjà actifs depuis des décennies dans le monde de la bière. Tout comme le management de AB Inbev, ils jouent un rôle crucial dans la consolidation du secteur de la bière.Un facteur rend l'acquisition plus simple: tout comme Anheuser-Busch, SAB Miller n'a pas de réel actionnaire de référence. L'américain Altria, qui détient aussi la division cigarettes de Philip Morris, possède 26,8% de SAB Miller. Mais un échange d'actions pourrait peut-être y remédier. Cela vaut aussi pour la famille sud-américaine Santo Domingo, qui possède 14% du groupe brassicole sud-africain. Cette famille connaît bien les familles belges d'AB InBev: elles ont investi ensemble dans le producteur de café Douwe Egberts en avril 2013.La reprise de SAB Miller s'avère donc être une opération particulièrement complexe, qui obligera AB InBev de vendre diverses activités. Aux Etats-Unis, AB InBev est le leader du marché, avec une part de marché de 47%. SAB Miller y est numéro deux, via la joint-venture MillerCoors, qui détient 29% de parts de marché. La probabilité que les autorités anti trust américaines valident cette acquisition semble très faible.A moins que AB Inbev puisse les persuader que le prix de la bière pourra baisser pour le consommateur en augmentant l'efficacité de production. En 2008, la collaboration de Miller et Coors - les numéros deux et trois sur le marché - ont de cette façon obtenu le feu vert par exemple. Mais il reste à voir si AB InBev voudra reprendre le portefeuille de marque de MillerCoors.Une autre pierre d'achoppement est la Chine. SAB Miller y possède une joint-venture avec China Resources Enterprises, un groupe du secteur de l'alimentation coté à la bourse de Hong Kong. Sa marque de bière Snow est à peine connue à l'étranger, mais c'est bel et bien la bière la plus consommée au monde, avec un volume de 107 millions d'hectolitres l'an dernier.China Resources possède 98 brasseries et dispose d'une capacité de production de plus de 200 millions d'hectolitres. Il n'est pas permis à AB In Bev d'acheter cette entreprise, ont décrété les autorités de la concurrence chinoises en décembre 2008, comme condition pour l'acquisition des activités chinoises de Anheuser-Busch.A cause de cela, AB InBev croît principalement de manière organique en Chine. L'an dernier, la brasserie y a produit un volume de 71 millions d'hectolitres, soit une part de marché de 16%. La brasserie belgo-brésilienne est numéro trois dans le pays, après CR Snow et Tsintao.Par ailleurs, SAB Miller a aussi une participation de 24% dans la brasserie turque cotée en bourse Anadolu Efes. AB Inbev ne pourra probablement pas en faire grand-chose, car il s'agit surtout d'activités dans deux marchés faibles: l'Ukraine (où il est déjà leader du marché) et la Russie (AB InBev y est numéro quatre). Les comptes annuels récents de SAB Miller font apparaître combien ces marchés sont en mauvais états, ils ont comptabilisé une diminution de valeur exceptionnelle de 63 millions de dollars pour le business dans ces deux pays.Il y a encore une activité qui pourrait rebuter AB InBev: les activités en boissons gazeuses en Afrique. L'an dernier, SAB Miller et Coca-Cola ont conclu un accord de collaboration pour les activités de mise en bouteilles en Afrique. Ce groupe de fusion, Coca-Cola Beverages Africa, est le plus grand embouteilleur sur le continent. Mais AB InBev ne travaille pas avec Coca-Cola. La brasserie n'a un accord pour la production de soft drinks qu'en Amérique Latine, où elle collabore avec PepsiCo.Lire aussi: Que font les riches familles belges d'AB InBev avec leur argent ?