À une tout autre échelle, la communauté grandissante des start-up secoue indubitablement le paysage économique belge, tant sur le fond que sur la forme. Sur le fond, les nouveaux produits ou business models proposés par ces jeunes entrepreneurs remettent en cause des habitudes, des codes, des règles et des modes de consommation que beaucoup pensaient immuables. Certains y adhèrent, d'autres restent méfiants. De plus, les concepts sont souvent assez flous, ou encore à l'état de projet. Cela donne l'impression que ces nouveaux entrepreneurs sont plus des apprentis sorciers que des gens ayant vraiment de bonnes idées.
...

À une tout autre échelle, la communauté grandissante des start-up secoue indubitablement le paysage économique belge, tant sur le fond que sur la forme. Sur le fond, les nouveaux produits ou business models proposés par ces jeunes entrepreneurs remettent en cause des habitudes, des codes, des règles et des modes de consommation que beaucoup pensaient immuables. Certains y adhèrent, d'autres restent méfiants. De plus, les concepts sont souvent assez flous, ou encore à l'état de projet. Cela donne l'impression que ces nouveaux entrepreneurs sont plus des apprentis sorciers que des gens ayant vraiment de bonnes idées. Sur la forme, les codes et le langage utilisés par ces nouveaux entrepreneurs sont plus que déroutants pour l'entrepreneur de la " vieille " économie. Pour récolter des fonds, la start-up ne va pas chez son banquier, mais elle va faire son pitch auprès d'investisseurs. Pour gagner la confiance de ceux-ci, l'aboutissement du produit n'est pas toujours l'argument de poids. Ce qui prime, c'est que les cofondateurs soient inspirants, parlent d'agilité, d'expérience client, de SWOT et bien sûr, que leur concept soit disruptif ! Le tout, dans un style décontracté de cocréation, de coworking et de codécision. Enfin, il peut être choquant de voir ces nouveaux entrepreneurs ramener aussi facilement plusieurs millions d'euros de fonds de leurs pitchs, ou de les voir ébranler des entreprises qui ont plusieurs dizaines d'années de succès derrière elles. La frustration que peuvent engendrer les débuts prometteurs d'un serial entrepreneur auprès de ceux chez qui il a laissé une ardoise lors de sa faillite précédente est également compréhensible. Les critiques à l'encontre des start-up sont compréhensibles, certes, mais elles ne sont pas justifiées. Qu'on le veuille ou non, il faut se réjouir de la présence d'une communauté de start-up sur notre territoire. Et tant pis si leur jargon est énervant. Certaines perceront, d'autres disparaîtront. Que ces entreprises naissantes récoltent des fonds facilement via les fonds d'investissement ou le crowdfunding est la preuve d'un bon financement de l'économie. Ils feront perdre de l'argent à certains investisseurs. D'autres en gagneront beaucoup. Mais l'important pour l'ensemble de l'économie, c'est que quelques concepts démontreront leur utilité et leur rentabilité, arriveront à percer et à s'exporter. Le monde des start-up est à ce jour la meilleure pépinière pour avoir sur notre territoire certains gagnants de demain. Or, c'est essentiel pour le bien-être collectif. Oui, les ardoises que certains laissent en chemin sont injustes et dérangeantes. Mais alors, il faut tout autant s'offusquer des entreprises dont la vie est un temps prolongée à grand renfort de subsides publics. In fine, la perte est la même. Mais au moins, avec les start-up, on peut se dire que l'on supporte des entreprises dont certaines feront la richesse de notre économie. On a donc besoin de ces entreprises. La cohabitation de la vieille et de la nouvelle économie n'est donc pas simple. Cela vient aussi du fait que nos structures socio-économiques (droit commercial, droit du travail, règles d'hygiène, de qualité, de sécurité, etc.) ne sont pas adaptées à ces nouveaux business. De leur côté, les nouveaux entrepreneurs ne saisissent pas la portée de leurs actes. Ils se disent disruptifs par rapport à des technologies existantes, mais ils le sont aussi par rapport aux structures qui fondent une économie. Or, ils doivent être bien conscients qu'elles n'ont pas été mises en place pour leur mettre des bâtons dans les roues, mais sont le fruit de compromis et parfois de dures luttes. Ces structures méritent donc aussi leur respect et un peu plus d'humilité. Par conséquent, importer des business models des Etats-Unis n'a aucun sens, car notre mode de fonctionnement n'est pas le même. Le vrai défi est de trouver un équilibre entre cette nouvelle économie dont nous avons collectivement besoin et les fondements historiques de notre économie.