Ils ont 40 ans de différence, mais partagent la même passion pour l'écriture et la bande dessinée. Avec plus de 40 millions d'albums vendus sous son nom, Jean Van Hamme a rendu mondialement célèbres les personnages de Thorgal, XIII et Largo Winch. Ces héros de papier ont partagé la vie de Giles Daoust, le jeune CEO de l'entreprise d'intérim du même nom (250 millions de chiffre d'affaires), mais qui dirige aussi, en parallèle, sa propre maison de production de films à Los Angeles.
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Ils ont 40 ans de différence, mais partagent la même passion pour l'écriture et la bande dessinée. Avec plus de 40 millions d'albums vendus sous son nom, Jean Van Hamme a rendu mondialement célèbres les personnages de Thorgal, XIII et Largo Winch. Ces héros de papier ont partagé la vie de Giles Daoust, le jeune CEO de l'entreprise d'intérim du même nom (250 millions de chiffre d'affaires), mais qui dirige aussi, en parallèle, sa propre maison de production de films à Los Angeles. Compte rendu d'une rencontre placée sous le signe du père et des belles histoires, à la table de L'Ecailler du Palais Royal à Bruxelles. GILES DAOUST. Vous savez, nous nous sommes déjà rencontrés... JEAN VAN HAMME. ( Etonné) Ah bon ? G.D. Oui, c'était il y a une quinzaine d'années. J'avais organisé un concours de scénarios de films et vous étiez dans le jury avec le réalisateur belge Alain Berliner. J.V.H. Ça me dit vaguement quelque chose. Vous savez, socialement, je suis la pire des personnes. J'oublie le nom des gens, j'oublie leur visage... Je ne pourrais pas faire de politique ! Mais je vais vous avouer quelque chose : je n'ai rien lu sur vous avant cette rencontre. Je sais qu'il y a une boîte d'intérim qui s'appelle Daoust, mais je ne sais rien d'autre car je préfère apprendre de vous ici, à table, plutôt que de commencer à faire des recherches. G.D. Nous avons un point commun : nous avons fait tous les deux Solvay. J.V.H. Sauf que vous avez fait un an de plus que moi ! Je l'ai fait en quatre ans. Vous en cinq ans, je suppose. G.D. Ah bon, c'était quatre ans à l'époque ? J.V.H. Oui ! G.D. A vrai dire, j'ai même fait deux ans de plus que vous puisque j'ai doublé ma première ( rires) ! J.V.H. Après Solvay, j'ai quand même ajouté une agrégation, une licence en journalisme, une licence en droit... Enfin, des tas de trucs qui ne m'ont jamais servi, uniquement parce que j'étais très amoureux d'une fille à l'unif et que je n'avais pas envie de m'éloigner d'elle. G.D. Et ça a marché ? J.V.H. Oui, j'ai conquis et puis, j'ai " déconquis " ( sourire) ! TRENDS-TENDANCES. Jean Van Hamme, vous écriviez déjà à l'époque. Vous auriez pu faire des études de lettres à la place de Solvay... J.V.H. Je ne vois pas du tout ce que ça m'aurait apporté ! Je lisais beaucoup à l'époque et je n'avais pas besoin d'études de lettres pour écrire. Alors, j'ai choisi Solvay. J'habitais à 3 km de l'ULB. Personne n'avait fait l'université dans ma famille. J'étais fils unique, je vivais seul avec mon père, ma mère étant morte quand j'avais deux ans. Mon père était disposé à me nourrir et à me loger pendant que je ferais l'université. Mais que faire ? Médecine ? Non. Le droit ? Non. Philo ? Non plus. Et puis, je suis tombé sur un programme extrêmement varié avec de l'histoire, de la biologie, des maths que j'aime beaucoup, etc. C'était le programme de Solvay, ça me plaisait et je me suis donc inscrit sans savoir vraiment ce que j'allais faire ensuite. G.D. Nous avons un autre point commun : j'écris aussi depuis que je suis gamin. J'écrivais des petites nouvelles et des BD quand j'étais enfant et puis, à l'adolescence, j'ai commencé à écrire des romans qui n'ont jamais été publiés, évidemment... J.V.H. J'ai vécu la même chose. G.D. Arrivé au moment des études, je ne voulais pas me diriger vers une option artistique pour ne pas en faire justement une obligation. Je ne voulais pas que l'écriture devienne un métier. Je voulais que cela reste une passion et Solvay est arrivé comme une formation généraliste. Mon père étant entrepreneur, forcément, ça lui plaisait bien, mais il ne me l'a jamais imposé. J'ai un parcours atypique, mais la grande différence avec vous, c'est que je n'ai pas su choisir entre mes deux métiers. J.V.H. C'est-à-dire ? G.D. J'exerce aujourd'hui deux activités parce que, pendant un Erasmus à Londres, j'ai eu l'idée de mélanger ma passion pour l'écriture avec ma formation à Solvay. Je me suis donc lancé dans la création d'une société de production de films en 2003 -avant la fin de mes études- qui s'appelle Title Media et qui existe toujours. Je l'ai créé à Bruxelles avec Alain Berliner. J'ai commencé à produire des films en Belgique, à les écrire et à les réaliser. J'ai réalisé trois longs métrages et, progressivement, les portes se sont ouvertes aux Etats-Unis. J'ai finalement arrêté de réaliser et je me suis focalisé sur l'écriture de scénarios et la production de films. Aujourd'hui, Title Media est basée à Los Angeles et, en une quinzaine d'années, nous avons produit à peu près 50 films. Mais pourquoi avez-vous décidé, Giles Daoust, de rejoindre l'entreprise familiale ? Pourquoi n'êtes-vous pas resté exclusivement dans le cinéma ? G.D. Lorsque j'ai créé ma société de production, mon père était très content parce que c'était de l'entrepreneuriat. Il ne m'a jamais poussé à rejoindre l'entreprise familiale, mais quand il a passé le cap de la soixantaine, la question de l'avenir de Daoust s'est posée. Il est fils unique, je suis fils unique, que fait-on de cette entreprise ? En 2010, ma société de production était alors en rythme de croisière et j'ai donc décidé de rejoindre mon père pour diriger le département marketing. En anglais, on dirait que c'est le respect du legacy ou de l'héritage, si vous préférez. L'entreprise a été créée par mon grand-père en 1954 et je ne voulais pas qu'elle périclite. Mais j'ai toujours dit à mon père que je garderais ma société de production, même lorsque je suis devenu CEO de Daoust en 2015. Ce que j'aime bien dans cette situation, c'est ce que l'un apporte à l'autre : le créatif me donne des idées pour ma gestion et ma gestion me donne des idées pour ma création. Alors, c'est vrai que Title Media est une toute petite structure et que Daoust est une grande entreprise... J.V.H. Cela représente combien d'employés ? G.D. En interne, nous sommes 450 à travers une soixantaine d'agences en Belgique, mais nous donnons du travail à 8.500 équivalents temps plein. J.V.H. Waow ! Je vais dire une chose qui va peut-être vous choquer, mais votre entreprise a ceci de particulier : vous vendez des gens... G.D. ( Horrifié) Oh non ! On ne vend pas des gens ! J.V.H. Vous ne vendez pas de produits ! Vous ne vendez pas des clous, ni des tuiles. Vous vendez des gens. Enfin, vous les louez... G.D. ( Toujours horrifié) Mais non ! Qu'est-ce que c'est que ça ! J.V.H. Je savais que j'allais vous choquer... G.D. On rend un service ! Notre métier, c'est d'accueillir des candidats. C'est d'essayer d'analyser leur profil pour voir quel genre de compétences ils ont et quel genre de job pourrait s'ouvrir à eux. J.V.H. En fait, vous vendez du talent... G.D. On encourage le développement de carrières ! L'intérim, c'est un pied à l'étrier pour lancer sa carrière. On essaie de tirer les gens vers le haut. On essaie aussi de dénicher des talents et de leur donner des opportunités, même au sein de notre propre équipe. Giles Daoust, avez-vous souffert d'être " le fils de " au sein de votre entreprise et de devoir succéder au père ? G.D. Je pense que l'on a eu une transition réussie, mais c'est surtout parce qu'on l'a fait de manière progressive. Cela m'a pris cinq ans pour accéder au titre de CEO. On a vraiment essayé de mettre chacun notre ego de côté. La période la plus difficile, pour être honnête, c'est celle où mon père était CEO et où je faisais partie du comité de direction. J'ai progressivement élargi mon périmètre, mais ce n'était pas facile parce que, pour les gens autour de la table, il y a en quelque sorte deux patrons : il y avait le vrai patron et le patron putatif. Et ça, ce n'était pas évident. Cela dit, mon père a eu une super idée quand j'étais étudiant : il m'a invité au banquet annuel de l'entreprise en tant que " mascotte " et j'y suis allé ensuite chaque année. Donc, j'ai toujours connu les employés - même si je ne savais pas toujours très bien ce qu'ils faisaient chez Daoust - et quand j'ai intégré l'entreprise en 2010, je connaissais quasi toute le monde, au moins de vue. Cela m'a beaucoup aidé à briser la glace. Après ça, j'ai dû montrer que j'étais bienveillant et que je n'étais pas juste là que pour le titre, la gloriole ou le pognon. J.V.H. Cela ne doit pas être évident... G.D. Non, mais au moment de la transition, quand mon père a passé la main en 2015, il s'est vraiment retiré car on ne voulait pas qu'il y ait deux CEO en même temps. Cela a permis de clarifier beaucoup de choses aux yeux du personnel. Depuis, il n'est plus opérationnel dans l'entreprise, même si je mange avec lui tous les lundis et que je lui dis tout ( sourire). J.V.H. Moi, je n'ai pas eu le problème de devoir reprendre les affaires de mon père. C'était un aventurier et il a tout fait dans sa vie. Il a élevé des taureaux au Rwanda, il a géré les terres du prince de Liechtenstein en Tchécoslovaquie, il a été cinéaste aux Açores, il a été résistant pendant la guerre et puis, il a été employé le reste de sa vie chez Electrogaz. Donc, je n'ai jamais eu d'affaire familiale à reprendre. J'ai fait Solvay et puis, j'ai travaillé pour la US Steel pendant trois ans, avant de donner ma démission pour entrer ensuite chez Philips via MBLE ( la Manufacture belge des lampes électriques, Ndlr). Pour MBLE International, je travaillais dans les pays sous-développés, comme on disait à la fin des années 1960. Je me suis tapé des tas de pays en Afrique et en Asie où je devais faire de rapports pour voir si on pouvait y installer des chaînes de montage de téléviseurs et de radios. Mais mon vrai rôle, c'était de savoir qui il fallait arroser pour y parvenir... Vous voulez dire que Philips avait un budget " corruption " ? J.V.H. MBLE International, pas Philips ( sourire) ! Comme ça, si je me faisais prendre, Philips n'était pas mouillé. C'était l'époque des télex codés ( Giles Daoust sourit). Je ne rigole pas ! A l'époque, la corruption passive était tout à fait légale. Les sociétés avaient le droit d'avoir une caisse noire pour corrompre. Maintenant, ce n'est plus le cas. G.D. Cela doit encore exister dans certains secteurs... J.V.H. Je me souviens d'un jeune ministre au Ghana qui m'avait clairement dit : " Je ne serai sans doute à ce poste que pour deux ans, donc il faut que je fasse fortune ! Voici mon numéro de compte... " ( rires) ! Ensuite, j'ai été promu à Bruxelles comme directeur du département des appareils ménagers chez Philips et là, fini les voyages ! Je me suis retrouvé dans un superbe bureau au 13e étage avec deux secrétaires, de bons chefs de produits, de bons vendeurs... Bref, tout marchait. Mais moi, je m'emmerdais ! Tous les midis, j'allais au cinéma place De Brouckère et comme j'écrivais déjà des nouvelles et des scénarios pour quelques auteurs de bandes dessinées, j'ai décidé un jour de donner ma démission. C'était le 1er avril 1976. J'ai alors écrit mon premier roman, Largo Winch, et je l'ai proposé à 10 éditeurs français. Six m'ont répondu positivement, mais j'ai malheureusement signé avec le premier qui s'était manifesté, Mercure de France, qui n'était pas du tout fait pour éditer cela. Donc ce roman n'a pas eu un succès vibrant. J'ai un peu ramé pendant quelques années et puis, il y a eu le succès progressif de la BD Thorgal que j'ai créée avec le dessinateur Grzegorz Rosinski. A un moment, je me suis dit : " Ah, je vais pouvoir en vivre ! " et ça, c'était une victoire pour moi. Ça n'a jamais marché pour les 10 romans que j'ai écrits dans ma vie -j'ai dû en vendre au maximum 80.000 exemplaires - mais si j'avais réussi dans cette voie, je n'aurais jamais fait de bande dessinée. La vie est faite de surprises. Parfois un échec vous pousse vers la réussite. G.D. C'est clair. J.V.H. Donc, j'estime être un veinard. Aujourd'hui, Jean Van Hamme, vous affichez au compteur plus de 40 millions de BD vendues sous votre nom, c'est bien ça ? J.V.H. Je bouclerai les 44 millions avec le nouveau Blake et Mortimer qui sortira à la fin de cette année. G.D. A l'époque où vous aviez, en parallèle, vos trois séries à succès, Thorgal, XIII et Largo Winch, quel était votre rythme de travail ? J.V.H. Mon rythme, c'était l'obligation de faire un scénario par an pour chacune des séries et en plus, sur le côté, le one shot que j'avais envie de faire. G.D. Mais au quotidien, ça se traduisait comment ? Combien d'heures par jour ? Ça m'intéresse par rapport à ma propre organisation... J.V.H. J'avais des horaires de bureau ! Je commençais à 9 h jusque 13 h. Je mangeais, je faisais une sieste et je recommençais à 15 h jusqu'à 19 h. G.D. Donc, vous écriviez huit heures par jour. J'en suis incapable ! Ça me rend fou. J.V.H. Mais pas le week-end ! Bon, ça, c'était avant. Aujourd'hui, je travaille à mon aise. Un peu trop à mon aise, d'ailleurs... Mais vous travaillez toujours, à 81 ans ! J.V.H. Je ne m'arrêterai pas. A partir du moment où l'on écrit à chaque fois une nouvelle histoire, on entre dans une nouvelle aventure. Là, je suis en train d'écrire un triptyque sur les ancêtres de Largo Winch, où je raconte comment ils sont devenus riches. Ça commence en 1848 au Monténégro occupé par les Ottomans et je suis obligé de me replonger dans cette époque, c'est passionnant. G.D. Avez-vous d'autres projets ? J.V.H. Oui, bien sûr. Je suis assailli par mes chers directeurs éditoriaux qui se disent : " Tant qu'il est en vie, essayons d'en tirer le maximum ! " ( Giles Daoust rit). Jean Van Hamme, c'est une marque qui vend ? J.V.H. Oui. Il faut reconnaître que je vends sur mon nom. C'est devenu comme ça. Mais ça ne veut pas dire que je peux faire n'importe quoi. Heureusement, d'ailleurs ! Les lecteurs ne sont pas idiots. Le nom ne les amène pas à acheter. Le nom les amène vers l'album et les pousse à le feuilleter. Cela ne veut pas dire qu'il faut l'acheter. Il y a toujours le phénomène AIDA. G.D. ( Surpris) Pardon ? J.V.H. Vous faites du marketing, vous devez connaître ! G.D. Pas du tout ! J.V.H. On parle ici d'un produit. Or, pour vendre un produit, il faut qu'il franchisse quatre étapes. La première étape, c'est le A de AIDA. "A" comme attirance. Le nom des auteurs ou la couverture de l'album fait que le consommateur va prendre l'album en main. Mais pour le vendre, il faut ensuite éveiller le "I" de AIDA. Il faut éveiller l'intérêt du consommateur. Pour un roman, c'est le quatrième de couverture et pour une BD, ça peut être le dessin quand il feuillette rapidement l'album. Ces premiers instants et ces différents éléments doivent transformer l'intérêt en désir -c'est le "D"- pour pousser enfin le consommateur vers l'achat. C'est le dernier "A" de AIDA. G.D. Je ne connaissais pas... J.V.H. On n'apprend pas ça à Solvay ! Et donc, mon nom correspond au premier A de " Aïda ". Il suscite l'attirance, mais si le dessin ne plaît pas, l'album ne se vendra pas. Jean Van Hamme, a-t-il été difficile pour votre fils Thomas de se faire une place avec le poids de ce nom, justement ? Vous incarnez aussi une " entreprise " en quelque sorte... J.V.H. Il n'y a pas d'entreprise Jean Van Hamme. Thomas a eu la bonne idée de ne pas essayer de faire la même chose que moi. Alors, au début, il était le fils de son père mais, par la suite, je suis devenu le père de mon fils. Dès qu'il est passé à la télé, il est devenu beaucoup plus connu que moi. La caissière du supermarché le reconnaissait, moi pas ! Cela dit, au tout début de sa carrière, il m'en a voulu. Il m'en a même voulu pendant un an. A l'époque, il travaillait à Radio Contact et il voulait passer au service divertissement de la RTBF. Je connaissais le directeur de ce service et Thomas m'a demandé d'intervenir en sa faveur. J'ai refusé. Je lui ai dit : " Tu te débrouilles, tu te vends tout seul ". Il m'a tiré la gueule pendant un an mais, ensuite, il m'a remercié car s'il a réussi ; c'est entièrement grâce à lui. J'ai refusé de le pistonner et j'estime avoir eu entièrement raison. Où vous situez-vous chacun sur l'échiquier politique ? J.V.H. Mes idées politiques sont un peu aberrantes. Quand on me demande à quel bord j'appartiens, je dois répondre que ça n'existe pas car je suis un écologiste de droite. G.D. Comme Largo Winch en somme... J.V.H. Tout à fait ! J'ai une tendance à l'écologie comme un citoyen respectueux de l'environnement dans lequel il évolue. J'ai acheté une voiture hybride -qui est une merde, enfin bon, ça, c'est autre chose- et, sans être un activiste écologique, je suis en faveur d'une démarche durable et je suis pour la préservation de la nature. Mais l'ennui, c'est que je ne suis pas de gauche. En fait, je me définis de droite parce que je n'aime pas la gauche en Belgique. C'est donc par rejet de la gauche que je me positionne à droite. Ce n'est pas parce que vous êtes, par exemple, un farouche défenseur de la libre entreprise ? J.V.H. Non, pas du tout. C'est par réaction à tout ce que ce foutu Parti socialiste a fait comme magouilles ! Et puis, on associe toujours l'écologie à la gauche. Pourquoi ? Je ne comprends pas... G.D. Parce que l'écologie est souvent abordée sous l'angle unique de la décroissance. Il faut consommer moins, il faut polluer moins, etc. Or, si on l'abordait sous un autre angle en disant, par exemple " Pour sauver la planète, investissons dans la recherche scientifique pour dépolluer ", on verrait les choses autrement. Malheureusement, on n'a pas assez cette approche innovante en Belgique. Et vous, Giles Daoust, vous êtes plutôt de gauche ou de droite ? G.D. Moi, je me définis comme apolitique, mais je suis pour l'entrepreneuriat. Les Américains ont ça dans leur culture : la liberté d'entreprendre. Ça peut être créer son business, avoir une carrière ou essayer d'être un auteur à succès, pas nécessairement pour de l'argent, mais pour la réussite ou pour être lu. Pourtant, Giles Daoust, dans votre livre "Mots d'esprit d'entreprendre" qui vient de paraître, vous écrivez : " Si le jeune ne trouve pas d'emploi, l'accès aux allocations de chômage est tellement aisé que cela provoque un effet pervers important ". J.V.H. Je suis d'accord ! Et vous ajoutez : " La taxation sur le travail est si élevée qu'elle génère des pièges à l'emploi et des découragements ". C'est plutôt un discours de droite... G.D. Il faut sortir des clivages. En Belgique, on est perdu dans un labyrinthe législatif qui fait que l'on a beaucoup trop d'effets pervers. En fait, chaque fois qu'on vote une loi, on devrait en supprimer une. On devrait simplifier davantage. Le système est devenu excessivement complexe et il est aujourd'hui difficile d'amener des solutions que ce soit en matière du chômage, de la formation des jeunes, de l'écologie, des transports ou d'autres thématiques. J.V.H. C'est un casse-tête épouvantable ! Jean Van Hamme, contrairement à certains Belges fortunés qui ont choisi l'exil fiscal, vous avez toujours tenu à payer vos impôts en Belgique, pourquoi ? J.V.H. J'ai refusé toutes les combines que l'on m'a proposées au Luxembourg ou ailleurs. Je ne suis pas comme ce Schtroumpf de Peyo qui est parti en Suisse pour payer moins d'impôts. Et cela ne lui a pas réussi puisqu'il a eu là-bas une transfusion sanguine qui l'a tué. Il est mort d'une hépatite à la suite de cette transfusion. Je ne dis pas que c'est la punition divine, mais je ne comprends pas ces gens qui trouvent des combines complètement tordues pour gagner encore plus de fric qu'ils n'en ont ! Moi, j'ai un côté, je ne dirais pas patriotique, mais certainement citoyen qui fait que j'aime mon pays et que j'estime devoir y payer des impôts, surtout si je gagne bien ma vie. Et puis, je n'ai pas envie de trembler à chaque fois que je reçois une note du fisc qui me dit : " On va venir vous contrôler ". Une dernière question, Giles Daoust : quand vous entendez l'histoire de Jean Van Hamme, vous ne vous dites pas que vous auriez dû tout miser sur votre maison de production, les scénarios, les films ? G.D. Non. Il y a eu des périodes de ma vie, assez courtes d'ailleurs, où je ne faisais qu'écrire et ça ne me satisfaisait pas forcément parce que j'ai un petit côté schizophrène : j'ai deux personnalités et j'ai besoin que les deux soient en vie. A côté de Daoust et de Title Media, je m'occupe également de la mise en scène de l'Ommegang depuis 15 ans (la procession folklorique célébrée chaque année sur la Grand-Place de Bruxelles, Ndlr) et j'écris aussi des BD. Je ne fais que du fantastique et du thriller. Jean, je vous en ai amenée une, d'ailleurs. J.V.H. Je ne lis plus de BD depuis des années ! Il y en a beaucoup trop... G.D. Vous lirez la dédicace ( rires) ! J'ai trois BD à mon actif et j'en ai une quatrième qui est en cours de réalisation. J'ai participé à une série, Carthago Adventures, qui a bien marché. J.V.H. Qu'entendez-vous par " bien marché " ? G.D. ( Rires) Je connais vos chiffres, cela n'a rien de comparable ! J.V.H. Bon, je lirai votre BD. Vous allez me donner votre adresse e-mail et je vous donnerai mes commentaires. G.D. Merci !