Fabrice Brion, le patron et fondateur de l'entreprise montoise I-care, spécialisé dans la maintenance à distance des chaînes de production, se montre très critique à l'égard de nos règles comptables, qui handicapent, dit-il, des sociétés comme la sienne. "Dans notre métier, les règles belges prennent en compte les revenus de manière ridicule", dit-il.
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Fabrice Brion, le patron et fondateur de l'entreprise montoise I-care, spécialisé dans la maintenance à distance des chaînes de production, se montre très critique à l'égard de nos règles comptables, qui handicapent, dit-il, des sociétés comme la sienne. "Dans notre métier, les règles belges prennent en compte les revenus de manière ridicule", dit-il.I-care, Odoo et bien d 'autres, sont des entreprises actives dans le domaine du SaaS (Software as a Service). Ces sociétés bénéficient d'un système de rente : une fois qu'un client a signé pour un, deux, trois ans, il reste car il ne peut se permettre de changer de plateforme tous les ans. Un peu comme une entreprise qui choisit Microsoft ne peut passer sur Linux l'année d'après, puis sur MacOS l'année suivante. "Nous avons une activité récurrente, souligne Fabrice Brion. Nous avons signé des contrat fermes sur 12, 24 ou 36 mois. Mais les règles comptables belges d'un autre siècle ne nous permettent pas de faire apparaitre que les revenus pour les mois de cette année".Des entreprises pénaliséesQuel est le problème ? "Cela pénalise la valorisation des entreprises, répond Fabrice Brion. Certes, la Belgique n'est pas le seul pays à pratiquer de la sorte, mais d'autres, comme les Etats-Unis ou les Pays-Bas, font autrement". Ils permettent de mettre dans les revenus de l'année la valeur du contrat signé cette année-là. "On dit souvent que les holdings vont s'installer aux Pays-Bas pour des raisons fiscales. Je pense que ce n'est pas la seule raison. Leur réglementation comptable prend en compte les réalités des nouveaux business. Les comptes, là-bas, permettent de refléter la valeur réelle des entreprises, alors qu'en Belgique on se tire une balle dans le pied, surtout quand on parle de société internationale".On pourrait rétorquer que ces considérations comptables ne modifient pas la perception de ceux qui connaissent la société. Fabrice Brion n'en est pas si sûr. "Je prends un exemple : notre filiale américaine est un succès phénoménal. Le capital nécessaire aux Etats-Unis pour créer une société est de 1 dollar. Nous avons donc une société américaine avec un capital de 1 dollar, mais dont la valeur de marché est de plusieurs millions, voire plusieurs dizaines de millions. Les normes comptables internationales (IFRS) nous permettent de valoriser cette filiale à plusieurs millions. En Belgique, je dois la valoriser à 1 dollar. Un investisseur, un client ou un concurrent qui voit mes comptes et les compare à ceux d'un concurrent américain similaire verra chez ce concurrent un "haut de bilan" de plusieurs millions de plus que le mien. Il ne va pas s'amuser à retraiter la comptabilité belge en normes internationales". Sur cette base, un investisseur investira donc plutôt dans le concurrent américain. De même, un client potentiel optera plutôt pour la société qui présente un bilan plus solide."Nos règles comptables reflètent une prudence d'un autre temps, celui où les holdings étaient considérés comme des structures dangereuses ou des véhicules cherchant à éluder l'impôt. Elles ne correspondent plus à la réalité d'aujourd'hui où les sociétés digitales doivent obligatoirement être présentes à l'international et se constituer sous forme de holding. Nous devons adapter nos règles comptables à cette nouvelle réalité", conclut Fabrice Brion.