Grosse actualité en ce mois d'octobre pour les deux sociétés wallonnes Vésale Pharma et Dim3. Dans le cadre de la mission technologique de l'Awex qui se tient cette semaine au Texas, elles viennent d'annoncer, pour la première, la mise en place d'une structure de recherche au sein de la prestigieuse université Texas A&M, à College Station ; et pour la seconde, la création d'une filiale commerciale également basée sur le campus. Quels sont les objectifs stratégiques de ces deux pépites wallonnes ? Nous avons rencontré Eric Poskin, qui représente les deux sociétés lors de la mission texane.
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Grosse actualité en ce mois d'octobre pour les deux sociétés wallonnes Vésale Pharma et Dim3. Dans le cadre de la mission technologique de l'Awex qui se tient cette semaine au Texas, elles viennent d'annoncer, pour la première, la mise en place d'une structure de recherche au sein de la prestigieuse université Texas A&M, à College Station ; et pour la seconde, la création d'une filiale commerciale également basée sur le campus. Quels sont les objectifs stratégiques de ces deux pépites wallonnes ? Nous avons rencontré Eric Poskin, qui représente les deux sociétés lors de la mission texane.Vésale Pharma crée une filiale de recherche aux États-Unis, Dim3 une filiale commerciale. Deux stratégies différentes. Pourquoi ?Il s'agit de deux entreprises qui ont deux histoires différentes. L'une, Vésale Pharma, qui est spécialisée dans la recherche et le développement de probiotiques, est déjà présente dans 20 pays avec un portefeuille de 20 produits ; et l'autre est une start-up qui commence et qui met au point des plateformes d'aide à la décision médicale et dont la première application est la nutrition clinique. De par ces histoires différentes et ces positionnements différents, leur arrivée sur le campus de Texas A&M demande deux stratégies différentes. L'une va plus travailler sur la valorisation de la recherche et le fait de trouver un partenariat de recherche par rapport à une technologie qu'elle a déjà, tandis que l'autre va s'établir et tenter de valoriser au mieux le produit qu'elle met sur le marché pour le moment. Comment l'aventure avec l'Awex et le réseau Owin a-t-elle commencé ?Tout est né d'une rencontre avec Arnaud Collette, le porte-parole de l'Awex, et Philippe Lachapelle, qui a initié ce réseau Owin qui a trouvé son origine dans une collaboration avec l'université Texas A&M et vise à favoriser l'accès de PME mais aussi de start-up au marché américain en s'insérant dans un environnement favorable pour leur développement. L'association de l'Awex, de l'université et du Research Valley Partnership crée un environnement très favorable à l'insertion et au déploiement d'entreprises car tout est mis à leur disposition, que ce soit au niveau de la recherche, au niveau des structures physiques d'accueil, au niveau de l'accouplement juridique, etc.Quel rôle l'université Texas A&M va-telle jouer pour Dim3 et Vésale Pharma ?Le savoir-faire, l'expertise et les différentes recherches menées dans les différents départements de l'université peuvent apporter une valeur ajoutée à chacune des entreprises. Que ce soit dans le secteur des probiotiques pour quantifier l'efficacité d'une technologie qui s'appelle Intelicaps pour Vésale Pharma, ou pour Dim3 qui veut perfectionner ses plateformes d'appréhension des données biométriques. Des départements de Texas A&M ont développé des recherches dans ces deux domaines.Vous évoquiez lors de l'annonce de la création des filiales la chance de disposer d'un tel partenariat en Wallonie. Ce n'est pas le cas ailleurs ?Nous avons vraiment une chance énorme en Wallonie d'avoir un support comme l'Awex qui permet à des jeunes entreprises n'ayant pas les ressources humaines en leur sein de pouvoir se développer à l'extérieur. Ce qui est en outre tout à fait unique, et que plein d'autres régions n'ont pas, c'est cette synergie qui a été mise en place à College Station avec l'université Texas A&M et qui permet de trouver beaucoup plus rapidement les interlocuteurs les plus appropriés sans devoir faire le parcours du combattant.Depuis juin, le cabinet d'avocats Michel Best a rejoint le réseau Owin comme membre associé. Qu'est-ce que cela a changé pour vous ?Une fois que nous avons décidé de nous implanter aux États-Unis, encore fallait-il avoir la structure adéquate pour pouvoir bien démarrer et bien se développer. Le partenariat avec Michael Best a été amené par le Research Valley Partnership et fait que d'un côté, vous avez un incubateur qui met en relation des gens, de l'autre vous avez une université qui apporte le savoir-faire académique et scientifique, et enfin il fallait quelqu'un qui explique aux entreprises comment se structurer au mieux au niveau juridique. La particularité de Michael Best est de travailler presque exclusivement pour des start-up dont le cabinet comprend la logique. Il a une démarche créative d'accompagnement qui ne se limite pas à créer une structure légale. C'est assez unique.Quels sont les enjeux des recherches menées par Vésale Pharma et Dim3 ?Vésale Pharma a mis au point une technologie unique au monde qui s'appelle Intelicaps. C'est une technologie de micro-encapsulation qui préserve les probiotiques de l'acidité gastrique, de l'humidité et de la chaleur, et qui leur permet d'arriver au niveau du colon en bonne santé, vivant et en beaucoup plus grand nombre. Il s'agissait maintenant de quantifier le caractère bénéfique de cette technologie. C'est l'objet de la première étude que Vésale Pharma lance avec l'université Texas A&M et le département du Docteur Allison Ficht. Pour Dim3, nous avons deux fers au feu. D'une part, une étude de validation clinique de la plateforme dédiée à la nutrition clinique qui va se faire dans un hôpital régional adossé à l'université ; et d'autre par, nous avons avec l'université Texas A&M un projet de recherche commun pour l'appréhension des données biométriques d'une personne en temps réel à travers un appareillage permettant, sans intervention de l'homme sur le patient, de pouvoir déterminer directement ces données biométriques. C'est un enjeu capital. Quand vous devez déterminer l'état nutritionnel d'une personne, vous devez connaître ses données biométriques pour mieux appréhender les régimes nutritionnels et médicamenteux que vous devez lui donner. Or ces donnes sont souvent très mal appréhendées à l'entrée à l'hôpital. Vous parliez d'un certain conservatisme en Europe. Que vouliez-vous dire par là ?La législation européenne rend très difficile la mise en place d'études sans passer par un nombre incalculable de démarches. L'environnement est beaucoup plus favorable au Texas. Une fois que le logiciel de suivi de la nutrition clinique d'un patient en soins intensifs sera mis en route, il amènera - et c'est toute la portée de l'étude que nous allons effectuer avec le centre régional hospitalier de College Station - des conclusions qui permettent de dire : si vous suivez nutritionnellement quelqu'un en soins intensifs et que vous veillez à ce qu'il n'y ait pas de gap dans ce suivi, vous réduisez son temps de séjour, vous favorisez sa convalescence, et surtout vous réduisez aussi les coûts de morbidité et à la fin de mortalité liés à la dénutrition. Les États-Unis sont plus ouverts à cet argument financier ?Disons qu'ils sont plus ouverts à des démarches qui permettent d'allier les deux, plus rapidement : la santé des patients et le business. On travaille toutefois sur le même sujet avec l'université de Liège, cela se fait donc aussi chez nous. La seule différence, c'est qu'aux États-Unis, nous n'avons pas eu besoin d'expliquer notre démarche cinquante fois. On a tout de suite accepté de nous aider et de faire en sorte que cela fonctionne. Les hôpitaux sont aussi des entreprises qui ont comme objectif de faire retrouver la santé aux patients le plus rapidement possible, et donc le plus économiquement possible. En général, on dit que lorsqu'on réduit les coûts liés aux soins, cela a un impact sur la qualité de ces soins. Or ici, c'est tout à fait l'inverse. C'est parce que l'on va trouver un outil capable de mieux gérer efficacement les choses que des économies vont pouvoir être faites et surtout que les patients vont pouvoir être mieux traités.Jérémie Lempereur, au Texas