Max Haot n'a pas perdu une miette du lancement historique de SpaceX, qui a réussi l'exploit de devenir la première entreprise privée à envoyer des astronautes dans l'espace. L'entrepreneur d'origine belge est un fan inconditionnel d'Elon Musk, l'emblématique patron de SpaceX et de Tesla. Il partage sa vision d'une humanité condamnée à trouver d'autres planètes habitables pour assurer son futur : " Dans plusieurs milliers d'années, notre civilisation sera multiplanétaire, estime Max Haot. A titre personnel, j'ai toujours eu envie de contribuer à l'exploration de l'espace. On n'est qu'au tout début de cette aventure ".
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Max Haot n'a pas perdu une miette du lancement historique de SpaceX, qui a réussi l'exploit de devenir la première entreprise privée à envoyer des astronautes dans l'espace. L'entrepreneur d'origine belge est un fan inconditionnel d'Elon Musk, l'emblématique patron de SpaceX et de Tesla. Il partage sa vision d'une humanité condamnée à trouver d'autres planètes habitables pour assurer son futur : " Dans plusieurs milliers d'années, notre civilisation sera multiplanétaire, estime Max Haot. A titre personnel, j'ai toujours eu envie de contribuer à l'exploration de l'espace. On n'est qu'au tout début de cette aventure ". Il y a trois ans, Max Haot crée Launcher, une start-up active dans le domaine spatial. C'est à New York, où il vit depuis une bonne dizaine d'années, qu'il établit le camp de base de son entreprise. La start-up s'attelle à la confection d'un engin capable de placer en orbite des satellites de petite taille. Si le plan du CEO de Launcher se déroule sans accrocs, sa première fusée décollera en 2024. " Dans le spatial, on ne fonctionne que sur base d'objectifs à long terme. Dans notre domaine, si on veut faire quelque chose de correct, on doit se projeter sur 10 ans ", avance Max Haot. La première étape, cruciale, est de concevoir un moteur permettant d'envoyer dans l'espace la charge utile (les satellites), les différents composants de la fusée et le carburant nécessaire au vol (qui représente la part la plus importante dans le poids de l'engin). " La clé, c'est le moteur ", pointe Max Haot. De la capacité de la start-up à créer un moteur performant dépend le succès ultérieur du projet. " Si tu peux emmener deux fois plus de charge utile que tes concurrents pour le même prix, tu décroches un avantage concurrentiel décisif ", explique l'entrepreneur. Pour le développement de son moteur, Launcher ne s'est pas lancée dans une course de vitesse mais plutôt dans une course de fond. D'autres sociétés actives sur le même créneau, comme Rocket Lab, sont plus avancées dans leur développement et bénéficient d'investissements plus conséquents que Launcher. Mais le patron ne cherche pas à être le premier à tout prix. Selon Max Haot, le modèle classique de la start-up, qui consiste à arriver le premier sur un marché, avec le plus de capital possible, afin de rafler l'intégralité de la mise, n'est pas applicable dans le domaine spatial. " Notre différence se fera au niveau de la performance ", assure l'entrepreneur. Comme Rocket Lab et d'autres start-up actives aux quatre coins du globe, Launcher vise un segment bien particulier du marché spatial : celui des satellites de petite taille. Les avancées spectaculaires faites ces dernières années dans la miniaturisation des composants électroniques ont permis de réduire drastiquement la taille de certains types de satellites. " Ils faisaient la taille d'un bus. Aujourd'hui, on peut les réduire à la taille d'un pain ", illustre Max Haot. C'est ainsi que la société Planet a déployé en orbite plus de 350 satellites très compacts, pas plus grands qu'une valise, afin de fournir en permanence des images de la Terre entière ! Ces images sont vendues aux acteurs des secteurs agricole, énergétique, maritime, forestier... afin de permettre aux industriels ou aux pouvoirs publics de prendre des décisions en temps réel. Cet exemple montre les opportunités économiques qui se profilent pour des sociétés spécialisées dans le lancement de petits satellites, comme Launcher. Sur sa route, la start-up retrouvera l'entreprise d'Elon Musk. SpaceX, comme d'autres sociétés actives dans les fusées spatiales, pourrait manger une partie de ce marché des petits satellites. Mais Max Haot est convaincu que son lanceur aura un avantage concurrentiel par rapport aux sociétés capables de lancer de " gros " satellites, lesquelles offrent moins de flexibilité aux clients qui visent certaines orbites bien spécifiques. Une chose est sûre : Max Haot ne remerciera jamais assez Elon Musk, qui a tracé un nouveau sillon pour les entrepreneurs rêvant de conquête spatiale. " Sans SpaceX, Launcher n'existerait pas ", affirme le patron. Avant l'arrivée d'Elon Musk sur le marché spatial, il n'y avait aucune place pour les start-up comme Launcher. Le marché était dominé par des entreprises publiques comme la Nasa ou l'Agence spatiale européenne (ESA) qui faisaient essentiellement appel à des sous-traitants bien établis comme Lockheed Martin ou Boeing. " Quand Elon Musk est arrivé avec son projet, tout le monde lui a ri au nez ", rappelle Max Haot. En 2002, après la revente de PayPal, l'entreprise de payement en ligne qu'il a cofondée, Elon Musk place 100 millions de dollars dans son nouveau bébé, SpaceX. Il fait le pari fou de créer de toutes pièces une entreprise privée pour partir à la conquête de l'espace. Moins de 20 ans plus tard, SpaceX envoie des astronautes sur la station spatiale internationale. C'est une société respectée qui travaille avec la Nasa, projette de créer une base lunaire et prévoit d'emmener un équipage sur Mars. La réussite de SpaceX a effacé le déficit de légitimité dont pouvaient souffrir les start-up spatiales. Les géants du secteur se tournent désormais naturellement vers les jeunes pousses pour trouver de nouvelles idées. " Ils n'ont plus cette agilité, cette capacité d'innovation, et ils le savent. Du coup, ils se tournent vers les start-up ", explique Max Haot. C'est ce qui est arrivé à Launcher. La jeune entreprise basée à Brooklyn vient de signer un contrat avec la Nasa, la prestigieuse agence gouvernementale spatiale américaine. Launcher testera son moteur dès cet été dans les installations de la Nasa à Stennis, dans le Mississipi. " Nous sommes clients de la Nasa, qui nous fait un bon prix. La Nasa aura un oeil sur nos développements, ils viendront assister à nos tests ", se réjouit Max Haot. L'agence spatiale américaine a repéré les derniers développements particulièrement prometteurs de la start-up. Comme SpaceX, Launcher mise sur un contrôle des coûts et des procédés innovants pour proposer sa technologie de pointe au meilleur prix. Avec son partenaire AMCM, Launcher utilise l'impression 3D pour concevoir son moteur. La start-up revendique une première mondiale : la plus grande chambre de combustion de moteur de fusée imprimée d'une pièce en 3D ! Cette performance a tapé dans l'oeil de l'US Air Force. Très intéressée par les solutions de Launcher, l'aviation américaine vient d'investir 1,5 million de dollars dans la start-up pour accompagner ses développements. Cela porte le total des fonds levés par Launcher à 5,5 millions de dollars depuis son lancement en 2017. Comme un certain Elon Musk, l'entrepreneur Max Haot a mis la main à la poche, à hauteur de 2 millions de dollars. Comme son idole, il a, lui aussi, pu investir grâce à la revente de sa première entreprise. Avant de se diriger vers le domaine spatial, l'entrepreneur, qui a quitté la Belgique en 1995 pour embrasser une carrière internationale, travaillait dans le numérique. En 2007, il crée Livestream, à Brooklyn. Cette société spécialisée dans la diffusion d'événements en direct sur Internet connaît un bel essor. Lorsqu'il la revend, elle emploie plus d'une centaine de personnes, réalise un chiffre d'affaires de 60 millions de dollars et a atteint l'équilibre financier. L'activité est reprise par Vimeo, une entreprise web bien connue pour son lecteur vidéo. L'année dernière, Max Haot fait une opération inverse, rachetant à Vimeo sa division active dans les caméras numériques, Mevo, qu'il avait lui-même lancée quand il dirigeait Livestream. Le patron multi-casquettes s'occupe de Mevo environ un jour par semaine. L'entreprise cartonne avec le confinement : " Les caméras sont en rupture de stock ", sourit Max Haot. Mais le projet qui occupe la majeure partie de ses journées, c'est bien Launcher. Comme Elon Musk, il poursuit un rêve de gosse, la tête dans les étoiles. Mais il la garde aussi sur les épaules. Les prochaines étapes de développement de Launcher nécessiteront l'apport de nouveaux fonds. " Pour le moteur, nous pouvons y arriver avec moins de 10 millions de dollars. Nous sommes parfaitement dimensionnés pour lever des fonds dans cette optique, avec une équipe de 20 personnes dont le budget tourne autour de 2 millions de dollars ", détaille Max Haot, qui a récemment recruté de nouveaux collaborateurs, notamment du côté de SpaceX. Quand le moteur de Launcher sera opérationnel, il faudra approcher des investisseurs aux poches profondes : " On parle de multiples de dizaines de millions ", avance le multi-entrepreneur. Le patron est confiant : s'il a choisi de s'expatrier aux Etats-Unis, c'est notamment pour pouvoir bénéficier d'un meilleur accès aux capitaux. " Je n'aurais jamais pu créer Launcher en Belgique. Zéro chance ", pointe Max Haot. D'origine belge, l'entrepreneur est naturalisé américain. Une évidence pour cet expatrié de longue date qui se dit " très fier, en tant qu'Américain, de voir que la contribution du pays à la conquête spatiale reprend de plus belle grâce à SpaceX ". L'obtention de la nationalité américaine est aussi une quasi-obligation pour tout entrepreneur qui évolue dans ce secteur très sensible et étroitement lié aux intérêts militaires des Etats-Unis. Preuve de ce côté éminemment stratégique : l'industrie spatiale américaine dans son ensemble a été invitée à ne pas interrompre ses activités pendant la crise du Covid-19. Ce qui a permis à Launcher de poursuivre ses opérations presque normalement, moyennant le respect des règles de sécurité. Après des premiers tests concluants réalisés sur une base aérienne de Long Island, les prochains tests du moteur auront lieu en août ou septembre prochain, du côté de la base spatiale de la Nasa, dans le Mississipi. Max Haot l'assure : " Nous sommes on track ".