L'odeur trahit l'emplacement parmi les hangars de l'incubateur bruxellois Greenbizz. A l'intérieur, des sacs venus des quatre coins du monde et deux machines : le torréfacteur et la machine à expresso. " Je me pose souvent la question de savoir ce qu'est un vrai café ", explique le jeune entrepreneur Quentin Castel. Pour lui, la réponse est double : une bonne tasse, mais aussi une histoire derrière. " Je suis allé au Congo en 2008 pendant mes études faire un stage quand j'étais enseignant primaire. Sur place, j'ai découvert comment les gens vivaient. Et aussi l'envie qu'ont les Africains d'accéder au marché européen. "
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L'odeur trahit l'emplacement parmi les hangars de l'incubateur bruxellois Greenbizz. A l'intérieur, des sacs venus des quatre coins du monde et deux machines : le torréfacteur et la machine à expresso. " Je me pose souvent la question de savoir ce qu'est un vrai café ", explique le jeune entrepreneur Quentin Castel. Pour lui, la réponse est double : une bonne tasse, mais aussi une histoire derrière. " Je suis allé au Congo en 2008 pendant mes études faire un stage quand j'étais enseignant primaire. Sur place, j'ai découvert comment les gens vivaient. Et aussi l'envie qu'ont les Africains d'accéder au marché européen. " Quentin Castel remarque cette volonté de contact direct avec le client européen : " Les gens me donnaient des objets d'art quand je prenais la route pour l'aéroport. Ils voulaient que je les vende à mes amis et que je leur envoie l'argent par Western Union ", s'amuse-t-il aujourd'hui. Sauf que l'idée germe dans la tête du jeune enseignant de l'époque. Ce sera le café, produit à la fois gustatif et convivial. Malgré les nombreux refus des banques, il obtient un crédit de 50.000 euros pour les premières machines. Viennent ensuite 10.000 euros via un crowdfunding (Kiss Kiss Bank Bank) pour gagner en visibilité et, surtout, acheter et installer la dépulpeuse nécessaire pour passer de la cerise au grain vert chez un premier producteur au Cameroun. C'est le moyen d'intervenir directement sur place, sans passer par les grandes structures, mais aussi de garantir la qualité et la régularité du produit. Depuis, la gamme Mamé Noka s'est étoffée : outre le Cameroun, la marque propose aussi du café en provenance du Brésil, de l'Ethiopie et du Nicaragua. L'entreprise n'a pas investi de matériel dans ces pays mais fonctionne en partenariat avec les fermes locales. Pour l'heure, la vente de café Mamé Noka reste limitée à la Belgique. Ses clients ? " D'un côté, il y a ceux qui cherchent de nouvelles saveurs et veulent s'écarter des goûts standardisés, répond Quentin Castel. Ils apprécient la saveur, sont en recherche d'expériences gustatives Je fournis, par exemple, un restaurant deux étoiles de Bruxelles. " De l'autre côté, il y a le marché des établissements et magasins bios, équitables ou éthiques. Parmi les clients, on retrouve ainsi la chaîne de magasins bios Séquoia. Pour fournir son café certifié bio, le jeune entrepreneur doit néanmoins passer par de plus gros importateurs : " Pour rejoindre la chaîne, j'ai dû compléter ma gamme avec des cafés de Colombie, du Pérou et du Guatemala ", se justifie-t-il. Mamé Noka fournit également en B to B des bureaux et entreprises en quête d'un produit qualitatif. En 2018, la production Mamé Noka a atteint 3,5 tonnes de café, pour un chiffre d'affaires de 72.000 euros. Pour 2019, elle s'élève déjà à plus de 3 tonnes, et la marque se retrouvera en septembre dans les rayons de Delhaize. De nombreux labels existent sur le marché pour garantir la dimension éthique ou équitable du café. Une labellisation que refuse Quentin Castel : " Pour ma production au Cameroun, je ne dispose d'aucun label, ni bio ni équitable. Je veux montrer qu'on peut produire de façon juste en dehors de ces grands labels ". C'est aussi une question de moyens car la labellisation a son prix. A terme, Quentin Castel souhaite malgré tout labelliser certaines de ses autres importations car cela peut s'avérer nécessaire pour convaincre d'autres points de vente. En attendant, le jeune entrepreneur a d'autres priorités : engager son premier employé pour s'occuper du marketing, ainsi que l'ouverture d'un espace convivial de dégustation.