Un pays où les arbres sont sacrés, cernés de rubans safran, baguettes d'encens et offrandes à leur pied. Un pays où l'on mange tout au long de la journée. Un pays où les offrandes sont quotidiennes. Où l'on se masse des pieds à la tête en famille. Où le yim, le sourire, est une norme sociale. Un pays où l'on ne dit pas ce qu'on préfère, le roi ou le bouddha, les garçons ou les filles, le riz frit ou le riz gluant, le curry rouge ou le curry jaune. Où chacun peut se faire moine juste pour essayer ou pour la vie. Dans ce pays, où personne ne conteste la construction d'un palais à neuf tours et 25 millions d'euros destiné à brûler avec son roi, ce ne sont pas les plages de rêve qui captivent. Démonstration autour de la ville dont les Thaïs ne sont pas peu fiers, Chiang Mai, capitale culturelle et historique, berceau du bouddhisme theravada.
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Un pays où les arbres sont sacrés, cernés de rubans safran, baguettes d'encens et offrandes à leur pied. Un pays où l'on mange tout au long de la journée. Un pays où les offrandes sont quotidiennes. Où l'on se masse des pieds à la tête en famille. Où le yim, le sourire, est une norme sociale. Un pays où l'on ne dit pas ce qu'on préfère, le roi ou le bouddha, les garçons ou les filles, le riz frit ou le riz gluant, le curry rouge ou le curry jaune. Où chacun peut se faire moine juste pour essayer ou pour la vie. Dans ce pays, où personne ne conteste la construction d'un palais à neuf tours et 25 millions d'euros destiné à brûler avec son roi, ce ne sont pas les plages de rêve qui captivent. Démonstration autour de la ville dont les Thaïs ne sont pas peu fiers, Chiang Mai, capitale culturelle et historique, berceau du bouddhisme theravada. Il y a d'abord les temples. Quarante mille dans tout le pays, pour 400.000 moines et 69 millions d'habitants dont 95 % suivent l'enseignement bouddhiste. Trois cent cinquante, dont les plus beaux, sont regroupés dans la petite ville de Chiang Mai, ancienne étape sur la route de la soie. Là, tout est à voir, rien n'est à jeter. Depuis les vieux quartiers ceinturés par les vestiges d'une forteresse, où tout se mêle : temples, hôtels de charme, restaurants raffinés ou de rue, bouquinistes, antiquaires, salons de massage et rings de boxe. A pied, à vélo, en songthaeo - le taxi collectif - ou en tuk-tuk, il fait bon déambuler au sein de la cité ou le long des berges de la rivière Mae Ping. Jusqu'au-delà des murs d'enceinte, vers la prestigieuse université et jusqu'aux contreforts de la chaîne himalayenne des Shan Hills. Là, Doï Suthep Mountain, sommet sacré, offre une porte d'entrée vers le parc national ainsi que le plus beau point de vue sur la ville et la province de Chiang Mai. On y fait du rafting et on se baigne au pied des cascades, on admire les jardins du palais royal d'hiver de Buphing. Surtout, on grimpe les 309 marches bordées de nagas, ces serpents mythologiques à cinq têtes, qui mènent au Wat Phra Doi Suthep. Posé sur un belvédère à 1.000 m d'altitude, le temple est le plus fréquenté et le plus emblématique du pays. La légende veut qu'un éléphant blanc, porteur d'un morceau de l'épaule de Bouddha, s'est arrêté ici pour mourir. Un premier chedi en or de 24 mètres fut érigé pour conserver la relique. Des bâtiments ont ensuite été construits autour, tout aussi somptueux, ainsi que des boutiques de souvenirs, des échoppes de nourriture, plusieurs bouddhas dont un en émeraude et même une statue du dieu hindou Ganesh. Au siècle dernier, des fidèles ont eux-mêmes construit en six mois une route de plusieurs kilomètres et la population locale y grimpe chaque jour, un téléphérique a désormais été installé. Le Doi Suthep est aussi un des hauts-lieux de l'enseignement de la méditation Vipassana et des retraites sont encadrées par des moines. Le temple est le deuxième lieu de vie des Thaïlandais. C'est là qu'on prie et médite, qu'on se renseigne sur la meilleure date pour se marier ou démarrer son business, qu'on fête toutes les étapes de la vie et qu'on lave ses mauvaises actions. Les hommes y effectuent au moins deux services dans leur vie - plusieurs mois de l'enseignement des préceptes bouddhiques sont payés par les employeurs. Architecture sophistiquée, décorum aussi exubérant que l'histoire des royaumes qu'il porte, offrandes chargées et colorées, de l'or et du bronze partout, du rouge aussi, l'orange des robes des moines, des enfants qui courent, des vieux qui sourient, des touristes qui évoluent dans les jeux de lumière et les odeurs de riz. Ce lieu de culte bouddhique aux apparats plutôt kitsch persiste à dégager une sérénité et une spiritualité hors du commun. Aussi, toute l'histoire du pays se trouve nichée entre les pierres et les toits à pignons de ces chedis qui racontent les époques, les influences, les guerres, les mouvements géographiques. Ils sont autant de prouesses architecturales, sur terre et sur l'eau, ou tapies dans les jungles, influencées par toute l'histoire de l'Asie du Sud-Est. Ils abritent une foule de pièces sacrées reconnues comme oeuvres prestigieuses. Bouddha d'émeraude, d'or, de pierre, de bois, debout, couché, assis. Boules d'or, panneaux de marbre d'inspiration siam mais aussi lanna, cambodgien, indien, panneaux de bois de style birman ou sri-lankais, tous symbolisant un pan de l'histoire de Bouddha et, par extension, du bouddhisme. Celui-ci est tellement ancré dans la vie quotidienne qu'on ne se retourne pas sur un moine qui fait son marché ou se prend en selfie. L'alignement bouddhique du corps, de l'esprit et de l'âme passe aussi par des plaisirs plus concrets. A côté du wat (temple), il y a toujours une cuisine. Source d'énergie mentale, physique et spirituelle, la nourriture fait partie du patrimoine culturel. Le riz est considéré comme un trésor national, plus souvent gluant et accompagné d'une salade de papaye verte dans le nord. L'alimentation fait partie intégrante de la vie sociale et se trouve au coeur de l'action bouddhique, la générosité, cette énergie positive qu'on retrouve, notamment, à travers le geste de l'aumône des moines. Tout cela donne la cuisine la plus raffinée du monde. Les Thaïs savent utiliser les herbes aromatiques comme personne et le nord ne force pas sur les épices fortes, déclinant légumes et porc à l'infini, le plus souvent servis dans des petits paniers en paille ou dans des feuilles de bananier. La saucisse de Chiang Mai, aux herbes fraîches, gingembre et citron vert, fait fondre le plus réticent. Sous l'influence du bouddhisme, qui chérit les animaux, on ne trouve jamais de gros morceau de viande dans les plats, mais bien des petits morceaux coupés fin. Les Chinois ont varié la cuisson, à la vapeur ou sur le grill, en introduisant le wok dans lequel on fait sauter tous les produits à feu vif. Les Portugais ont répandu le piment dans une cuisine jusque-là assez douce que les Thaïs exaltent ou atténuent par les herbes fraîches. Comme dans leurs relations, les Thaïs cherchent avant tout l'harmonie dans la cuisine, la combinaison des influences et des produits donnant lieu à un résultat raffiné, sans aspérité, susceptible d'enchanter tous les palais pour des raisons différentes. Les Thaïs mangent jusqu'à six fois par jour mais des petites portions... et très rarement à la maison. La tradition des massages est aussi perceptible sur les écrits et les dessins des musées-temples. Il s'agit ici d'une pratique de santé saine et efficace, qui mêle réconfort et convivialité, entretenue dès le plus jeune âge au sein des familles et dans les écoles accolées aux temples qui sont les dépositaires de ces techniques de soin et de bien-être. Oasis Spa, incontournable à Chiang Mai et Bangkok, est l'institut recommandé aux touristes de passage. Des hôtels abritent aussi des spas raffinés. Mais, comme pour la nourriture, rien ne vaut les massages dans la rue - sur le trottoir s'il s'agit d'un foot massage, à l'intérieur dans une petite salle s'il s'agit d'un soin complet. Ici, le massage traditionnel à l'ancienne, le nuad bo rarn, ancien massage médical, conserve toute sa vigueur. Allongé sur un matelas posé au sol, habillé d'un pyjama de coton, votre corps est à la merci du thérapeute qui étire, pétrit, stretche, noue et dénoue vos muscles parfois jusqu'à la torture si vous ne prévenez pas " bao bao " dès le début. Les délicieuses variantes, bains de vapeur, postures, points d'acupression sollicités à la main, à la baguette ou au marteau en bois, huiles essentielles, ballotins de plantes, sont toutes orientées vers la libération des tensions. " C'est dans notre ADN, la médecine les recommande pour faire circuler le sang et l'énergie. Petits, nos parents nous demandent déjà de marcher sur eux, et on adore ça. On se masse mutuellement, c'est la tradition. Avec les mains, mais aussi toutes les parties du corps, genoux, épaules, pieds, poings ", explique Aey, professeur émérite à la célèbre école de massage du Wat Pho présente dans les deux villes où des élèves du monde entier viennent se former. Comme à Bangkok, une fondation pour les aveugles, associée à l'école, propose des soins réalisés par ceux dont le toucher est particulièrement développé. Quel que soit l'endroit où vous offrirez le bonheur de pratiquer aux masseurs, dont les meilleurs se mettent en état de méditation pour mieux vous soigner, le résultat est divin. En partant, et même si votre thérapeute ne vous voit pas, n'oubliez pas de vous courber pour remercier l'esprit des lieux de vous avoir accueilli et permis de recentrer vos quatre corps - physique, émotionnel, mental et spirituel. Et ce n'est pas du luxe. Par Béatrice Demol.