Les coupes claires se suivent et se ressemblent dans la restauration collective. Alors que le numéro 2 du marché, Compass, faisait part en juin de son intention de se séparer d'un quart de ses collaborateurs (550 emplois menacés sur 2.000), le leader Sodexo vient lui aussi d'annoncer un plan de licenciement collectif.
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Les coupes claires se suivent et se ressemblent dans la restauration collective. Alors que le numéro 2 du marché, Compass, faisait part en juin de son intention de se séparer d'un quart de ses collaborateurs (550 emplois menacés sur 2.000), le leader Sodexo vient lui aussi d'annoncer un plan de licenciement collectif. La multinationale française, qui emploie chez nous environ 4.000 personnes, estime devoir se séparer de 373 collaborateurs en raison de la crise qui touche ses activités. "Nous avons enregistré au deuxième semestre une perte de revenus de 48 millions d'euros sur un chiffre d'affaires estimé à 337 millions, explique Michel Croisé, président Benelux. A ce stade, nous faisons le pari - très ambitieux - de revenir à 86% de notre chiffre d'affaires d'avant-crise en juin 2021." Chez Compass, les estimations sont encore plus pessimistes. Le patron belge, Bart Matthijs, estime que son groupe ne pourra atteindre à la fin de l'année prochaine que 75% de son chiffre d'affaires habituel. C'est que contrairement à Sodexo, la multinationale britannique n'est active que dans le catering et dispose chez nous d'un portefeuille de clients essentiellement composé d'entreprises et d'écoles. Sodexo, lui, possède une clientèle davantage diversifiée, composée pour moitié d'hôpitaux et de maisons de repos, où l'activité s'est évidemment poursuivie. Pareil pour les entreprises du secteur pharmaceutique, dans lesquelles le groupe est bien implanté. Voilà qui suscite pas mal d'interrogations côté syndical. La CSC Alimentation et Services juge ainsi cette annonce "prématurée". "Nous attendons de la direction qu'elle nous explique comment elle arrive à ce chiffre de 373 collaborateurs, affirme Patrick Vanderhaeghe, secrétaire syndical. Nous considérons que l'entreprise a les reins suffisamment solides et craignons que Sodexo profite de l'occasion pour se séparer de certains travailleurs âgés et ensuite faire appel à des emplois précaires lorsque l'activité repartira. Le groupe aurait bien pu attendre de voir comment la situation se rétablit." "Il faut être un peu sérieux, répond Michel Croisé. Il suffit de regarder l'évolution du chiffre d'affaires. Si l'activité devait revenir à son niveau pré-Covid, nous réengagerions du personnel. Mais il faut voir les choses en face. Dans les universités, on assure que le rapport présentiel/à distance va changer. Dans les entreprises, le télétravail, même s'il ne se généralisera pas, se renforcera. Je peux vous assurer que nous avons pris le temps d'étudier l'activité site par site." En réalité, les acteurs de la restauration collective anticipent ce qui pourrait bien apparaître comme un changement majeur de business model. Tous planchent sur des solutions de repas à emporter, voire livrés à domicile. Grâce à son service Food for later, Sodexo permet aux collaborateurs de commander des plats pour les journées de télétravail. En France, la multinationale a racheté la start-up FoodChéri qui confectionne et livre des repas dans plusieurs grandes villes. Du côté de Compass, on mène pour le moment un test avec Deliveroo à Amsterdam. Un changement de modèle qui devrait nécessiter à terme moins de cuisines sur site et sans doute davantage de cuisines centrales. Avec moins d'emplois à la clé ? Sans doute de nouveaux métiers, assure-t-on chez Sodexo.