Twitter a ouvert le bal en novembre dernier, en annonçant les licenciements de près de 50% de ses effectifs. Un cas particulier puisque ces derniers surviennent au moment du rachat de la plateforme par le fantasque Elon Musk. Ce dernier a accusé "un groupe de militants" qui aurait "fait pression sur les annonceurs" concernant la modération des contenus de la plateforme, devenue plus laxiste sous l'égide du patron de Tesla. Plusieurs grands groupes, comme General Motors et Volkswagen, ont en effet suspendu leurs dépenses publicitaires sur Twitter.
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Twitter a ouvert le bal en novembre dernier, en annonçant les licenciements de près de 50% de ses effectifs. Un cas particulier puisque ces derniers surviennent au moment du rachat de la plateforme par le fantasque Elon Musk. Ce dernier a accusé "un groupe de militants" qui aurait "fait pression sur les annonceurs" concernant la modération des contenus de la plateforme, devenue plus laxiste sous l'égide du patron de Tesla. Plusieurs grands groupes, comme General Motors et Volkswagen, ont en effet suspendu leurs dépenses publicitaires sur Twitter.Mais peut-être que ces annonceurs seraient partis dans tous les cas, puisque c'est la tendance du moment. En effet, à peine une semaine après, c'est au tour du géant Meta, dirigé par Mark Zuckerberg, d'annoncer plus de 10 000 licenciements. La plateforme accuse aussi une perte de revenus côté annonceurs, mais également un contexte macroéconomique "instable" face à l'inflation, qui encourage plutôt à faire des économies."Toutes les entreprises font face aux mêmes problèmes économiques, mais les GAFAM encore plus", précise Paul Belleflamme, professeur d'économie digitale à l'UCLouvain. "En effet, la demande est moins forte, car les particuliers coupent dans les dépenses 'superflues', et vont donc par exemple décider d'arrêter certains abonnements sur des plateformes. Et la crise actuelle est pire que les prévisions de certains."Quelques jours plus tard, Amazon prend le relais en annonçant également supprimer 10 000 emplois. Victime des mêmes symptômes cités plus haut, la société de Jeff Bezos semble aussi difficilement se réveiller de la période de confinement. Si cela a été un cauchemar pour la plupart des gens, les GAFAM se sont enrichis de manière spectaculaire, et ont donc embauché à tour de bras. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, celle du confinement a ralenti leurs activités."Les GAFAM ont beaucoup investi pendant le Covid avec l'augmentation des commandes en ligne. C'est facile de dire les choses après coup, mais sur le moment, ils pensaient que cette tendance allait continuer. Ce genre d'entreprises forcent et encouragent aussi les comportements et elles envisageaient d'en profiter davantage", confirme Paul Belleflamme. Le chercheur ajoute que "beaucoup de ces personnes licenciées retrouvent très vite un emploi, leurs compétences étant très recherchées. Néanmoins, ces vagues de licenciements créent une atmosphère tendue dans ces grandes entreprises, car ceux qui restent se demandent s'ils seront les prochains."Et cela continue donc en ce début d'année 2023. C'est Microsoft qui s'est joint à la troupe, annonçant plusieurs milliers de postes supprimés, suivi de Google vendredi dernier. Sundar Pichai, patron d'Alphabet, la maison mère de Google, a simplement précisé avoir "embauché dans un contexte économique différent de celui que nous connaissons aujourd'hui". Le cocktail inflation, peur de la récession et contexte post-pandémique a donc fait deux nouvelles victimes.Des éléments de contexte supplémentaires permettent aujourd'hui de comprendre un peu plus ce que ces sociétés vont devoir surmonter pour continuer d'exister. Meta a en effet aussi parlé d'une "concurrence accrue". Le groupe, propriétaire d'Instagram, se bat notamment avec son concurrent direct TikTok, qui est actuellement l'une des applications les plus populaires parmi les jeunes. Les recettes de cette dernière auraient augmenté de 80% en 2021, même si sa santé économique n'est pas garantie. Mark Zuckerberg parle également de "coûts en hausse pour nos investissements de long terme", faisant probablement référence au metaverse, qui ne convainc pour l'instant pas les investisseurs.De son côté, Microsoft semble parier sur l'innovation et l'intelligence artificielle. Le géant du numérique pourrait en effet dépenser dix milliards de dollars dans la start-up californienne OpenAI, à l'origine de ChatGPT, une application qui fait actuellement sensation auprès des jeunes en étant capable de rédiger des textes entiers sur une simple question."L'important pour ces entreprises est d'avoir un bilan attractif par rapport aux investisseurs et pour satisfaire les actionnaires. Et dans ce genre de contexte tendu, pas mal de spécialistes disent qu'il ne suffit pas de réduire les effectifs, mais qu'il faut réfléchir à une stratégie globale. Facebook n'a pas eu les résultats escomptés avec le metaverse et TikTok est un concurrent sérieux", explique Paul Belleflamme. Le chercheur de l'UCLouvain conclut: "chez Microsoft, ils essaient peut-être de faire paraître que ces changements sont réfléchis pour investir dans d'autres technologies plutôt que laisser croire à un mouvement d'humeur. Mais parfois, les comportements des uns entraînent les autres à faire pareil. Et c'est peut-être le cas pour ces licenciements."