Comment concilier un très haut niveau de performance avec une meilleure qualité de vie pour son dirigeant? C'est à cette épineuse question qu'entendent répondre Isabelle Miller et Nathalie De Cnijf, qui ont lancé leur activité de business coaching il y a un an. L'idée est née de leur expérience de 30 ans dans le corporate. "Les patrons ont beau se tuer à la tâche, ce n'est pas pour autant que les résultats s'en ressentent", affirment-elles. Ou encore: "Ce n'est pas parce qu'un entrepreneur possède des compétences techniques qu'il dirige son entreprise efficacement".
...

Comment concilier un très haut niveau de performance avec une meilleure qualité de vie pour son dirigeant? C'est à cette épineuse question qu'entendent répondre Isabelle Miller et Nathalie De Cnijf, qui ont lancé leur activité de business coaching il y a un an. L'idée est née de leur expérience de 30 ans dans le corporate. "Les patrons ont beau se tuer à la tâche, ce n'est pas pour autant que les résultats s'en ressentent", affirment-elles. Ou encore: "Ce n'est pas parce qu'un entrepreneur possède des compétences techniques qu'il dirige son entreprise efficacement". Selon elles, si une entreprise est mieux structurée et mieux organisée, elle peut parfois tripler son chiffre d'affaires en une année seulement. Mais pour atteindre cet objectif, il faut que le patron ait plus de temps. "A force d'être submergé par le quotidien et d'enchaîner des semaines de 70 heures, il est presque impossible pour un dirigeant d'assumer son rôle de capitaine de navire ou de développer une vision stratégique sur le long terme ; c'est d'autant plus terrible qu'il est le seul à pouvoir le faire", souligne Isabelle Miller. "Beaucoup d'entreprises ont par ailleurs été contraintes de revoir leur manière de fonctionner, l'exemple type étant celui du télétravail, expliquent encore les deux coachs. Jusque-là, beaucoup de dirigeants l'estimaient impossible au sein de leurs équipes. Or, la situation a prouvé le contraire. Il y a donc eu une réelle prise de conscience sur le fait que non seulement le changement était possible mais qu'il était profitable. La crise a aussi poussé certains à s'interroger sur le sens de leur vie et la trop grande place laissée au professionnel." Mais comment faire pour modifier la trajectoire? C'est là que nos deux dames interviennent, sur la base d'une méthode d'origine américaine inventée par ActionCoach. Créé il y a 27 ans et aujourd'hui leader mondial du business d'entreprise (1.500 coachs franchisés, 3.600 stratégies pour 18.000 clients par semaine), ActionCoach a développé une méthodologie de programmes collectifs ou individuels qui s'étendent du conseil à la formation en passant par le coaching. Ayant fait ses preuves dans une cinquantaine de pays, la méthode a convaincu Nathalie De Cnijf et Isabelle Miller d'acheter la franchise pour la Belgique francophone. Car de ce côté de la frontière linguistique, et contrairement à la Flandre, aucun service de ce type n'existait encore. Concrètement, la méthode prévoit de commencer par un screening, ou bilan de santé de toute la structure de l'entreprise, via un questionnaire reprenant 30 éléments clés, par exemple les marges bénéficiaires, la stratégie marketing, le temps consacré à haque activité, etc. Ensuite, les objectifs à court, moyen et long terme sont évalués avec le dirigeant: souhaite-t-il, par exemple, vendre, transmettre, décupler ou franchiser son entreprise? Selon les fondatrices, ces éléments constituent "la grande différence" avec la consultance traditionnelle. Tout est réalisé en parfaite intelligence avec le patron. Pas de solution toute faite donc... mais pas de réponse spécifique non plus: pour le cabinet de coaching, il s'agit davantage d'une démarche holistique qui vise un changement global du mode de fonctionnement de l'entreprise et de son dirigeant que de trouver une solution miracle. "Le dirigeant connaît ses problèmes. Et souvent, mais inconsciemment, il connaît aussi les solutions. Notre rôle est de lui en faire prendre conscience et de l'aider ensuite à les implémenter dans son mode de fonctionnement", expliquent les deux coachs. Selon leur expérience, le challenge commence déjà avec la capacité du patron à dépasser ses habitudes, le fameux "j'ai toujours fait comme ça et je ne vois pas pourquoi je ferai autrement". C'est précisément à ce stade que l'expertise du cabinet Miller & De Cnijf se révèle nécessaire. Son rôle? Poser les bonnes questions, activer la réflexion du dirigeant, avant de passer en mode "solution" et de fixer les étapes pour y parvenir. Des rendez-vous à intervalles réguliers sont planifiés (à la semaine ou deux fois par mois). Pour chaque étape, quatre objectifs intermédiaires sont déterminés et doivent être réalisés avant de pouvoir passer à l'étape suivante. L'exercice nécessite en moyenne trois heures de préparation pour le dirigeant. Et lorsqu'il s'agit de problèmes plus techniques (juridiques, informatiques ou de fiscalité, par exemple), Miller & De Cnijf fait appel à son réseau d'experts externes. Dernière différence, et non des moindres, la méthode s'inscrit dans la durée: "Minimum un an, maximum cinq ans, précisent les deux coachs. Tout dépend de l'objectif du dirigeant et de ce qu'il a entrepris avant de s'adresser à nous. En général, on parle de cinq ans si le but est de faire fonctionner l'entreprise à 100% sans lui". Car dégager le patron de l'opérationnel pour améliorer les résultats de l'entreprise n'est pas la seule offre proposée par Miller & De Cnijf. Le duo intervient également auprès de dirigeants désireux de s'offrir une année sabbatique, voire tout simplement consacrer plus de temps à leur vie privée. Pour certains, il est question de golf, pour d'autres de s'occuper d'un conjoint malade ou de mieux suivre la scolarité des enfants. En tout état de cause, qu'il s'agisse de prendre de la hauteur pour scruter les opportunités du marché ou de s'occuper de soi ou des siens, le challenge reste le même: que l'absence du dirigeant ne plombe pas la viabilité de l'entreprise. Miller & De Cnijf ne s'adresse qu'à des dirigeants propriétaires à la tête de leur entreprise depuis cinq ans au moins. "Parce qu'il faut du recul pour cerner véritablement un métier, ses besoins et cibler son marché". Pas de CEO extérieur non plus: la cible est résolument celle des entreprises qui souhaitent s'inscrire dans la durée, ce qui ne sera pas nécessairement le plan de carrière d'un externe engagé pour atteindre un résultat déterminé. Question taille ou secteur d'activité en revanche, toutes les entreprises sont concernées, même si les PME constituent actuellement plus de 80% de la clientèle. Les coachs distinguent néanmoins des problèmes plus spécifiques aux PME et TPE. "Typiquement, concernant ces dernières, c'est souvent au niveau des fondations et de la structure même de l'entreprise qu'il faut s'attaquer. On travaille alors sur la vision, sur la tarification des services ainsi que sur la gestion des équipes. Il peut s'agir aussi de la question de comment grandir sans aller trop vite, ou de comment se développer sans échouer. Selon nos estimations, 90% des TPE belges sont potentiellement concernées par ces types de difficultés." Concernant les PME, Miller & De Cnijf estime qu'en général, les fondements sont bons mais que c'est au niveau de la rotation du personnel et de la baisse de la productivité qui en découle qu'il faut travailler. Pour le cabinet, la gestion non optimale des ressources humaines est une problématique que l'on retrouve dans 60% des PME belges. En revanche, PME et TPE confondues, le cabinet de coaching explique être particulièrement consulté par des entreprises familiales qui s'interrogent sur leur avenir: vente ou transmission? Dans un cas comme dans l'autre, l'entreprise doit être pérenne. Autre difficulté propre aux entreprises familiales: les relations interpersonnelles. "Au sein des familles, les sphères professionnelles et privées ont toujours été entremêlées. Le dialogue quant à l'avenir de la société n'est pas aisé. Sans compter la difficulté de certains à accepter que la nouvelle génération souhaite faire les choses différemment. Nous constatons souvent que même si la transmission a été choisie depuis longtemps, dans les faits, les enfants n'ont jamais été réellement impliqués dans l'entreprise." En même pas un an, le cabinet Miller & De Cnijf revendique déjà une trentaine de clients en Belgique francophone. Mais impossible d'avoir des noms: la confidentialité est reine et tout passe par le bouche à oreille. Isabelle Miller et Nathalie De Cnijf partagent toutefois - anonymement - un exemple: celui d'une entreprise familiale à 100 millions d'euros de chiffre d'affaires pour laquelle elles ont été consultées par le père, qui avait fondé l'entreprise et souhaitait la vendre. "Son fils avait non seulement les compétences nécessaires mais également le désir de reprendre l'affaire, racontent les deux coachs. Mais il n'osait pas le dire! Notre fierté est d'être parvenues à faire dialoguer les générations entre elles et à concilier leurs aspirations. Aujourd'hui, nous les accompagnons dans le processus de transmission.". Une aide d'autant plus précieuse que, selon nos coachs, 65% des transmissions ne se passent pas aujourd'hui de manière optimale, certaines entreprises étant si engluées dans des drames familiaux qu'elles n'ont plus qu'une seule option: vendre... et souvent mal. En France, certains franchisés ActionCoach revendiquent une amélioration de plus de 300 fois le revenu de leurs clients. A Bruxelles cependant, on préfère parler "d'objectifs atteints" et non de chiffres, tant les demandes peuvent être différentes. Impossible de chiffrer "une amélioration de la qualité de vie", attestent nos coachs. A l'avenir, le cabinet Miller & De Cnijf travaillera au renforcement de son équipe, tout en visant le développement d'un réseau de franchisés sur la Wallonie dans les trois ans. mais pour l'instant, le duo se dit surtout fier "de contribuer à la relance économique et à la sortie de crise des dirigeants".