La Banque nationale, le Bureau du Plan, la Commission européenne, tout le monde annonce la création de dizaines de milliers d'emplois en Belgique. Mais quelles entreprises créeront ces emplois ? La réponse s'attarde souvent sur les secteurs d'activité. L'OCDE a choisi d'observer plutôt l'âge des entreprises. Son constat est cinglant : dans les économies développées, les créations d'emploi proviennent surtout des jeunes entreprises. Les PME de moins de cinq ans fournissent 16 % de l'emploi total mais jusqu'à 40 % des nouveaux emplois. En Belgique, le ratio est encore plus favorable aux starters : 10 % de l'emploi total et 38,8 % des nouveaux emplois.
...

La Banque nationale, le Bureau du Plan, la Commission européenne, tout le monde annonce la création de dizaines de milliers d'emplois en Belgique. Mais quelles entreprises créeront ces emplois ? La réponse s'attarde souvent sur les secteurs d'activité. L'OCDE a choisi d'observer plutôt l'âge des entreprises. Son constat est cinglant : dans les économies développées, les créations d'emploi proviennent surtout des jeunes entreprises. Les PME de moins de cinq ans fournissent 16 % de l'emploi total mais jusqu'à 40 % des nouveaux emplois. En Belgique, le ratio est encore plus favorable aux starters : 10 % de l'emploi total et 38,8 % des nouveaux emplois. Les jeunes entreprises affichent donc une " contribution positive disproportionnée " en matière d'emploi, pour reprendre l'expression d'un récent working paper du Bureau du Plan, tandis que, à l'inverse, " les PME matures ont tendance à détruire plus d'emplois qu'elles n'en créent ". Face à ces constats, si l'objectif central est la création d'emploi, il serait sans doute judicieux de reconsidérer certaines mesures de politique économique et de les cibler selon l'âge des entreprises plutôt qu'uniquement selon leur taille. " Cette réorientation présente l'avantage de minimiser le coût budgétaire du soutien et réduit la tendance à favoriser les entreprises établies au détriment des nouvelles pousses dynamiques ", lit-on dans ce working paper. Un paramètre assurément à prendre en considération alors que le gouvernement fédéral prépare justement une réforme de l'impôt des sociétés. " La fiscalité n'est pas notre cheval de bataille numéro 1, précise toutefois Thibaut Claes, innovation manager de la plateforme startups.be, pour la bonne et simple raison que les boîtes ne dégagent le plus souvent aucun bénéfice pendant les premières années. " Elles pourraient toutefois être intéressées par des formules de type crédit d'impôt (l'Etat vous paie des montants que vous n'avez pu déduire), par exemple pour les investissements en R&D qui peuvent être très importants au démarrage d'une start-up. Au-delà de la fiscalité, la plateforme voit néanmoins plusieurs domaines où une discrimination en faveur des jeunes entreprises pourrait être utile. La première concerne les délais de paiement souvent bien longs pour celui qui travaille avec de grandes entreprises ou les pouvoirs publics. " Ces délais peuvent s'avérer fatals aux start-up qui n'ont généralement pas de trésorerie, confie Thibaut Claes. Nous aimerions que le législateur fixe des délais de paiement maximums en fonction de l'âge de l'entreprise. Cela éviterait des faillites ou des reports d'embauches de personnel. " L'autre demande de " discrimination " concerne les embauches. L'entreprise débutante serait au départ exonérée de toute cotisation sociale, quel que soit le nombre d'emplois visés. Cette exonération s'éteindrait ensuite sur quatre ou cinq ans, à mesure que l'entreprise s'installe. " Il ne s'agit pas de réclamer des cadeaux et d'arriver à quelque chose d'artificiel, précise Thibaut Claes. Mais il faut y aller progressivement, sinon le couperet est trop douloureux après quelques années. " Dans le manifeste présenté avant les élections de 2014, les start-up belges sollicitaient également un vif allègement des règles d'embauche et de licenciement afin de conserver la flexibilité qui est l'une de leurs forces. L'analyse fouillée de l'OCDE met en lumière des éléments très intéressants sur le cycle de vie des entreprises débutantes en Belgique. Notre pays détient carrément le record du monde de la croissance de l'emploi au bout des trois premières années, il est le seul à dépasser le seuil des 200 %. Ce résultat est d'autant plus exceptionnel que la taille des starters et leur taux de survie après trois ans (65 %) sont déjà dans la moyenne supérieure des pays de l'OCDE. En d'autres termes, la très forte croissance de l'emploi dans les jeunes entreprises ne provient pas d'une piètre situation de départ. Nous avons malheureusement une très forte lacune : le faible taux de création d'entreprises. Bien qu'il ait augmenté de 91 % en 15 ans, le nombre de starters reste proportionnellement faible. Parmi les pays de l'OCDE, seules la Finlande, l'Autriche et la Norvège font en effet moins bien que la Belgique. Ce petit nombre au démarrage se répercute mécaniquement sur tout le processus. " La faiblesse de l'économie belge est vraiment située au stade de la stimulation des projets, analyse le commissaire au Plan, Philippe Donnay. Le défi est d'y remédier sans que ce soit au détriment de la qualité des projets, sans augmenter le taux d'échec. " Le nerf de la guerre, c'est souvent le financement. Les porteurs de projet n'ont pas toujours les fonds propres nécessaires pour répondre aux besoins de garanties des banques. Le tax shelter fédéral et le prêt coup de pouce en Wallonie entendent y remédier en ouvrant la porte à un financement participatif des jeunes entreprises. Pour les start-up numériques, il existe aussi désormais le fonds d'investissement Wing, géré par la SRIW, le bras financier du gouvernement wallon. " Les mentalités évoluent et les incitants financiers mis en place rassurent, se réjouit Thibaut Claes. Celui qui quitte son job pour lancer sa boîte ne part plus de zéro. " Pour lui, le problème se situe plutôt en aval, après le démarrage, quand la jeune entreprise a besoin de capitaux pour assurer son développement et sa croissance. " Les pouvoirs publics pourraient peut-être ici aider les jeunes entreprises à aller chercher du financement à l'étranger ", suggère Philippe Donnay. C'est notamment dans ce but que la SRIW, toujours elle, investit depuis quelques années dans des fonds internationaux. La création d'emploi provient surtout des jeunes entreprises, disions-nous en commençant cet article. En fait, elle provient de quelques jeunes entreprises à forte croissance. L'OCDE constate ainsi que 8 % de ces micro-entreprises débutantes sont responsable de... 51 % de la création d'emplois en Belgique. L'écrasante majorité d'entre elles restent donc calées avec un effectif d'une ou deux personnes. Pourquoi ? Sans doute en raison du type d'activités et des choix de vie des entrepreneurs. Mais il y a aussi des explications structurelles. Philippe Donnay en pointe deux. D'une part, la désindustrialisation du pays et singulièrement de la Wallonie. " La présence de grands groupes industriels est indispensable pour faire fonctionner un tissu de PME, dit-il. Il faut une base industrielle pour faire vivre des services. " L'emploi créé par les jeunes entreprises belges est trois fois plus important dans l'horeca, les services informatiques et administratifs que dans la fabrication de machines ou d'équipements électriques. Le déficit se situe donc bien du côté de l'industrie. D'autre part, l'accompagnement parfois encore lacunaire des néo-entrepreneurs. " L'inventeur n'est pas forcément le meilleur manager de la boîte, reprend le commissaire au Plan. A trop vouloir garder le contrôle, parfois il empêche sa société de grandir, voire hélas de survivre. " Pour le Bureau du Plan, " le soutien relationnel " doit faire partie intégrante de la politique économique, qui dépasse donc le cadre du soutien financier des projets. Ici encore, les instruments publics, en particulier les invests, peuvent jouer un rôle très utile.