Depuis 2014, l'optimisme grimpait systématiquement dans les rangs des entrepreneurs wallons. Le baromètre conjoncturel de l'Union wallonne des entreprises (UWE) montrait une amélioration continue de l'activité des entreprises, à tel point que l'on avait retrouvé les niveaux d'avant la crise de 2008. Jusqu'au brusque recul constaté dans le baromètre publié cette semaine par l'organisation patronale. Un recul inattendu puisque, au printemps dernier, les perspectives étaient toujours clairement positives.
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Depuis 2014, l'optimisme grimpait systématiquement dans les rangs des entrepreneurs wallons. Le baromètre conjoncturel de l'Union wallonne des entreprises (UWE) montrait une amélioration continue de l'activité des entreprises, à tel point que l'on avait retrouvé les niveaux d'avant la crise de 2008. Jusqu'au brusque recul constaté dans le baromètre publié cette semaine par l'organisation patronale. Un recul inattendu puisque, au printemps dernier, les perspectives étaient toujours clairement positives. Pas d'alarmisme excessif toutefois : l'indice d'activité (solde entre les entreprises qui progressent et celles qui reculent) reste à un bon niveau et les entrepreneurs anticipent un retour à la hausse au second semestre. " Les attentes étaient peut-être un peu trop optimistes, commente Didier Paquot, chef économiste de l'UWE. La situation reste toutefois saine et favorable à une croissance entre 1,5 et 2 %. " Il souligne aussi le fait que la courbe de conjoncture wallonne atteint son pic sur plus de 10 ans et se rapproche désormais de celle de la Flandre. " Les entreprises wallonnes se rétablissent plus vigoureusement que lors des précédentes reprises, poursuit-il. Cela s'explique à la fois par un climat entrepreneurial plus dynamique et par l'importance croissante de secteurs à haute valeur ajoutée, comme la pharma, au détriment de l'industrie lourde. C'est le signe d'une mutation assez réjouissante de l'économique wallonne. " En dépit d'un tassement sur le dernier semestre, ce baromètre rejoint donc les conclusions optimistes de celui publié le mois dernier par EY ( Trends-Tendances n°38) et qui rangeait les entreprises belges parmi celles qui prévoyaient la plus forte progression des résultats en 2018. L'écart entre les conclusions de ces deux études s'explique notamment par le fait qu'EY a sondé les entreprises en début d'année, avant que le ralentissement de l'économie ne devienne vraiment palpable. Pourquoi un tel ralentissement ? L'UWE pointe quatre éléments qui brident le développement de l'économie régionale. " L'exportation reste le moteur de l'économie belge ", estime Didier Paquot. Or, a priori, les exportations pâtiront de l'instauration des barrières tarifaires aux Etats-Unis. " Il y aura un effet réel sur les prix mais aussi un effet psychologique, ajoute Olivier de Wasseige. Les entreprises anticipent les risques de guerre commerciale et redoublent de prudence dans leurs investissements. Cela pèse sur le climat général. " Les Etats-Unis parviennent à échapper à ce climat général grâce à une consommation intérieure très soutenue qui atténue l'impact des aléas de l'exportation. Le tax shift, grâce auquel les bas salaires ont progressé de 150 euros nets par mois, ne peut-il pas soutenir la demande intérieure belge ? " Cela joue peu au niveau macro, répond Didier Paquot. Les ménages ne vont pas tout dépenser et quand ils dépensent, c'est pour acheter une part significative de produits importés. Notre économie dépend beaucoup du contexte international. " Or, sur le premier semestre, les exportations wallonnes sont en recul par rapport à 2017. Les entreprises s'attendent toutefois à une reprise en fin d'année, ce que confirme l'indicateur BNB des carnets de commande. Les incertitudes qui pèsent sur les modalités du Brexit impactent bien entendu la confiance des chefs d'entreprise et les projets d'investissement. Selon l'Iweps (Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique), cela pourrait coûter 5.000 emplois à la Wallonie. " C'est vraiment le scénario du pire, nuance Didier Paquot. Cette estimation n'inclut pas les stratégies qu'adopteront les entreprises pour se réorienter et trouver de nouvelles opportunités si elles perdent des clients britanniques. " L'UWE invite les entreprises à inventorier leurs relations avec la Grande- Bretagne, qu'elles soient directes ou indirectes (un client français ou flamand peut livrer, en fait, au Royaume-Uni) afin de s'y préparer au mieux. Pour ce faire, elles peuvent se tourner vers le Brexit Impact Scan, proposé sur le site du SPF Economie. Une initiative très intéressante. Il y a près de 30.000 emplois vacants en Wallonie, c'est-à-dire des postes pour lesquels les employeurs ne trouvent pas de personnel. Une situation pour le moins paradoxale alors qu'il y a, en parallèle, 218.000 demandeurs d'emplois dans le sud du pays. " Deux entreprises sur trois éprouvent des difficultés à recruter, déplore Olivier de Wasseige. Certaines en viennent à refuser des marchés car elles n'ont pas les profils nécessaires. Nous avons là un frein majeur à la croissance pour la Wallonie. " Le monde politique ne reste heureusement pas inactif face à cette situation. Le ministre de l'Emploi, Pierre-Yves Jeholet (MR), a dégagé des primes pour les demandeurs d'emploi qui se forment aux métiers en pénurie et mis en place des opérations " coup de poing " via lesquelles les entreprises peuvent organiser des formations sur mesure avec le concours du Forem ou d'autres opérateurs. Elles établissent elles-mêmes le cahier des charges de la formation et, bien souvent, les formations se déroulent in situ. Le premier de ces " coups de poing " vient d'être initié par trois entreprises du secteur de la boucherie en recherche de découpeurs-désosseurs et de préparateurs. " Cela va dans la bonne direction mais ce sont des petits pas, confie l'administrateur délégué de l'UWE. Il faut rapidement donner une tout autre ampleur à ces mesures. Ce n'est pas 3.000 mais 10.000 demandeurs d'emploi par an qui doivent se retrouver dans ces formations. " Plus largement, l'UWE s'inquiète de voir le chômage wallon buter sur le seuil des 9 %, en-dessous duquel il n'est pas descendu depuis 20 ans. " Descendre sous ce seuil historique est un grand enjeu pour la Wallonie, dit Didier Paquot. Cela nécessitera sans doute de prendre des mesures structurelles sur notre marché du travail. " Les risques de délestage cet hiver en raison de l'arrêt simultané de plusieurs centrales nucléaires n'inquiètent pas outre mesure les entreprises wallonnes. Tout au plus, l'UWE relaye-t-elle les craintes de la grande distribution et du commerce des denrées périssables qui ne peuvent se passer de frigos et autres installations pendant plusieurs heures consécutives. " Notre préoccupation en la matière, c'est l'écart de prix avec les pays voisins, insiste Olivier de Wasseige. Nos entreprises achètent leur électricité 17 % plus cher. En termes de compétitivité, c'est particulièrement négatif pour notre économie. Même pour les entreprises qui ne sont pas électro-intensives. "Cela sera encore plus douloureux si le prix du pétrole continue de monter, ce qui est très vraisemblable avec les sanctions américaines envers le pétrole iranien.