La Commission parviendra-t-elle vraiment à rendre obligatoire la vente d'autos zéro carbone (neuves) à partir de 2035 ? Ce n'est pas certain, même si le parlement Européen a voté la mesure le 8 juin dernier. Ce n'était qu'une première étape avant la décision finale.
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La Commission parviendra-t-elle vraiment à rendre obligatoire la vente d'autos zéro carbone (neuves) à partir de 2035 ? Ce n'est pas certain, même si le parlement Européen a voté la mesure le 8 juin dernier. Ce n'était qu'une première étape avant la décision finale. L'Italie et 4 autres pays (Bulgarie, Slovaquie, Portugal et Roumanie) ont signé une proposition demandant un report de la date limite à 2040. L'Allemagne s'interroge aussi sur la fin annoncée des voitures à moteurs thermiques, et l'hégémonie de l'auto électrique (ou à hydrogène). Son ministre des transports, Volker Wissing, a déclaré qu'il faudrait aussi prendre en compte les autos hybrides rechargeables et les nouveaux e-carburants, que le Parlement européen a écarté dans le vote début juin.Un été de lobbying intenseLe sujet sera examiné le 28 juin par un conseil européen des ministres de l'environnement, qui doit se prononcer sur le projet de fin de l'auto à carburant en 2035. Ensuite s'ouvrira une négociation informelle, appelée trilogue, entre la Commission, le Parlement européen et le Conseil pour aboutir à la décision finale, après l'été. Entretemps un lobbying intense devrait se déployer. Tous les pays n'ont pas les mêmes points de vue. Les Pays-Bas ou les pays nordiques sont les plus favorables à l'échéance 2035. Les Pays-Bas ont même décidé d'avancer cette échéance à 2030. D'autres, comme la France, auraient préféré 2040. Les pays d'Europe orientale ne sont pas enthousiastes. Leur équipement en bornes est très modeste.Le problème du pouvoir d'achatLes 5 pays signataire de la demande de report proposent de fixer pour 2035 une norme réduisant de 90% les émissions de CO2 (80% pour les utilitaires légers), et de reporter à 2040 la réduction de 100%, qui exclut les motorisations thermiques. Avec une période de transition bien programmée pour les réseaux de bornes. Un officiel bulgare, anonyme, cité par l'agence Reuters avance aussi le souci "de la différence significative" de pouvoir d'achat entre les pays de l'UE, qui rend l'échéance 2035 très difficile. L'écart de revenu est énorme entre l'est et l'ouest de l'Europe.Stellantis quitte l'association européenne des constructeursLes constructeurs sont aussi divisés sur le sujet. Le groupe Volkswagen ou Volvo n'ont pas de souci et misent sur une électrification rapide de leur offre. Mais d'autres, comme Stellantis (Peugeot, Citroën, DS, Fiat, Chrysler, Jeep, Maserati, RAM, Alfa Romeo, Lancia,...) sont plus réservés. Son CEO, Carlos Tavares, a régulièrement prévenu que le passage à l'électrification pourrait exclure des catégories de citoyens incapables de s'offrir des autos zéro carbone. Il a décidé de quitter l'association européenne des constructeurs de voiture, l'ACEA, qui n'a guère pu faire entendre ses arguments jusqu'ici, et dont les membres ont des intérêts divergents. Stellantis entend parler de sa seule voix.Des tarifs en hausse considérableIl faut dire que les tarifs affichés par les constructeurs actuellement, en forte hausse, ont de quoi effrayer. Les autos électriques sont 10.000 à 15.000 euros au-dessus du prix des autos à carburant équivalent. Pour une auto compacte avec une autonomie de 400 km (théorique), la barrière des 40.000 euros est aisément dépassée. Les aides attribuées par certains pays comme la France ou l'Allemagne -et pas la Belgique- ne suffisent plus. En principe les tarifs devaient reculer progressivement, mais c'est l'inverse qui se produit actuellement. De quoi affaiblir le soutien à l'échéance 2035 ou la subordonner à des conditions.La Commission avait souhaité une échéance à 2035, car la durée de vie d'une auto se situe autour des 15 ans. Ainsi l'UE espère théoriquement respecter son engagement d'arriver à une neutralité carbone pour 2050.