Bruxelles est endormie. Sous anesthésie. Paralysée par un virus qui la rend, pour l'instant, hermétique aux festivités culturelles et aux plaisirs de la gastronomie. Refroidis par les effets dévastateurs de la pandémie, les organisateurs d'événements ne sont pas inactifs pour autant et songent déjà à l'après-Covid-19. Ils préparent en coulisses leurs concerts, festivals et autres animations censés redonner des couleurs à la Belgique et surtout de la vie à Bruxelles l'endormie.
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Bruxelles est endormie. Sous anesthésie. Paralysée par un virus qui la rend, pour l'instant, hermétique aux festivités culturelles et aux plaisirs de la gastronomie. Refroidis par les effets dévastateurs de la pandémie, les organisateurs d'événements ne sont pas inactifs pour autant et songent déjà à l'après-Covid-19. Ils préparent en coulisses leurs concerts, festivals et autres animations censés redonner des couleurs à la Belgique et surtout de la vie à Bruxelles l'endormie. Parmi eux, David Ghysels finalise le projet ambitieux de déployer, dans un peu moins de trois mois, la table la plus surréaliste du royaume, juste au-dessus de la place De Brouckère à Bruxelles. Du 6 au 21 juin très précisément, Dinner in the Sky installera en effet sa nouvelle plateforme " 2.0.2.0. " en face de l'hôtel Métropole, à 50 mètres du sol, offrant ainsi aux convives " en apesanteur " une vue imprenable sur les édifices les plus célèbres du paysage bruxellois. Outre le spectacle panoramique qui leur sera offert, les hôtes de Dinner in the Sky auront aussi le privilège de déguster un menu gastronomique servi par un chef étoilé à cette table d'un genre nouveau. " C'est la première fois que nous allons commercialiser cette plateforme inédite à Bruxelles, se réjouit David Ghysels, l'inventeur belge de ce concept festif. Jusqu'ici, Dinner in the Sky se présentait sous la forme d'une longue table rectangulaire suspendue dans les airs, mais cette fois, les convives seront assis autour de huit petites tables rondes de quatre personnes chacune, disposées autour d'une grande cuisine centrale où évolueront le chef et sa brigade. " Né en 2006 pour promouvoir initialement l'association des Jeunes Restaurateurs d'Europe dans le cadre d'une campagne one shot, le concept Dinner in the Sky s'est mué, au fil des ans, en une belle success-story qui a déjà conquis plus de 70 pays. On doit cette initiative un peu folle au publicitaire David Ghysels et à son associé Stephan Kerkhofs, patron de la société Fun Group - spécialisée dans les attractions foraines - qui a apporté son expertise technique. Ensemble, les deux hommes ont osé l'impensable et concrétisé cette idée du " dîner dans le ciel " qui fut épinglée, dès son lancement, comme l'un des " 10 restaurants les plus originaux du monde " par le magazine Forbes. De Rio à Kuala Lumpur, en passant par Dubaï, Le Cap et Singapour, les deux entrepreneurs ne comptent plus les villes qui ont accueilli leurs grues et leurs dîners suspendus. Aujourd'hui, ce sont plus de 60 acteurs du divertissement qui ont acheté la licence pour exploiter la marque Dinner in the Sky dans leur propre pays et perpétuer ainsi un savoir-faire 100% belge. Flexible, le concept de la table dans les nuages s'est aussi décliné en réunions d'entreprises, cérémonies de mariage, concerts exclusifs et autres cocktails lounge, mais le dîner gastronomique préparé en direct par un chef étoilé reste toujours le fer de lance de cette attraction aérienne. Après l'île grecque de Santorin en mai et avant les splendides chutes Victoria au Zimbabwe en septembre, les maîtres d'oeuvre de Dinner in the Sky déploieront donc leur table panoramique au-dessus de la place De Brouckère en juin, avec vue sur le piétonnier bruxellois. " C'est un vrai pari, confie David Ghysels, car nous vivons non seulement des moments difficiles, mais aussi parce que le piétonnier a été victime d'un sacré bashing. Personnellement, je crois à la redynamisation de ce quartier et à l'avenir du centre-ville. Mon challenge sera de convaincre le public de vivre cette expérience sur la place De Brouckère, mais surtout d'y faire venir les entreprises pour qu'elles participent, elles aussi, à la promotion de notre capitale et de sa gastronomie. " Orchestrés par 12 chefs étoilés parmi lesquels on compte Yves Mattagne, David Martin ou encore Isabelle Arpin, les menus gastronomiques de Dinner in the Sky seront proposés au prix de 295 euros par personne dans sa formule grand public et de 1.500 euros pour une table de quatre convives dans sa version business (12.000 euros pour toute la plateforme qui compte 32 places assises). Au total, ce ne seront pas moins de 1.500 couverts qui seront servis durant les deux semaines de cet événement festif puisque les organisateurs comptent assurer trois services par jour sur la place De Brouckère à 12 h, 19 h et 21h30. Hautement " instagramable ", le Dinner in the Sky programmé en juin sera aussi un formidable outil marketing pour les autorités bruxelloises à l'échelle nationale et internationale. " C'est une manière de faire redécouvrir le coeur de la ville et d'attirer à nouveau un public qui exprime parfois une certaine défiance ou qui a une image négative du piétonnier, notamment à cause des réseaux sociaux, explique Fabian Maingain, échevin des Affaires économiques à la Ville de Bruxelles. Avec cet événement mais aussi d'autres initiatives, nous prenons donc le pari de faire revivre ce quartier pour montrer aux gens et surtout à une clientèle privilégiée qu'une nouvelle dynamique s'installe dans le centre et que le fait d'aller vers une 'piétonnisation' du coeur de la ville était et reste le bon choix. " D'ores et déjà palpable sur une grande partie du boulevard Anspach qui accueille ou va accueillir de nouvelles enseignes de restauration branchée (Wagamama le mois dernier, Eataly dans un futur proche), la redynamisation du centre-ville passe aussi par la place De Brouckère qui s'apprête à vivre de grands changements. Outre l'événement gastronomique du " dîner dans le ciel ", ce quartier jadis chanté par Jacques Brel est en effet au coeur d'un vaste projet immobilier qui va prendre forme autour des cinémas UGC De Brouckère. Ambitieux, le plan de rénovation du quartier prévoit en effet la construction d'un nouvel hôtel de 145 chambres, mais aussi d'immeubles de logements - 182 appartements classiques et 130 kots étudiants - ainsi que 9.000 m2 de bureaux et 3.000 m2 de commerces. Piloté par le promoteur Immobel et le développeur immobilier BPI, ces nouveaux bâtiments devraient être inaugurés en 2024 et vont contribuer à doper le quartier, à l'instar de Brucity, le nouveau centre administratif de la Ville de Bruxelles, qui émergera en 2022 sur les fondations de l'ancien Parking 58, à deux pas de la place De Brouckère. Fortement critiqué dès les premiers coups de pelleteuse, le piétonnier semble enfin prendre forme dans le coeur de Bruxelles. Certes, après la fin du chantier sur la place de la Bourse prévu dans moins de deux mois, les travaux d'aménagement se poursuivront ces prochaines années dans les environs immédiats du boulevard Anspach, mais un nouvel état d'esprit souffle déjà sur le centre-ville. Dans la continuité du piétonnier, des espaces de " circulation apaisée " ( sic) sont ainsi prévus - sur le boulevard Adolphe Max vers la gare du Nord et sur le boulevard Maurice Lemonnier vers la gare du Midi - afin de donner la priorité aux piétons tout le long de cet axe qui traverse le coeur de Bruxelles. " Je suis assez confiant pour l'avenir car une nouvelle dynamique se met clairement en place, affirme Jan Schollaert, directeur adjoint du département Urbanisme à la Ville de Bruxelles qui suit de près l'évolution du piétonnier. Cet espace sera occupé, aimé, et je suis persuadé que, dans les deux ans qui viennent, Bruxelles va 'bruxeller' à nouveau pour reprendre les paroles de la chanson de Jacques Brel. Le boulevard Anspach a le potentiel pour devenir quelque chose d'unique dans la capitale de l'Europe et cela attire d'ailleurs de nouveaux investisseurs. " Déjà annoncé par certains comme la nouvelle rambla de Bruxelles (en guise de clin d'oeil à l'avenue mythique de Barcelone), le piétonnier ne sera toutefois pas inauguré dans les prochains mois, étant donné les travaux annexes qui s'effectueront dans les prolongements du boulevard Anspach et qui dureront jusqu'en 2025. Avec le risque de lasser les habitants ? " Il faut voir la ville comme un work in progress, répond l'échevin des Affaires économiques Fabian Maingain. Une ville sans travaux est une ville qui ne se réinvente pas et c'est donc une ville qui meurt. Or, la ville est organique et, aujourd'hui, nous ressentons déjà les effets de levier suscités par le piétonnier. " Bâtiment emblématique du boulevard Anspach construit en 1869, la Bourse de Bruxelles sera incontestablement le pôle d'attraction majeur du piétonnier au printemps 2023. A cette date, un nouveau temple de la bière y sera en effet inauguré sous le nom de Belgian Beer World, ce qui devrait renforcer encore le potentiel touristique du centre-ville. " Ce ne sera pas un musée classique mais plutôt une expérience autour d'un produit de qualité, naturel, qui a eu une réelle influence politique et économique en Belgique, dévoile Nel Vandevannet, directrice du projet de la Bourse à la Ville de Bruxelles. La visite s'effectuera aux premier et deuxième étages pour se terminer sur le sky bar ( une terrasse panoramique avec vue sur les toits de Bruxelles, Ndlr), tandis que le rez-de-chaussée sera un lieu de passage accessible à tout un chacun où l'on trouvera notamment un bar et un restaurant. " Evalué à 39 millions d'euros, le coût de ce nouveau musée de la bière sera en grande partie financé par le Fonds européen de développement régional (Feder) et la Région de Bruxelles-Capitale, auxquels se joindront la Ville de Bruxelles et la Fédération des brasseurs belges qui apportera 5 millions dans l'aventure. Le Belgian Beer World devrait créer à terme une trentaine d'emplois et espère attirer 400.000 visiteurs par an. Au rez-de chaussée, une grande galerie ouverte sur les quatre façades de la Bourse devrait faciliter le passage des visiteurs venus de la Grand-Place vers le piétonnier et inversement. " Le musée va certainement participer à la redynamisation du quartier après des années de souffrance, se réjouit la directrice du projet Nel Vandevannet. Plusieurs acteurs du secteur horeca qui se trouvent juste à côté de la Bourse sont d'ailleurs conscients des futurs enjeux et ils en profitent déjà pour faire également des travaux de rénovation dans leurs établissements car ils savent qu'ils seront positivement impactés par le Belgian Beer World. " Avec plus de 200 bières différentes en dégustation, le nouveau musée de la bière devrait fortement contribuer à ce que Bruxelles se réveille enfin et, surtout, " bruxelle " à nouveau.