Pas de laboratoire aseptisé, pas de chercheurs en blouse blanche quand on entre chez Barré SA. Plutôt un grand plateau où s'affairent chefs de projet, dessinateurs, responsables qualité. Juste à côté, un "magasin", où des centaines de pièces en inox toutes plus improbables les unes que les autres trônent sur des étagères impeccablement rangées. "Chaque pièce est tracée en qualité", précise notre guide.
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Pas de laboratoire aseptisé, pas de chercheurs en blouse blanche quand on entre chez Barré SA. Plutôt un grand plateau où s'affairent chefs de projet, dessinateurs, responsables qualité. Juste à côté, un "magasin", où des centaines de pièces en inox toutes plus improbables les unes que les autres trônent sur des étagères impeccablement rangées. "Chaque pièce est tracée en qualité", précise notre guide. Un étage plus bas, un grand atelier lumineux, l'antre des soudeurs et des monteurs dont le savoir-faire ultra-pointu a fait de la PME wavrienne l'une des références en manufacturing pour la biopharma et les biotechs. "Nous sommes spécialisés dans trois métiers distincts : la tuyauterie haute pureté, pour laquelle nous assurons la conception, la production, l'installation et l'entretien des équipements, le traitement de l'air haute pureté et les équipements inox sur mesure", détaille Javier Martinez, le nouveau CEO de la société. Fondée en 1992 par Luc Barré, la société compte 27 employés et réalise un chiffre d'affaires annuel de l'ordre de 5 millions d'euros. "Barré SA a toujours été à la pointe et détient d'ailleurs plusieurs brevets, se réjouit le fondateur qui a démarré de zéro il y a 30 ans. Mais pour continuer à aller de l'avant, industrialiser les équipes, passer d'un modèle de PME organisée autour de son patron à une organisation qui apprend et poursuit sa croissance, notamment à l'international, il était devenu nécessaire que je m'entoure de personnes au profil plus managérial."En décembre dernier, Luc Barré a donc ouvert le capital de sa société et a accueilli deux nouveaux associés : Javier Martinez, CEO, et Yves Warnant, directeur. "Nous nous sommes donné huit ans pour réaliser l'équivalent de ce que Luc Barré a construit jusqu'ici", s'accorde le duo. Sous-entendu : pour doubler les effectifs et le chiffre d'affaires. "En rejoignant le capital de Barré SA, nous nous inscrivons sur le long terme dans une logique de transmission de savoir, précise Yves Warnant. Notre volonté est que l'entreprise grandisse et s'internationalise ; même si nous avons déjà des contrats à l'étranger via nos clients belges. Nous visons les marchés allemand, suisse et français dans les cinq ans. Tous les ingrédients sont là pour aller chercher la croissance. Nous sommes convaincus d'avoir la firme la plus experte dans son domaine. Notre but est de le faire savoir au-delà de l'écosystème biotech wallon."Parmi les clients de Barré SA, on trouve de grands noms comme le voisin GSK Vaccines, Pfizer, UCB Pharma, Baxter, Takeda, etc. mais aussi des start-up biotechs et de nombreuses CDMO's (Contract Development and Manufacturing Organizations), des intermédiaires qui développent des matières actives pour l'industrie pharmaceutique. "Nos installations de "clean piping" sont produites selon des procédures de fabrication stricte, d'état de surface intérieure, de drainabilité et de traitement chimique, pour lesquelles un haut degré de pureté est attendu, précise Javier Martinez. Nous avons aussi un catalogue de 250 pièces en inox à l'usage des sites de production des sciences du vivant."Parmi ces pièces, des tiges d'aspiration, des cannes de lavage, des chariots divers, des portes étanches, des pièces de rangement, des accessoires muraux, des outils de production, etc. "On fabrique rarement deux fois la même pièce, souligne Yves Warnant. Notre spécialité, ce sont les projets à haute valeur ajoutée. Que ce soit pour les nouvelles installations ou dans le cadre de travaux de maintenance. Des demandes très spécifiques, ultra-précises, dont la traçabilité est garantie à 100%, qui exigent une grande proximité avec le client et qui ne sont pas attractives pour les gros consortiums internationaux du secteur." Comme cette table d'anesthésie pour rongeurs dotée d'un système par inhalation à perfusion numérique, qui garantit un endormissement rapide, éthique et efficace de l'animal, ainsi qu'un réveil de qualité.Si l'épidémie de Covid-19 a eu un impact négatif pour nombre d'entreprises, elle a plutôt été apporteuse d'affaires chez Barré SA. "De nouveaux clients ont fait appel à nous, confirme Javier Martinez. Ces sociétés travaillaient avec des fournisseurs étrangers qui ne pouvaient répondre à leurs demandes à cause de la fermeture des frontières. Ils ont découvert qu'une solution était possible dans leur écosystème local. Notre "know-how" nous permet de répondre à la demande dans des délais très courts. Intervenir rapidement et efficacement pour remplacer tout un équipement est d'ailleurs l'une de nos spécificités.""Il nous est même déjà arrivé de trouver des solutions afin de ne pas devoir arrêter les équipements du client pendant notre intervention", renchérit Yves Warnant. Au cours des dernières semaines, Barré SA a également procédé au déplacement de toute une unité Covid chez l'un de ses clients. Elle intervient aussi pour l'instant chez plusieurs d'entre eux pour soutenir leur capacité de production d'un futur vaccin contre le coronavirus. "Nous préparons déjà toute la partie "clean piping". Contribuer à l'effort collectif pour aboutir à une solution contre cette maladie est très gratifiant", se réjouit le tandem. Les nouveaux administrateurs de Barré SA ne comptent pas seulement agir à l'échelle sanitaire. Ils ont aussi l'ambition d'apporter leur pierre au développement économique de leur région et des biotechs."L'écosystème wallon biotech pèse aujourd'hui près de 30 milliards d'euros et s'est beaucoup développé ces 30 dernières années - la recherche foisonne, des synergies entre les entreprises ont vu le jour, des start-up ont émergé, des projets étrangers veulent être connectés à la Wallonie, la qualité de notre main-d'oeuvre n'est plus à démontrer -, mais nous manquons cruellement de talents capables de développer nos pépites wallonnes", regrette Yves Warnant.C'est pourquoi les deux compères - ils se sont rencontrés lors de leur MBA à l'INSEAD en 2009?2010 - consacrent beaucoup de temps à prospecter et recruter en Belgique et à l'étranger. "Nous sommes convaincus que ce sont les gens qui font les entreprises, expliquent-ils. Faire connaître notre secteur et nos métiers de pointe à des jeunes en quête de sens est enthousiasmant. Notre objectif est d'ailleurs d'engager deux jeunes diplômés à chaque promotion." Leur élection au sein du conseil d'administration de Biowin devrait encore décupler leur engagement à confirmer la place de Barré SA et de la Wallonie sur la carte mondiale de la biopharma et des biotechs. "Nous voulons faire grandir la capacité industrielle de la Wallonie", clament-ils. Et prendre le relais de Jean Stéphenne ?