Quand on globalise les chiffres du premier semestre, on arrive à 5.175 faillites. Encore une fois, bien plus que l'année passée (3.333 jugements) et 2020 (4.411), mais toujours très loin des 6.262 faillites du 1er semestre 2019.

Notons qu'il y a dans ces chiffres 224 jugements qui concernent des associés d'entreprises en commandite et en noms collectifs, qui sont emportés dans la faillite de leur entreprise. Le nombre net d'entreprises en faillite est donc de 4.951.

Mais des signaux d'alarmes commencent à s'allumer au niveau sectoriel

Les secteurs classiquement fragiles, comme la restauration (48 jugements), les snacks (64 jugements), les cafés et bars (51 jugements), les entrepreneurs généraux en bâtiment (53 jugements), la construction spécialisée (31 jugements), le transport routier de fret (29 jugements) fournissent, comme à l'accoutumée, les plus gros contingents du mois. Mais, Les snacks, les entrepreneurs généraux et le transport routier de fret, ont cette fois dépassé les chiffres de 2019. Le seuil de résilience des secteurs le plus fragiles semble atteint et n'annonce rien de bon pour les mois à venir.

Le comportement régional est aussi plus nuancé

Sur le 1er semestre de l'année, la Région Flamande a enregistré 2.837 faillites, soit 56,90% du total du pays. En 2019, il y en avait 2.754 jugements, soit seulement 46,53% du total du pays. Du côté Wallon, les 1.119 faillites du dernier semestre sont loin des chiffres de 2019 (1.476 faillites). Le même constat est à faire pour Bruxelles, qui ne compte "que" 1.012 faillites ce semestre pour 1.665 en 2019.

Évolution mensuelle des entreprises belges: STARTERS, FAILLITES, CESSATIONS...

Découvrez ici l'évolution la plus récente des statistiques de la population des entreprises belges

La Région Flamande est donc la première à revenir à des chiffres absolus d'avant crise. Nuançons cependant en rappelant que 57% des entreprises du pays sont logées dans cette région. C'est donc surtout dans les 2 autres régions que les statistiques restent anormalement faibles.

Au niveau local, on doit quand même noter un triste record du côté de la province d'Anvers :

262 faillites. Un nombre jamais atteint, qui vient en confirmation d'un mauvais mois de mai, qui comptait déjà 248 défaillances. Sur les 6 premiers mois de l'année, c'est la première fois que la province dépasse les 1.000 faillites, avec 1.138 cas.

Quand on analyse la natures des jugements de faillites, on voit que 569 jugements de faillites sur les 1.049 du mois le sont sur assignation. Cela fait 54,24% du total. Sur l'ensemble du semestre, on en compte 2.509, soit 48,48% du total. Le moratoire est donc bien terminé. La proportion normale est en effet de 50/50.

Sur le front des dissolutions judiciaires, les chiffres ne se sont pas réellement effondrés durant la pandémie. Le changement de législation avait fait décoller les chiffres en 2019, avec 8.205 cas. En 2020, il y en avait encore eu 6.538. En 2021, on en avait eu 6.158. On en est à 3.620 aujourd'hui. Rappelons que ce jugement est principalement prononcé lorsque les entreprises ne publient pas leurs comptes annuels dans des délais, strictement ramenés à 12 mois depuis 2018. La chasse aux sociétés fantômes continue donc. C'est une bonne chose. Mais force est de constater ces "indélicatesses administratives" font disparaître un nombre considérable d'entreprises, équivalent à 72,6% du nombre des faillites.

Du côté des arrêts d'activités en général, c'est le retour à la normale, avec 44.895 cas. On ne dépasse pas ceux de 2019, soit 46.143 cessations. Dans la Foulée de ses relativement mauvais chiffres de faillites, la Région Flamande, est la seule à dépasser (de peu) ceux de 2019 : 25.944 contre 25.541.

Heureusement, la Belgique continue à entreprendre

Les chiffres des starters ne sont pas encore stabilisés. On sait qu'il faut au moins 3 mois de recul pour avoir des chiffres fiables. Mais avec 62.260 nouvelles entreprises sur les 6 premiers mois de l'année, on est déjà légèrement au-dessus du niveau de juin 2019 (60.500). On n'atteindra cependant pas celui de juin 2021 (69.000 starters), mais cette année venait compenser le trou de 2020 (seulement 54.000 créations d'entreprises), dont le 2ème trimestre a été particulièrement calme sur ce point.

Au niveau sectoriel, on notera un certain retour à la normale de l'industrie alimentaire, avec 326 starters. Elle avait connu un boum énorme en 2021, avec 509 créations, bien au-dessus des 289 du premier semestre 2019.

Mais certains secteurs, fortement secoués pendant la pandémie, continuent à souffrir dans le contexte économique actuel et ont carrément le blues :

Le commerce de gros et de détail automobile ne compte que 1.109 starters, contre 1.515 en 2021 et 1.268 en 2019. Le commerce de gros, hors automobile en est à 1.361 cette année, pour 2.242 en 2021 et 1.818 en 2019. Le transport terrestre compte 710 nouvelles entreprises, contre 833 en 2021 et 975 en 2019.

De l'autre côté du spectre, les entreprises d'informatique restent très prisées, avec 2.131 nouvelles entreprises en 2022, contre 2.146 l'année passée et 2.103 en 2019.

L'enseignement et la santé humaine sont dans la même situation, avec respectivement 1.466 et 1.909 créations en 2022, pour 1.606 et 2.062 en 2021 et 1.246 et 1.773 en 2019.

Les services personnels font mieux qu'en 2021, avec 2.796 créations, contre 2.555 en 2021, mais restent sous les 3.174 de 2019.

La réindustrialisation du pays, que beaucoup appellent de leurs voeux, semble lentement démarrer. L'industrie manufacturière compte 2.125 nouveaux acteurs, contre 2.922 en 2021 et 2.087 en 2019. Elle est particulièrement importante pour notre économie de demain. Elle réduit notre dépendance stratégique, contribue à raccourcir les circuits économiques, emploie massivement de la main-d'oeuvre, toutes qualifications confondues, et elle contribue proportionnellement bien plus au produit national brut par unité que les entreprises de services.

Les activités spécialisées, scientifiques et techniques restent le plus gros secteur qui crée des entreprises, avec 8.150 nouvelles entités en 2022, contre 9.286 en 2021 et 8.015 en 2019.

L'agriculture continue de baisser, avec 801 créations, contre 1.107 en 2021 et 923 en 2019. Le nombre net d'exploitations continue de baisser dans le pays.

CONCLUSIONS

La transformation de notre économie sera un processus lent. Mais certains signes encourageants sont présents. Le secteur primaire (production agricole) souffre. Il doit encore se transformer en Flandres et devenir plus rentable en Wallonie. Le secteur secondaire (industrie) doit se renforcer, en respectant les normes européennes et, vu les coûts salariaux en Belgique, se robotiser et créer beaucoup de valeur ajoutée. Le tertiaire (les services) reste le plus gros secteur. C'est logique, mais ne se justifie que s'il parvient lui-aussi à créer suffisamment de valeur ajoutée.

Et la création de valeur ajoutée est un souci majeur de notre économie. 1 entreprise sur 7 a mangé tous ses capitaux propres et a donc une solvabilité négative. 1 sur 5 a un cashflow négatif (référence 2020). Les fournisseurs qui continuent à donner du crédit commercial à ces entreprises se mettent directement en danger, ce qui peut avoir un effet de réaction en chaîne dévastateur.

Nos expériences de paiements sont assez révélatrices à ce sujet : aujourd'hui, seulement 31% du montant des factures B2B est payé dans les délais convenus et 18,50% de ces montants ne sont toujours pas réglés 90 jours après leur échéance.

Dans notre contexte de pression sur les marges, un credit management rigoureux sera clé en 2023

Quand on globalise les chiffres du premier semestre, on arrive à 5.175 faillites. Encore une fois, bien plus que l'année passée (3.333 jugements) et 2020 (4.411), mais toujours très loin des 6.262 faillites du 1er semestre 2019.Notons qu'il y a dans ces chiffres 224 jugements qui concernent des associés d'entreprises en commandite et en noms collectifs, qui sont emportés dans la faillite de leur entreprise. Le nombre net d'entreprises en faillite est donc de 4.951.Mais des signaux d'alarmes commencent à s'allumer au niveau sectorielLes secteurs classiquement fragiles, comme la restauration (48 jugements), les snacks (64 jugements), les cafés et bars (51 jugements), les entrepreneurs généraux en bâtiment (53 jugements), la construction spécialisée (31 jugements), le transport routier de fret (29 jugements) fournissent, comme à l'accoutumée, les plus gros contingents du mois. Mais, Les snacks, les entrepreneurs généraux et le transport routier de fret, ont cette fois dépassé les chiffres de 2019. Le seuil de résilience des secteurs le plus fragiles semble atteint et n'annonce rien de bon pour les mois à venir.Le comportement régional est aussi plus nuancéSur le 1er semestre de l'année, la Région Flamande a enregistré 2.837 faillites, soit 56,90% du total du pays. En 2019, il y en avait 2.754 jugements, soit seulement 46,53% du total du pays. Du côté Wallon, les 1.119 faillites du dernier semestre sont loin des chiffres de 2019 (1.476 faillites). Le même constat est à faire pour Bruxelles, qui ne compte "que" 1.012 faillites ce semestre pour 1.665 en 2019.La Région Flamande est donc la première à revenir à des chiffres absolus d'avant crise. Nuançons cependant en rappelant que 57% des entreprises du pays sont logées dans cette région. C'est donc surtout dans les 2 autres régions que les statistiques restent anormalement faibles.Au niveau local, on doit quand même noter un triste record du côté de la province d'Anvers :262 faillites. Un nombre jamais atteint, qui vient en confirmation d'un mauvais mois de mai, qui comptait déjà 248 défaillances. Sur les 6 premiers mois de l'année, c'est la première fois que la province dépasse les 1.000 faillites, avec 1.138 cas.Quand on analyse la natures des jugements de faillites, on voit que 569 jugements de faillites sur les 1.049 du mois le sont sur assignation. Cela fait 54,24% du total. Sur l'ensemble du semestre, on en compte 2.509, soit 48,48% du total. Le moratoire est donc bien terminé. La proportion normale est en effet de 50/50.Sur le front des dissolutions judiciaires, les chiffres ne se sont pas réellement effondrés durant la pandémie. Le changement de législation avait fait décoller les chiffres en 2019, avec 8.205 cas. En 2020, il y en avait encore eu 6.538. En 2021, on en avait eu 6.158. On en est à 3.620 aujourd'hui. Rappelons que ce jugement est principalement prononcé lorsque les entreprises ne publient pas leurs comptes annuels dans des délais, strictement ramenés à 12 mois depuis 2018. La chasse aux sociétés fantômes continue donc. C'est une bonne chose. Mais force est de constater ces "indélicatesses administratives" font disparaître un nombre considérable d'entreprises, équivalent à 72,6% du nombre des faillites.Du côté des arrêts d'activités en général, c'est le retour à la normale, avec 44.895 cas. On ne dépasse pas ceux de 2019, soit 46.143 cessations. Dans la Foulée de ses relativement mauvais chiffres de faillites, la Région Flamande, est la seule à dépasser (de peu) ceux de 2019 : 25.944 contre 25.541.Heureusement, la Belgique continue à entreprendreLes chiffres des starters ne sont pas encore stabilisés. On sait qu'il faut au moins 3 mois de recul pour avoir des chiffres fiables. Mais avec 62.260 nouvelles entreprises sur les 6 premiers mois de l'année, on est déjà légèrement au-dessus du niveau de juin 2019 (60.500). On n'atteindra cependant pas celui de juin 2021 (69.000 starters), mais cette année venait compenser le trou de 2020 (seulement 54.000 créations d'entreprises), dont le 2ème trimestre a été particulièrement calme sur ce point.Au niveau sectoriel, on notera un certain retour à la normale de l'industrie alimentaire, avec 326 starters. Elle avait connu un boum énorme en 2021, avec 509 créations, bien au-dessus des 289 du premier semestre 2019.Mais certains secteurs, fortement secoués pendant la pandémie, continuent à souffrir dans le contexte économique actuel et ont carrément le blues :Le commerce de gros et de détail automobile ne compte que 1.109 starters, contre 1.515 en 2021 et 1.268 en 2019. Le commerce de gros, hors automobile en est à 1.361 cette année, pour 2.242 en 2021 et 1.818 en 2019. Le transport terrestre compte 710 nouvelles entreprises, contre 833 en 2021 et 975 en 2019.De l'autre côté du spectre, les entreprises d'informatique restent très prisées, avec 2.131 nouvelles entreprises en 2022, contre 2.146 l'année passée et 2.103 en 2019.L'enseignement et la santé humaine sont dans la même situation, avec respectivement 1.466 et 1.909 créations en 2022, pour 1.606 et 2.062 en 2021 et 1.246 et 1.773 en 2019.Les services personnels font mieux qu'en 2021, avec 2.796 créations, contre 2.555 en 2021, mais restent sous les 3.174 de 2019.La réindustrialisation du pays, que beaucoup appellent de leurs voeux, semble lentement démarrer. L'industrie manufacturière compte 2.125 nouveaux acteurs, contre 2.922 en 2021 et 2.087 en 2019. Elle est particulièrement importante pour notre économie de demain. Elle réduit notre dépendance stratégique, contribue à raccourcir les circuits économiques, emploie massivement de la main-d'oeuvre, toutes qualifications confondues, et elle contribue proportionnellement bien plus au produit national brut par unité que les entreprises de services.Les activités spécialisées, scientifiques et techniques restent le plus gros secteur qui crée des entreprises, avec 8.150 nouvelles entités en 2022, contre 9.286 en 2021 et 8.015 en 2019.L'agriculture continue de baisser, avec 801 créations, contre 1.107 en 2021 et 923 en 2019. Le nombre net d'exploitations continue de baisser dans le pays.La transformation de notre économie sera un processus lent. Mais certains signes encourageants sont présents. Le secteur primaire (production agricole) souffre. Il doit encore se transformer en Flandres et devenir plus rentable en Wallonie. Le secteur secondaire (industrie) doit se renforcer, en respectant les normes européennes et, vu les coûts salariaux en Belgique, se robotiser et créer beaucoup de valeur ajoutée. Le tertiaire (les services) reste le plus gros secteur. C'est logique, mais ne se justifie que s'il parvient lui-aussi à créer suffisamment de valeur ajoutée.Et la création de valeur ajoutée est un souci majeur de notre économie. 1 entreprise sur 7 a mangé tous ses capitaux propres et a donc une solvabilité négative. 1 sur 5 a un cashflow négatif (référence 2020). Les fournisseurs qui continuent à donner du crédit commercial à ces entreprises se mettent directement en danger, ce qui peut avoir un effet de réaction en chaîne dévastateur.Nos expériences de paiements sont assez révélatrices à ce sujet : aujourd'hui, seulement 31% du montant des factures B2B est payé dans les délais convenus et 18,50% de ces montants ne sont toujours pas réglés 90 jours après leur échéance.Dans notre contexte de pression sur les marges, un credit management rigoureux sera clé en 2023