C'est une enquête menée deux fois par an par la Fevia, la Fédération de l'industrie alimentaire, auprès de ses membres. Avec, chaque fois, une partie consacrée à un thème d'actualité. Dans son coup de sonde du mois dernier, qui livre aujourd'hui ses résultats, l'association a décidé d'interroger ses entreprises-membres sur leurs coûts de production, leurs prix et la disponibilité de leurs matières premières. Un sujet brûlant! La Fevia avait en effet déjà reçu plusieurs retours de fabricants pointant une augmentation de leurs coûts depuis le début de la crise. Elle a donc voulu objectiver la situation.
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C'est une enquête menée deux fois par an par la Fevia, la Fédération de l'industrie alimentaire, auprès de ses membres. Avec, chaque fois, une partie consacrée à un thème d'actualité. Dans son coup de sonde du mois dernier, qui livre aujourd'hui ses résultats, l'association a décidé d'interroger ses entreprises-membres sur leurs coûts de production, leurs prix et la disponibilité de leurs matières premières. Un sujet brûlant! La Fevia avait en effet déjà reçu plusieurs retours de fabricants pointant une augmentation de leurs coûts depuis le début de la crise. Elle a donc voulu objectiver la situation. "Nous n'avons pas été surpris par les réponses, explique Carole Dembour, économiste au sein de la Fédération. Mais l'ampleur du problème dépasse ce à quoi on s'attendait." Pas moins de 95% des répondants indiquent ainsi subir des hausses de coûts. "C'est vraiment un problème actuel, insiste notre interlocutrice. La moitié des répondants affirment que leur niveau de rentabilité est moins bon aujourd'hui qu'à la fin de l'année dernière, et qu'ils s'attendent encore à une détérioration dans les six prochains mois." Cinquante pour cent des répondants déclarent par ailleurs subir des problèmes d'approvisionnement. Il peut soit s'agir de pénuries de certaines matières premières comme les arômes, les huiles, l'inuline ou encore le dextrose, soit de délais de livraison fortement rallongés. Les deux phénomènes sont évidemment liés. C'est en raison des pénuries que les prix augmentent. "Tout le monde veut les mêmes produits en même temps", relève Carole Dembour. La pénurie de certaines matières premières agricoles s'explique notamment par la météo. "Aux Etats-Unis, par exemple, une vague de sécheresse a impacté la production de blé, de maïs, etc. Parallèlement, la réouverture de l'horeca dans une série de pays a accru fortement la demande. L'offre qui diminue, la demande qui augmente. Voilà pourquoi le prix des matières premières alimentaires a explosé." Mais il n'y a pas que le prix des ingrédients qui a augmenté. Celui des emballages (carton, aluminium, plastique) est lui aussi monté en flèche. "On a constaté un changement dans les habitudes de consommation, explique l'économiste. L'e-commerce s'est aussi fortement développé dans le secteur alimentaire. Et il nécessite beaucoup plus d'emballages que la vente traditionnelle. Cela joue évidemment sur les prix, sans compter qu'avec la crise, des usines ont été à l'arrêt dans certaines parties du monde. Relancer la machine prend du temps. L'offre ne suit pas." D'après l'enquête, les répondants pointent aussi une augmentation des coûts du transport. "La crise a chamboulé toute l'organisation, explique notre interlocutrice. Les navires n'étaient pas aux bons endroits, parfois vides là où ils devaient normalement repartir à plein. Or, lorsque vous devez affréter un navire à moitié rempli, le prix du container explose. Sur les routes maritimes Shanghai-Europe, par exemple, le prix des containers a plus que triplé!" L'économiste de la Fevia insiste: il ne s'agit pas d'une petite augmentation des prix. "Ils ont littéralement explosé, dit-elle. L'offre et la demande sont vraiment en déséquilibre total. Si vous prenez les prix de l'aluminium, on est à +70%. Les huiles, c'est +120% en un an. Du jamais vu! Les prix chez les producteurs des emballages en plastique en Belgique ont quant à eux atteint leur plus haut niveau depuis plus de 10 ans." Le gros problème, d'après la Fevia, c'est que toutes ces augmentations ne peuvent être répercutées. "Avec la grande distribution, nos entreprises travaillent sur base de contrats annuels, rappelle Carole Dembour. Elles sont donc tenues d'absorber elles-même les coûts, ce qui va poser d'importants problèmes dans les prochains mois." De fait, la moitié des répondants à l'enquête indiquent qu'ils ne pourront pas du tout répercuter ces hausses de prix. Et si l'autre moitié affirme pouvoir le faire, c'est en (petite) partie seulement. "Nos entreprises sont prises entre le marteau et l'enclume, affirme Bart Buysse, CEO de la Fevia. D'un côté, leurs fournisseurs qui invoquent la force majeure pour motiver l'augmentation de leurs prix. De l'autre, la grande distribution dont les contrats annuels ne prévoient absolument pas de telles hausses, même s'ils laissent place à de petites augmentations de prix." La Fédération a même reçu des témoignages de certains membres expliquant que certains grands distributeurs avaient tendance à minimiser ces augmentations de coûts, voire à mettre la pression sur les prix, exigeant des diminutions. "Nous leur demandons une certaine flexibilité, explique le responsable. A tout le moins, de l'attention par rapport à cette problématique. Nous aimerions que les grandes enseignes prennent en compte, dans la mesure du possible, ces augmentations de prix afin de bien partager l'impact sur toute la chaîne. Cela pèse sur la rentabilité de nos entreprises. Si cela continue, cela se répercutera sur le chiffre d'affaires, sur les investissements et sur l'emploi dans le secteur." L'association a déjà abordé cette problématique au sein de l'organe de concertation de la chaîne, qui regroupe les organisations agricoles, l'industrie alimentaire et le retail. "On nous a écoutés, nous allons voir ce qu'il en ressort, poursuit Bart Buysse. L'idéal serait de pouvoir donner un signal général à tous les intervenants." "L'objectif est que chacun fasse sa part de l'effort, et que ces augmentations de prix ne soient pas prises en compte par un seul maillon, appuie Carole Dembour. Mettre en danger et squeezer un maillon au sein de la chaîne, ce n'est bon pour personne." Aucune des chaînes de grande distribution que nous avons contactées n'a souhaité réagir. Du côté de Comeos, la Fédération du commerce et des services, on explique "essayer de faire en sorte que l'inflation dans les magasins soit toujours inférieure à l'inflation générale". "Il est certain qu'en cette période d'incertitude, ce n'est pas le moment de commencer à bombarder les consommateurs d'augmentations de prix", réagit l'association. Qui ajoute: "N'oubliez pas que les supermarchés eux-mêmes sont confrontés à des augmentations de coûts pour leurs propres marques."