À Dubaï, une bouteille de Westvleteren a été repérée à 300 dollars. En Belgique, nous n'en sommes pas encore là, même si son prix peut atteindre 15 euros dans un établissement Horeca.
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À Dubaï, une bouteille de Westvleteren a été repérée à 300 dollars. En Belgique, nous n'en sommes pas encore là, même si son prix peut atteindre 15 euros dans un établissement Horeca.Pourtant, la bière trappiste est soumise à une interdiction de revente. Il est en effet interdit de revendre des bouteilles (à prix d'or) dans l'Horeca. Les particuliers ont la possibilité d'en commander pour leur consommation personnelle et doivent ensuite passer la chercher à l'abbaye. Le prix déboursé (pour un casier de 24) varie entre 35 euros (la blonde, plus légère à 5,8%) et 45 euros (la brune à 10,2%).Deux fois par moisUne procédure de réservation téléphonique a été instaurée en 2005. Les clients pouvaient appeler l'abbaye à des heures bien définies pour passer leur commande. "Ce système devait être revu", explique le père abbé Manu Van Hecke. "Le téléphone à bière causait beaucoup de stress aux personnes chargées de la vente et le mécontentement des clients en raison des temps d'attente parfois longs au téléphone.""Des acheteurs malhonnêtes monopolisent aujourd'hui la ligne", regrette Jos Vermeulen, qui travaille comme bénévole à l'abbaye. "Ils sont capables de lancer un appel par seconde. Le consommateur moyen ne parvient plus à nous joindre."C'est pourquoi l'abbaye s'est résignée à une innovation drastique. La vente se fera désormais par voie numérique. Deux mercredis par mois, le site web sera accessible au consommateur qui pourra acheter sa bière préférée (deux bacs maximum par personne et par commande) et en prendre ensuite livraison à l'abbaye. Il devra s'inscrire, communiquer le numéro de sa plaque d'immatriculation et payer par voie électronique. "Les étrangers pourront aussi se procurer notre bière plus facilement avec obligation pour ceux d'entre eux qui utilisent une voiture de location de faire enregistrer leur plaque 24 heures à l'avance."Salle d'attente intelligenteL'abbaye espère que ce nouveau système lui permettra d'avoir un meilleur contrôle sur ses ventes. "Dorénavant, nous serons dans une position beaucoup plus forte par rapport aux dérives commerciales", estime Jos Vermeulen. "Par leur commande et leur inscription en ligne, les clients approuveront explicitement nos conditions d'achat. Autrement dit, ils ne pourront acheter notre bière que pour leur consommation personnelle. La revente est interdite. La traçabilité de l'ensemble du processus sera assurée, de la salle de brassage jusqu'à l'achat." Chaque brassin portera un numéro de lot unique. "Le site web ne sera pas accessible aux professionnels", souligne le père abbé Manu Van Hecke. "Nous voulons qu'un maximum d'amateurs puissent acheter notre bière trappiste au juste prix."Par ailleurs, le site web surveillera les clients de manière intelligente. "C'est ce que nous appelons notre salle d'attente intelligente qui donnera la priorité aux clients moins réguliers", poursuit Jos Vermeulen.Rythme monastiqueSi la demande dépasse l'offre, la production n'augmente pas pour autant. "Nous produisons 6.000 hectolitres par an", précise Jos Vermeulen. "Je ne sais pas dans quelle mesure la demande potentielle est importante.""Ou si nous devons augmenter notre capacité de production ? Nous y avons déjà réfléchi", ajoute le père abbé Manu Van Hecke. "La production a déjà augmenté. En 2005, elle était de 4.500 hectolitres. Mais elle suit notre calendrier monastique. Les frères participent à la production, mais seulement en fonction du rythme de la vie monastique. La logique économique se plie donc à notre tempo." Une année civile compte à peine 42 jours de brassage. D'un point de vue purement économique, cette sous-exploitation est une aberration.Il s'écoule environ seize semaines avant la mise en vente de la bouteille. Frère Benoît est le maître brasseur, tandis que le brasseur Joris veille au contrôle de la qualité. La nouvelle application numérique améliore également la logistique : la gestion des stocks est désormais entièrement intégrée et automatisée. Ces dernières années, des investissements ont été réalisés dans une nouvelle usine d'embouteillage et une seconde fermentation.La numérisation a été développée par la société brugeoise Duo, tandis que le système de paiement électronique est l'oeuvre d'Ingenico ePayments.Traduction : virginie·dupont·sprl