Jean-Paul Van Avermaet, CEO de bpost, faisait déjà l'objet de critiques depuis un certain temps. En tant que directeur de G4S, une entreprise spécialisée en sécurité, il avait déjà fait l'objet d'une enquête sur des allégations d'abus de prix. Cette enquête a débuté l'été dernier. Jean-Paul Van Avermaet pouvait rester, s'il s'engageait à faire preuve de davantage de transparence envers le conseil d'administration. La semaine passée, ce conseil d'administration expliquait n'avoir jamais obtenu cette transparence. Entre-temps, plusieurs cadres ont quitté l'entreprise et la semaine dernière, bpost a également dû publier des résultats décevants, alors qu'elle est active sur un marché en plein essor. Son action s'est effondrée. Le week-end dernier, le gouvernement, principal actionnaire de bpost, en a eu assez. Jean-Paul Van Avermaet a été contraint de démissionner.

Les dirigeants des entreprises publiques ont-ils une belle-mère politique qui porterait la culotte ?

Un nouveau cadre juridique a en tout cas été mis en place il y a quelques années pour garantir l'indépendance de la direction des entreprises publiques. Selon les dirigeants des entreprises publiques, il s'agit d'une bonne décision, car elle évite que le gouvernement n'interfère dans le fonctionnement opérationnel.

Les directeurs des entreprises publiques n'évoluent pas dans le même monde que les PDG du secteur privé. "La visibilité est bien plus importante", explique Johnny Thijs, CEO de bpost de 2002 à 2013. "De nombreuses parties prenantes suivent de près ce qui se passe au sein de bpost, Proximus et de la SNCB. Il faut également rendre des comptes régulièrement au Parlement. Cette visibilité engendre une certaine pression."

Koen Van Gerven, alors qu'il était le CEO de bpost., belgaimage
Koen Van Gerven, alors qu'il était le CEO de bpost. © belgaimage

Surtout si l'entreprise publique en question est cotée en bourse, comme bpost et Proximus. "La bourse place toutes vos activités sous la loupe", ajoute Koen Van Gerven, ancien CEO de bpost. "Dans le cas d'une entreprise publique, l'équilibre entre la transparence requise en bourse et l'influence politique est également lié à l'esprit du temps. Lorsque CVC est arrivé en tant qu'acteur privé il y a vingt ans, un esprit de libéralisation du marché prévalait, stimulé par l'Europe. La crise sanitaire a bouleversé la situation au niveau politique. Aujourd'hui, de plus en plus de voix s'élèvent en faveur d'un gouvernement fournisseur de services publics de qualité."

Selon Ivan Van De Cloot, économiste, cette évolution n'est pas souhaitable. Celui-ci a récemment publié l'ouvrage Overheid + Markt au sujet du rôle du gouvernement dans l'économie : "La bonne gouvernance dans une entreprise publique requiert que les politiques restent à l'écart des décisions opérationnelles. Les problèmes surviennent parce que le gouvernement porte plusieurs casquettes. Il doit agir dans l'intérêt général, mais aussi un actionnaire. Il est à la fois législateur et contractant. Dans le cas de Proximus, il veille à ce que les prix soient le plus bas possible pour les consommateurs, mais il a aussi envie de maximiser ses dividendes. Ces conflits d'intérêts ont une influence sur le conseil d'administration."

Selon Ivan Van De Cloot, les directeurs sont également confrontés à une scène politique dont les intentions et remarques ne sont pas toujours claires. Les politiques ne sont pas toujours d'accord quant au rôle que l'entreprise publique doit jouer. Par exemple, le gouvernement belge essaie de conclure un nouveau contrat de gestion avec la SNCB depuis 2012. "Chez bpost aussi, on constate une collusion entre son rôle de prestataire de services publics et celui d'acteur commercial sur le marché postal", ajoute l'économiste. "Tant que l'entreprise n'est pas entièrement privatisée et qu'elle ne fonctionne pas selon une logique uniquement commerciale, ce problème ne sera jamais résolu."

Politisation des intérêts

En d'autres termes, le conseil d'administration des entreprises publiques est un club politisé, ce qui ne va pas souvent de pair avec la mise en place d'une bonne stratégie. Mais ce n'est pas toujours le cas. Johnny Thijs avait initialement reçu le soutien des services postaux pour sa transformation, par exemple. "En soi, ce n'est pas un problème que la moitié des membres du conseil d'administration soient nommés pour des raisons politiques", explique-t-il. "Toutefois, le gouvernement devrait réfléchir davantage aux qualités d'un conseil d'entreprise. Il nommerait alors des administrateurs plus qualifiés et plus efficaces."

Johnny Thijs souligne que les administrateurs étaient en partie responsables des décisions stratégiques, comme l'acquisition de Radial ou le choix de laisser Jean-Paul Van Avermaet en poste depuis six mois. "Je pense que le conseil d'administration devrait se regarder dans le miroir et se demander ce qu'il a fait de mal", déclare-t-il.

Fardeau social

L'agenda politique fait-il obstacle aux choix stratégiques ? Parfois. "Même dans une entreprise publique, le conseil d'administration doit représenter les intérêts de l'entreprise", nuance Johnny Thijs. "Je n'ai jamais été confronté à un conflit majeur au sujet de la stratégie, car toutes les personnes impliquées étaient d'accord avec le processus de transformation. Je ne vois pas pourquoi cela ne pourrait plus être le cas. Le processus de changement visant à maintenir la compétitivité de cette entreprise ne s'arrête jamais."

Johnny Thijs, belgaimage
Johnny Thijs © belgaimage

Le double agenda de l'actionnaire public est aussi visible chez bpost que parmi le personnel. La hausse des frais de personnel joue un rôle important dans les résultats décevants de bpost. Les politiques considèrent parfois les entreprises publiques comme des machines à création d'emploi. Dans notre pays, les indépendants ne sont pas autorisés à distribuer le courrier. En conséquence, le nombre d'équivalents temps plein augmente à nouveau chez bpost, après plusieurs années de baisse. "Bpost se retrouve donc avec un handicap structurel et croissant par rapport à ses concurrents", déclare Koen Van Gerven.

La réduction du nombre de bureaux de poste est également un bel exemple de cette situation. "Dans ce pays, les vraies questions ne reçoivent jamais l'attention qu'elles méritent" déclare Ivan Van De Cloot. "Quels services universels désirons-nous ? Est-ce du ressort de bpost ? Ou devrions-nous plutôt laisser à cette entreprise la possibilité de se développer en tant qu'acteur sur le marché postal ?

"Le débat sur les services publics évolue", ajoute Koen Van Gerven. "Aux Pays-Bas, au Danemark et en Suède, il n'y a plus de bureaux de poste. En Belgique, ces changements sont lents. Ce sont des choix qui ont un agenda social. Je n'y vois pas d'inconvénient, mais si bpost n'avait pas été une entreprise publique, les bureaux de poste auraient été fermés depuis longtemps."

Politique de dividendes

Un des sujets qui reviennent le plus souvent dans les discussions au sujet des entreprises publiques est la politique des dividendes. Pendant longtemps, le gouvernement a utilisé les généreux dividendes de Belfius, Proximus et bpost pour combler les trous dans son budget. "Le directeur d'une entreprise publique doit savoir que l'agenda politique n'est pas toujours en phase avec les ambitions logiques de l'entreprise", déclare Koen Van Gerven. "À cet égard, j'ai été témoin du meilleur et du pire. Johan Vande Lanotte a joué un rôle crucial dans la transformation avec l'arrivée de CVC. Et Alexander De Croo a soutenu politiquement les plans au sujet de PostNL. D'autre part, il y a les commérages de Jean-Pascal Labille (PS) sur les salaires de Johnny Thijs. Et, plus récemment, les discussions sur une rémunération correcte du conseil d'administration. Il en résulte un conseil d'administration affaibli, qui n'a fait que prouver son incompétence au cours des derniers mois."

Jean-Paul Van Avermaet, CEO de bpost, faisait déjà l'objet de critiques depuis un certain temps. En tant que directeur de G4S, une entreprise spécialisée en sécurité, il avait déjà fait l'objet d'une enquête sur des allégations d'abus de prix. Cette enquête a débuté l'été dernier. Jean-Paul Van Avermaet pouvait rester, s'il s'engageait à faire preuve de davantage de transparence envers le conseil d'administration. La semaine passée, ce conseil d'administration expliquait n'avoir jamais obtenu cette transparence. Entre-temps, plusieurs cadres ont quitté l'entreprise et la semaine dernière, bpost a également dû publier des résultats décevants, alors qu'elle est active sur un marché en plein essor. Son action s'est effondrée. Le week-end dernier, le gouvernement, principal actionnaire de bpost, en a eu assez. Jean-Paul Van Avermaet a été contraint de démissionner.Les dirigeants des entreprises publiques ont-ils une belle-mère politique qui porterait la culotte ?Un nouveau cadre juridique a en tout cas été mis en place il y a quelques années pour garantir l'indépendance de la direction des entreprises publiques. Selon les dirigeants des entreprises publiques, il s'agit d'une bonne décision, car elle évite que le gouvernement n'interfère dans le fonctionnement opérationnel.Les directeurs des entreprises publiques n'évoluent pas dans le même monde que les PDG du secteur privé. "La visibilité est bien plus importante", explique Johnny Thijs, CEO de bpost de 2002 à 2013. "De nombreuses parties prenantes suivent de près ce qui se passe au sein de bpost, Proximus et de la SNCB. Il faut également rendre des comptes régulièrement au Parlement. Cette visibilité engendre une certaine pression."Surtout si l'entreprise publique en question est cotée en bourse, comme bpost et Proximus. "La bourse place toutes vos activités sous la loupe", ajoute Koen Van Gerven, ancien CEO de bpost. "Dans le cas d'une entreprise publique, l'équilibre entre la transparence requise en bourse et l'influence politique est également lié à l'esprit du temps. Lorsque CVC est arrivé en tant qu'acteur privé il y a vingt ans, un esprit de libéralisation du marché prévalait, stimulé par l'Europe. La crise sanitaire a bouleversé la situation au niveau politique. Aujourd'hui, de plus en plus de voix s'élèvent en faveur d'un gouvernement fournisseur de services publics de qualité."Selon Ivan Van De Cloot, économiste, cette évolution n'est pas souhaitable. Celui-ci a récemment publié l'ouvrage Overheid + Markt au sujet du rôle du gouvernement dans l'économie : "La bonne gouvernance dans une entreprise publique requiert que les politiques restent à l'écart des décisions opérationnelles. Les problèmes surviennent parce que le gouvernement porte plusieurs casquettes. Il doit agir dans l'intérêt général, mais aussi un actionnaire. Il est à la fois législateur et contractant. Dans le cas de Proximus, il veille à ce que les prix soient le plus bas possible pour les consommateurs, mais il a aussi envie de maximiser ses dividendes. Ces conflits d'intérêts ont une influence sur le conseil d'administration."Selon Ivan Van De Cloot, les directeurs sont également confrontés à une scène politique dont les intentions et remarques ne sont pas toujours claires. Les politiques ne sont pas toujours d'accord quant au rôle que l'entreprise publique doit jouer. Par exemple, le gouvernement belge essaie de conclure un nouveau contrat de gestion avec la SNCB depuis 2012. "Chez bpost aussi, on constate une collusion entre son rôle de prestataire de services publics et celui d'acteur commercial sur le marché postal", ajoute l'économiste. "Tant que l'entreprise n'est pas entièrement privatisée et qu'elle ne fonctionne pas selon une logique uniquement commerciale, ce problème ne sera jamais résolu." Politisation des intérêtsEn d'autres termes, le conseil d'administration des entreprises publiques est un club politisé, ce qui ne va pas souvent de pair avec la mise en place d'une bonne stratégie. Mais ce n'est pas toujours le cas. Johnny Thijs avait initialement reçu le soutien des services postaux pour sa transformation, par exemple. "En soi, ce n'est pas un problème que la moitié des membres du conseil d'administration soient nommés pour des raisons politiques", explique-t-il. "Toutefois, le gouvernement devrait réfléchir davantage aux qualités d'un conseil d'entreprise. Il nommerait alors des administrateurs plus qualifiés et plus efficaces."Johnny Thijs souligne que les administrateurs étaient en partie responsables des décisions stratégiques, comme l'acquisition de Radial ou le choix de laisser Jean-Paul Van Avermaet en poste depuis six mois. "Je pense que le conseil d'administration devrait se regarder dans le miroir et se demander ce qu'il a fait de mal", déclare-t-il.Fardeau socialL'agenda politique fait-il obstacle aux choix stratégiques ? Parfois. "Même dans une entreprise publique, le conseil d'administration doit représenter les intérêts de l'entreprise", nuance Johnny Thijs. "Je n'ai jamais été confronté à un conflit majeur au sujet de la stratégie, car toutes les personnes impliquées étaient d'accord avec le processus de transformation. Je ne vois pas pourquoi cela ne pourrait plus être le cas. Le processus de changement visant à maintenir la compétitivité de cette entreprise ne s'arrête jamais."Le double agenda de l'actionnaire public est aussi visible chez bpost que parmi le personnel. La hausse des frais de personnel joue un rôle important dans les résultats décevants de bpost. Les politiques considèrent parfois les entreprises publiques comme des machines à création d'emploi. Dans notre pays, les indépendants ne sont pas autorisés à distribuer le courrier. En conséquence, le nombre d'équivalents temps plein augmente à nouveau chez bpost, après plusieurs années de baisse. "Bpost se retrouve donc avec un handicap structurel et croissant par rapport à ses concurrents", déclare Koen Van Gerven.La réduction du nombre de bureaux de poste est également un bel exemple de cette situation. "Dans ce pays, les vraies questions ne reçoivent jamais l'attention qu'elles méritent" déclare Ivan Van De Cloot. "Quels services universels désirons-nous ? Est-ce du ressort de bpost ? Ou devrions-nous plutôt laisser à cette entreprise la possibilité de se développer en tant qu'acteur sur le marché postal ?"Le débat sur les services publics évolue", ajoute Koen Van Gerven. "Aux Pays-Bas, au Danemark et en Suède, il n'y a plus de bureaux de poste. En Belgique, ces changements sont lents. Ce sont des choix qui ont un agenda social. Je n'y vois pas d'inconvénient, mais si bpost n'avait pas été une entreprise publique, les bureaux de poste auraient été fermés depuis longtemps."Politique de dividendesUn des sujets qui reviennent le plus souvent dans les discussions au sujet des entreprises publiques est la politique des dividendes. Pendant longtemps, le gouvernement a utilisé les généreux dividendes de Belfius, Proximus et bpost pour combler les trous dans son budget. "Le directeur d'une entreprise publique doit savoir que l'agenda politique n'est pas toujours en phase avec les ambitions logiques de l'entreprise", déclare Koen Van Gerven. "À cet égard, j'ai été témoin du meilleur et du pire. Johan Vande Lanotte a joué un rôle crucial dans la transformation avec l'arrivée de CVC. Et Alexander De Croo a soutenu politiquement les plans au sujet de PostNL. D'autre part, il y a les commérages de Jean-Pascal Labille (PS) sur les salaires de Johnny Thijs. Et, plus récemment, les discussions sur une rémunération correcte du conseil d'administration. Il en résulte un conseil d'administration affaibli, qui n'a fait que prouver son incompétence au cours des derniers mois."