A bas l'ABS

72 milliards
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Mort annoncée : 2030. Alors, les briques Lego n'existeront plus. Du moins, telles que nous les connaissons, telles qu'elles ont amusé des générations, c'est-à-dire moulées dans l'ABS, de son vrai nom (attention, ça pique les yeux) acrylonitrile-butadiène-styrène. Pourquoi ? Car, comme d'autres plastiques, le papa de l'ABS, c'est le pétrole. Et ça, Lego Group ne cautionne pas - ou plutôt plus. " Les briques Lego ont un impact positif, par la créativité du jeu ", déclarait en avril dernier Tim Brooks, vice président de l'environmental responsibility du géant danois. " Mais nous voulons faire plus. Nous voulons laisser un impact positif sur la planète dont hériteront nos enfants. " Concrètement, le numéro 2 mondial du jouet promet de réduire son " empreinte écologique et sociale " et de n'utiliser à terme que des " matériaux durables " dans la production de ses produits phare et de son packaging, responsables de 45 % de ses émissions de CO2. " Durable ", aujourd'hui, cela peut vouloir dire tout et son contraire. Souhaite-t-on créer une brique recyclable ? Recyclée ? Ou peut-être un emballage renouvelable, soit essentiellement issu de matières premières renouvelées aussi vite qu'elles sont consommées ? Pour Lego, il s'agit d'explorer plusieurs solutions à la fois : le groupe jongle entre matériaux recyclés, une certification FSC sur 100 % des papiers et cartons employés, preuve de sa participation à un management raisonné des forêts, et surtout, le développement de plastiques d'origine végétale. Piste privilégiée pour le futur plastique parfait : les déchets agricoles, par exemple les tiges de maïs que personne ne mange. Pour atteindre ses ambitions, Lego lance un tout nouveau Sustainable Materials Centre. Le pitch : innovation, partenariat et collaboration, tant avec des fournisseurs que des universités. Dès 2017, une centaine d'experts spécialement recrutés rejoindront les équipes déjà en quête de plastiques durables au siège, à Billund, au Danemark. Investissement total : 1 milliard de couronnes danoises, un peu moins de 134.400.000 euros. Cette team de choc devra trouver une substance aussi solide que l'ABS, compatible avec les anciennes pièces Lego et conforme aux standards de sécurité. Et, avant tout, un matériau qui ne se déforme ni ne se décolore avec le temps. Début 2014 se murmurait ainsi que l'acide polylactique pouvait détrôner l'ABS, mais les chercheurs ont vite remarqué que les " bio-briques " ne s'emboîtaient plus correctement après quelques semaines. Bref, un sacré challenge. C'est sympa d'avoir des jouets à base de plantes, mais s'il faut des monstres de pétrole pour les acheminer, le projet perd de sa superbe. Surtout que, sur les 1.138.187 de tonnes de CO2 émises chaque année par Lego, 10 % seulement sont la conséquence directe des énergies fossiles brûlées dans les usines et de l'électricité consommée par ses bureaux et ses magasins. Les 90 % restants sont " indirectement liés " à l'activité, c'est-à-dire principalement issus des achats de matériaux et de machines, de la distribution et du transport. Heureusement, Lego a pensé à tout : l'année passée, 30 fournisseurs-clés ont été mobilisés pour réduire leurs émissions de CO2. Depuis, se félicite le groupe, de nouveaux camions moins gourmands en carburant sillonnent les routes. Une initiative parmi tant d'autres chez Lego, qui multiplie les projets pour cimenter son éco-responsabilité : la danoise dépense 400 millions d'euros pour un parc éolien offshore au nord de l'Allemagne, diminue le volume de ses emballages, participe à la création du label WindMade destiné aux produits consommant minimum 75 % d'énergie renouvelable lors de leur fabrication, ou encore fait ami-ami avec le WWF. Bref, le partenariat Lego-Shell, né pendant les années 1960 et démantelé sous la pression d'une vidéo virale réalisée par Greenpeace, n'est désormais plus qu'un lointain souvenir. Par Chloé Glad