Des capitaines d'entreprise qui se proclament "entrepreneurs dans l'âme", vous pouvez en croiser beaucoup. Mais bien rares sont ceux qui joignent l'action au discours de manière aussi frappante que François Blondel. A une carrière toute tracée chez Petrofina, à l'époque premier groupe industriel belge, il a en effet préféré, à la fin du siècle dernier, les aléas du pilotage d'une petite société basée à Seneffe et qui n'avait encore aucun produit sur le marché. "C'était peut-être un risque considérable (il était alors le père de quatre jeunes enfants, Ndlr), on m'a parfois pris pour un fou mais je n'ai jamais regretté cette décision, raconte-t-il. J'avais en moi, chevillée au corps, l'envie d'entreprendre."
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Des capitaines d'entreprise qui se proclament "entrepreneurs dans l'âme", vous pouvez en croiser beaucoup. Mais bien rares sont ceux qui joignent l'action au discours de manière aussi frappante que François Blondel. A une carrière toute tracée chez Petrofina, à l'époque premier groupe industriel belge, il a en effet préféré, à la fin du siècle dernier, les aléas du pilotage d'une petite société basée à Seneffe et qui n'avait encore aucun produit sur le marché. "C'était peut-être un risque considérable (il était alors le père de quatre jeunes enfants, Ndlr), on m'a parfois pris pour un fou mais je n'ai jamais regretté cette décision, raconte-t-il. J'avais en moi, chevillée au corps, l'envie d'entreprendre." Après 10 ans passés chez Petrofina, où il avait notamment acquis une magnifique expérience de plusieurs années au Texas, François Blondel a donc remis sa démission pour rejoindre ce que l'on n'appelait pas encore une start-up. IBt employait alors une dizaine de personnes et ambitionnait de développer des implants radioactifs, utilisés dans le traitement du cancer de la prostate. C'est Philippe Janssens (expert de l'Awex) qui l'avait mis en contact avec les scientifiques à l'origine du projet IBt. "Sans s'en rendre compte, il m'a bien aidé à effectuer le grand saut", confie François Blondel, qui a encore collaboré avec Philippe Janssens notamment chez Celyad (à l'époque Cardio 3) et Nanocyl. "J'ai tout connu chez IBt, poursuit notre interlocuteur. La R&D, bien sûr, mais aussi, après le lancement du produit, la croissance de l'entreprise, le virage industriel, les ventes, la création de filiales, la cotation en Bourse, etc. Ce fut vraiment une période exceptionnelle." De cette aventure, il conserve des liens avec des personnalités comme Jean Stéphenne, Jean-Pierre Delwart (ex-Eurogentec) ou Herman Wielfaert (Crea Fund) qui furent administrateurs d'IBt et sont toujours actifs dans le monde des sciences du vivant. L'histoire s'est terminée 10 ans plus tard par une tumultueuse prise de contrôle de l'entreprise par la société allemande Eckert & Ziegler. François Blondel aurait pu en ressortir marri. Mais l'homme préfère regarder de l'avant. "Cette prise de contrôle fut presqu'une bénédiction pour moi, concède-t-il. Sans cela, je n'aurais pas vécu ma troisième vie professionnelle. Dans le parcours d'un entrepreneur, il y a tellement d'embûches que si vous n'êtes pas profondément enthousiaste et optimiste - ce qui ne veut pas dire naïf - vous n'avez aucune chance." La troisième vie professionnelle de François Blondel aurait pu être celle d'un consultant et administrateur de sociétés, soucieux de partager largement son expérience des affaires. On le retrouve alors chez Bois Sauvage, Recticel et d'autres. "Très vite, je me rends compte que je me suis trompé, dit-il. Conseiller ne me convient pas, je veux être dans l'action, aux manettes et voir les résultats." C'est ainsi qu'il reproduira en quelque sorte l'aventure IBt en réinvestissant la valeur créée par cette société dans d'autres projets entrepreneuriaux dans le domaine des sciences du vivant en Wallonie. Quand il passe en revue ses différents projets, François Blondel ne s'attarde pas sur l'innovation scientifique, sur la découverte ou sur le produit. Mais sur les personnes. "J'investis au gré de mes rencontres, insiste-t-il. Une vie professionnelle vaut avant tout par ceux que nous rencontrons. Cette interaction humaine, c'est la découverte, le partage, la solidarité. L'équipe, c'est la clé d'une réussite entrepreneuriale. Il faut que la chimie humaine agisse. Si vous avez la bonne équipe, vous réussirez quelque chose, même avec un produit ou un service assez moyen. En revanche, sans la bonne équipe, même le meilleur des produits ne fonctionnera pas." La rencontre avec Jean-Pol Detiffe a donné OncoDNA ; celle avec Carl Mestdagh, Kitozyme, celle avec Houtaï Choumane, KiOmed ; celle avec Cédric Szpirer, Delphi Genetics. Les rencontres débordent même du cadre strict de la santé puisque François Blondel a investi dans la protection incendie (Incendin et Ubiteq) avec Saïd Rachidi, un jeune chimiste croisé au centre de recherche Certech ou plus récemment dans le site d'e-commerce de produits sains Kazidomi avec Emna Everard. "Ne dites pas que je suis un business angel, je n'aime pas trop cet angélisme, précise François Blondel. Je suis un entrepreneur. Investir dans des PME requiert une forte implication, au quotidien ou presque." L'histoire ne devrait pas s'arrêter de sitôt puisque la plus-value générée par la vente de Delphi Genetics au groupe Catalent (en février 2021 pour 55 millions de dollars) devrait être réinvestie, enclenchant ainsi "une spirale vertueuse pour le tissu économique régional". La volonté de rendre à son pays et à sa région est manifeste chez François Blondel. Sa passion entrepreneuriale, il essaie de la partager en s'impliquant aussi dans des instances comme YPO (Young President Organisation) ou "40 under 40". "Je retrouve chez ces jeunes entrepreneurs l'enthousiasme et la curiosité qui m'ont toujours animé, dit-il. La place de l'esprit d'entreprendre est incomparable avec ce que nous connaissions il y a 20 ans. Aujourd'hui, développer une start-up, cela fait partie du rêve de beaucoup et c'est une excellente chose." Dans ces cénacles, il côtoie des gens comme Pierre Marcolini, Christophe Gilain (TPF), Paul Haelterman (Carlsberg imports), Dominique Leroy (Deutsche Telekom), François Mairlot (Magetra), José Zurstrassen (M80), Philippe Van Damme (Argifral), Laurent Levaux (Aviapartner, Sogepa), Julien Compère (FN Herstal) ou Eric Everard (Easyfairs). Il conseille par ailleurs Hors Norme, le réseau de (jeunes) entrepreneuses lancé par Clémence Braun. Il s'implique aussi dans les organismes plus classiques comme l'Union wallonne des entreprises, Essencia, Biowin ou l'Awex. N'a-t-il jamais été tenté d'aller un cran plus loin et de mettre un pied dans le monde politique? "J'ai des contacts, et parfois vraiment très bons, avec des personnalités de tous bords, répond-il. Je les utilise pour faire passer des messages, rien ne remplace le contact direct. Mais la politique, ce n'est pas pour moi. J'ai un profil rassembleur." Nous n'aurons donc pas le détail de ses contacts politiques, afin de ne froisser personne... A la lecture de ce parcours, on constate que François Blondel n'est clairement pas l'homme d'un seul projet. "Il y a tant de choses à faire et comme je suis curieux de nature...", sourit-il. C'est déjà ce besoin de diversité qui, à l'université (UCLouvain), l'avait conduit à étudier les sciences économiques en parallèle de son cursus de droit. De cette époque, il conserve des liens étroits avec André-Xavier Cooreman (membre du comité de direction d'AvH) et Patrick van Ypersele (collaborateur parlementaire des Engagés, ex-cdH), avec lesquels il effectue chaque année une randonnée pédestre de plusieurs jours. Généralement en Belgique car, on ne vous l'a pas encore dit, mais François Blondel adore son pays. Il ne parle pas d'ancrage mais carrément "d'amour". "J'ai voyagé dans plus de 80 pays, j'ai fait le tour du monde sac au dos à la fin de mes études et si je dois retenir une chose, c'est l'incroyable bonheur de vivre en Belgique, conclut-il. Il faut peut-être aller loin pour en prendre conscience, mais nous vivons vraiment dans un pays de cocagne." Et s'il y avait un peu plus d'entrepreneurs en série, cela aiderait sans doute ce pays à rester aussi agréable à vivre.