S'il y a bien une qualité que l'on doit reconnaître à Philippe Delusinne, c'est d'être un lobbyiste hors pair. Le CEO de RTL Belgium a sans doute le carnet d'adresses le plus épais du royaume et il ne s'en prive pas pour satisfaire ses actionnaires. En 2017 déjà, l'homme avait réussi le tour de force de s'inviter virtuellement dans le conseil d'administration de la RTBF pour torpiller le désir de son administrateur général d'intégrer TF1 dans le portefeuille de sa régie publicitaire RMB. Mieux, il avait ensuite raflé la mise en plaçant la chaîne française dans sa propre écurie commerciale IP.
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S'il y a bien une qualité que l'on doit reconnaître à Philippe Delusinne, c'est d'être un lobbyiste hors pair. Le CEO de RTL Belgium a sans doute le carnet d'adresses le plus épais du royaume et il ne s'en prive pas pour satisfaire ses actionnaires. En 2017 déjà, l'homme avait réussi le tour de force de s'inviter virtuellement dans le conseil d'administration de la RTBF pour torpiller le désir de son administrateur général d'intégrer TF1 dans le portefeuille de sa régie publicitaire RMB. Mieux, il avait ensuite raflé la mise en plaçant la chaîne française dans sa propre écurie commerciale IP. Cet été, l'inépuisable négociateur a remis le couvert et façonné un nouvel accord dont il a le secret. Secouée par la crise du Covid-19, RTL Belgium a vu en effet ses revenus publicitaires chuter (" entre 36 et 42 millions de manque à gagner en télévision ", confie Philippe Delusinne) et le fin stratège cherche donc une nouvelle manière de préserver ses actionnaires. Son idée ? Demander l'aide financière de la Fédération Wallonie-Bruxelles en échange d'un vrai-faux cadeau de sa part : faire " revenir " en Belgique les trois chaînes de la société juridiquement établies au Luxembourg (RTL-TVI, Club RTL et Plug RTL) pour les placer sous licence belge et donc sous l'autorité du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Mais ce n'est pas vraiment une concession : la Fédération Wallonie-Bruxelles vient en effet d'adopter le décret " SMA " qui transpose, dans le droit belge, la nouvelle réglementation européenne sur les Services Médias Audiovisuels. Or, celle-ci ne laisse plus la possibilité à RTL Belgium d'échapper juridiquement au CSA vu l'implantation de ses bureaux à Bruxelles. Autrement dit, Philippe Delusinne était à terme " coincé ". Mais voilà, l'homme est rusé et il a donc réussi à négocier l'impossible : le retour pourtant inévitable de RTL Belgium dans le giron belge contre une jolie somme d'argent. Il est vrai que le CEO avait deux jokers à à faire valoir dans cette partie : le risque de nouveaux licenciements chez RTL House dus à la chute des revenus publicitaires, mais aussi la suppression éventuelle de certains rendez-vous d'information, précieuses tribunes dont le monde politique n'a pas vraiment envie de se passer... Cet audacieux marchandage permet donc aujourd'hui à Philippe Delusinne d'obtenir une aide d'Etat de 30 millions d'euros, pour autant qu'il remplisse certaines conditions : maintien de l'emploi, soutien à la création locale, étalement de l'aide sur quatre ans, interdiction de verser des dividendes aux actionnaires durant cette période, etc. Bien sûr, les autres chaînes de télévision crient au " scandale ", qu'elles soient publiques comme la RTBF et les télévisions locales, ou privée comme LN24 qui peine à remplir ses objectifs financiers en cette première année d'activité. Mais le CEO de RTL Belgium n'en a cure et s'en offusque à son tour, déplorant " des propos insultants, de la jalousie et une méconnaissance totale du dossier ". Imperturbable, Philippe Delusinne répète qu'il veut avant tout se battre pour sauvegarder l'emploi. Mais au-delà du principe, ce sont toutefois les chiffres de la société privée qui posent question. Si on décortique les comptes de RTL Belgium et de sa régie publicitaire IP, on note que les deux sociétés ont dégagé ensemble plus de 130 millions de bénéfices entre 2011 et 2018. En huit ans, RTL Belgium a même fait remonter plus de 120 millions de dividendes à ses actionnaires, sans compter ceux d'une troisième société, RTL Belux spécialisée dans les achats de programmes, qui a offert 8,5 millions de dividendes rien qu'en 2018. " La rentabilité de leur activité ne fait aucun doute jusqu'à cette année, commente Pascal Flisch, analyste chez Trends Business Information. Au vu des résultats, RTL Belgium et ses petites soeurs doivent-elles dès lors pleurer pour obtenir de l'argent des pouvoirs publics ? Je ne pense pas qu'elles en ont vraiment besoin. " Le constat est d'autant plus cinglant que le principal actionnaire, RTL Group, a dégagé un bénéfice net de 864 millions en 2019 et pourrait donc aider sa filiale sans problème. Mais Philippe Delusinne balaie cette option, estimant " qu'il n'y a rien d'impudique à demander une aide d'Etat lorsque le pluralisme des médias est en jeu " ( sic), avant de conclure : " Il faut arrêter de dire que tous nos dividendes remontent au Luxembourg ! Je rappelle que RTL Group est actionnaire de RTL Belgium à 66% et qu'Audiopresse, donc les éditeurs Rossel, IPM et Mediahuis, le sont à 34%. Ces sociétés belges tirent aussi profit de notre activité, il ne faut pas le sous-estimer. "