Le sexagénaire a reçu une équipe de l'AFP dans l'un de ses hôtels de luxe d'el-Gouna, une station balnéaire ultrachic sur la mer Rouge où il a fondé un festival international du film en 2017.

"Les entreprises détenues par l'Etat ou par l'armée ne paient ni impôts ni taxes douanières (...) Nous, par contre, on ne peut y échapper, donc la concurrence est déloyale dès le départ", assure-t-il.

"L'Etat doit avoir un rôle de régulateur et pas être un actionnaire", poursuit M. Sawiris, habitué des polémiques notamment sur Twitter où il lance régulièrement des piques contre le pouvoir. Depuis sa première élection en 2014, M. Sissi, multiplie les méga-projets de construction, notamment sa "nouvelle capitale" et une myriade de ponts, tunnels et autres voies ferrées pour doter en infrastructures le plus peuplé des pays arabes.

- "Aucune règle" -

Un secteur dans lequel est fortement impliquée l'armée, qui est aussi engagée dans la production de divers biens, des machines à laver aux pâtes alimentaires. Si aucun chiffre crédible n'existe sur le poids des militaires dans l'économie, l'armée assurait en 2019 "superviser" plus de 2.300 projets employant cinq millions de civils. Certains se font en partenariat avec de grands promoteurs immobiliers, dont Orascom construction, propriété de M. Sawiris. "Le fait que l'Etat investisse dans les infrastructures a fortement boosté l'économie", reconnaît le magnat. Mais, avertit-il, "on ne peut pas éternellement dépendre de l'Etat" pour soutenir l'économie. De plus, déplore-t-il, l'omniprésence de l'Etat "rend frileux les investisseurs étrangers".

"Moi-même, je ne réponds pas à un appel d'offre quand je sais qu'une entreprise publique se présente parce qu'alors, il n'y a plus aucune règle du jeu", assène-t-il. "Le gouvernement oublie que le secteur privé (...) emploie 90% de la main d'oeuvre. Donc il devrait s'abstenir d'entrer en compétition" avec lui, ajoute-t-il encore. De fait, depuis 2017, l'activité du secteur privé hors pétrole est restée contractée plus de quatre ans (52 mois sur 60) reflétant, selon des données recueillies par le cabinet IHS Markit, un manque de dynamisme criant.

Mais ce fils de la famille la plus riche d'Egypte a su diversifier ses activités et les élargir à l'international. Il est dans les mines d'or en Afrique et en Australie mais il a surtout bâti sa fortune dans les télécoms, en investissant dans le réseau de téléphonie mobile au Bangladesh, en Irak, au Pakistan et même... en Corée du Nord.

Sur le plan politique, Naguib Sawiris a été un fervent supporter du soulèvement qui renversa le président Hosni Moubarak en 2011.

Il a même créé cette année-là son propre parti, les Egyptiens libres. Mais si celui-ci a obtenu 65 sièges lors des législatives de 2015, il les a tous perdus après celles de 2020.

- "Et après?" -

Le multimilliardaire issu de la minorité chrétienne copte ne cache pas avoir été déçu par la génération ayant porté ce mouvement. "On a eu de grands espoirs pour la jeunesse après la révolution mais" ces jeunes "voulaient seulement renverser le régime. Et après? C'était sûr qu'il reviendrait en force", dit l'homme de 67 ans, vêtu d'un jean délavé et d'un sweat-shirt à fleurs.

Interrogé sur la situation politique actuelle en Egypte, pays régulièrement épinglé sur les droits humains, M. Sawiris lâche en souriant: "Au moins, il y a un Parlement, non? Je ne vais pas trop en dire là...".

Faute de politique, l'homme dit cultiver sa "créativité" dans l'immobilier. Et de parler d'el-Gouna, créée en 1989 par son frère Samih et devenue depuis un bastion de la minorité ultra-riche d'Egypte, pays de 102 millions d'habitants, dont un tiers de pauvres.

Pour lui, la "génération de (Mark) Zuckerberg (...) et tous ces petits jeunes en shorts qui ont gagné des milliards" ne prennent pas assez au sérieux "les entreprises traditionnelles". Mais ça ne l'empêche pas, comme eux, avoue-t-il, de regarder la série phénomène sud-coréenne Squid Game, qui reflète bien selon lui l'univers impitoyable des affaires. "Quand il faut sauver sa peau, je me choisis moi en premier", prévient-il.

Le sexagénaire a reçu une équipe de l'AFP dans l'un de ses hôtels de luxe d'el-Gouna, une station balnéaire ultrachic sur la mer Rouge où il a fondé un festival international du film en 2017. "Les entreprises détenues par l'Etat ou par l'armée ne paient ni impôts ni taxes douanières (...) Nous, par contre, on ne peut y échapper, donc la concurrence est déloyale dès le départ", assure-t-il."L'Etat doit avoir un rôle de régulateur et pas être un actionnaire", poursuit M. Sawiris, habitué des polémiques notamment sur Twitter où il lance régulièrement des piques contre le pouvoir. Depuis sa première élection en 2014, M. Sissi, multiplie les méga-projets de construction, notamment sa "nouvelle capitale" et une myriade de ponts, tunnels et autres voies ferrées pour doter en infrastructures le plus peuplé des pays arabes.Un secteur dans lequel est fortement impliquée l'armée, qui est aussi engagée dans la production de divers biens, des machines à laver aux pâtes alimentaires. Si aucun chiffre crédible n'existe sur le poids des militaires dans l'économie, l'armée assurait en 2019 "superviser" plus de 2.300 projets employant cinq millions de civils. Certains se font en partenariat avec de grands promoteurs immobiliers, dont Orascom construction, propriété de M. Sawiris. "Le fait que l'Etat investisse dans les infrastructures a fortement boosté l'économie", reconnaît le magnat. Mais, avertit-il, "on ne peut pas éternellement dépendre de l'Etat" pour soutenir l'économie. De plus, déplore-t-il, l'omniprésence de l'Etat "rend frileux les investisseurs étrangers"."Moi-même, je ne réponds pas à un appel d'offre quand je sais qu'une entreprise publique se présente parce qu'alors, il n'y a plus aucune règle du jeu", assène-t-il. "Le gouvernement oublie que le secteur privé (...) emploie 90% de la main d'oeuvre. Donc il devrait s'abstenir d'entrer en compétition" avec lui, ajoute-t-il encore. De fait, depuis 2017, l'activité du secteur privé hors pétrole est restée contractée plus de quatre ans (52 mois sur 60) reflétant, selon des données recueillies par le cabinet IHS Markit, un manque de dynamisme criant.Mais ce fils de la famille la plus riche d'Egypte a su diversifier ses activités et les élargir à l'international. Il est dans les mines d'or en Afrique et en Australie mais il a surtout bâti sa fortune dans les télécoms, en investissant dans le réseau de téléphonie mobile au Bangladesh, en Irak, au Pakistan et même... en Corée du Nord.Sur le plan politique, Naguib Sawiris a été un fervent supporter du soulèvement qui renversa le président Hosni Moubarak en 2011.Il a même créé cette année-là son propre parti, les Egyptiens libres. Mais si celui-ci a obtenu 65 sièges lors des législatives de 2015, il les a tous perdus après celles de 2020.Le multimilliardaire issu de la minorité chrétienne copte ne cache pas avoir été déçu par la génération ayant porté ce mouvement. "On a eu de grands espoirs pour la jeunesse après la révolution mais" ces jeunes "voulaient seulement renverser le régime. Et après? C'était sûr qu'il reviendrait en force", dit l'homme de 67 ans, vêtu d'un jean délavé et d'un sweat-shirt à fleurs.Interrogé sur la situation politique actuelle en Egypte, pays régulièrement épinglé sur les droits humains, M. Sawiris lâche en souriant: "Au moins, il y a un Parlement, non? Je ne vais pas trop en dire là...".Faute de politique, l'homme dit cultiver sa "créativité" dans l'immobilier. Et de parler d'el-Gouna, créée en 1989 par son frère Samih et devenue depuis un bastion de la minorité ultra-riche d'Egypte, pays de 102 millions d'habitants, dont un tiers de pauvres.Pour lui, la "génération de (Mark) Zuckerberg (...) et tous ces petits jeunes en shorts qui ont gagné des milliards" ne prennent pas assez au sérieux "les entreprises traditionnelles". Mais ça ne l'empêche pas, comme eux, avoue-t-il, de regarder la série phénomène sud-coréenne Squid Game, qui reflète bien selon lui l'univers impitoyable des affaires. "Quand il faut sauver sa peau, je me choisis moi en premier", prévient-il.