Les sociétés de leasing automobile tournent à plein régime. Selon les chiffres de Renta, la fédération belge des loueurs de véhicules, elles devraient battre un nouveau record cette année. A tel point que le secteur envisage de commander 139.000 nouveaux véhicules, soit 4 % de plus qu'en 2017. La flotte de voitures de location et de leasing devrait ainsi dépasser pour la première fois le cap des 400.000 véhicules, soit 7 % du parc automobile belge qui compte 5,75 millions de voitures particulières. Miel Horsten, président de Renta, se dit lui aussi très optimiste pour 2019. " La croissance devrait atteindre les 4 %. " Reste à voir comment le marché réagira au ralentissement de l'économie. Une chose est sûre : il y a du changement dans l'air. Trois grandes tendances se profilent.

1. L'essence, avant l'électrique ?

Une des plus significatives est la chute du diesel. Le dieselgate et les autres scandales environnementaux ont impacté la politique des entreprises. Le nombre de voitures à essence parmi les voitures de location et de leasing récemment immatriculées a quasi doublé ces trois dernières années, de 17 % en 2016 à 32 % cette année. Quant aux diesels, ils sont passés de 80 % en 2016 à 64 % cette année. Sur l'ensemble du marché automobile belge, les modèles à essence représentent une part de marché de 58 %. Les diesels, eux, ne représentent plus que 36 %. " Cette évolution, assez lente au départ, a tendance à s'accélérer et se poursuivra probablement l'an prochain ", prédit Miel Horsten. L'arrivée en force de la voiture électrique dans la flotte de leasing n'est de toute façon pas pour demain, malgré l'objectif de zéro émission. Les voitures hybrides s'accaparent une modeste part de marché de 3,2 %, et les véhicules 100 % électriques de 5 % à peine.

"Du leasing d'un monoproduit, à savoir la voiture, nous évoluons lentement mais sûrement vers la multimodalité." Miel Horsten (Renta)

2. Plus de mobilité, moins de voitures

Les sociétés de leasing prennent peu à peu conscience que la voiture de leasing n'est pas la solution miracle à tous les problèmes de mobilité auxquels le navetteur est aujourd'hui confronté. " Ce n'est pas le leasing qu'il faut remettre en cause mais la mobilité ", précise Miel Horsten. L'impact des embouteillages structurels commence à se faire sentir et les utilisateurs de ces voitures cherchent à varier les moyens de transport afin de gagner du temps et retrouver une certaine mobilité. Les sociétés de leasing l'ont bien compris et proposent de plus en plus divers services de mobilité. " Du leasing d'un monoproduit, à savoir la voiture, nous évoluons lentement mais sûrement vers la multimodalité ", résume Miel Horsten. Le contrat " voiture " avec tous ses avantages est complété par un abonnement aux transports publics, un vélo (électrique) de société, un scooter partagé, etc.

Pour les sociétés de leasing, la gestion de tous ces services de mobilité est évidemment beaucoup plus complexe que celle d'un simple parc automobile. Et les montants sont nettement moins importants. Seule l'automatisation du back-office permet d'alléger la tâche. La société gantoise de logiciel Sofico, spécialisée dans la technologie adaptée au leasing et à la gestion de flotte, surfe sur cette vague en proposant une nouvelle plateforme logicielle facilitant la gestion de ces microservices. Or, l'approbation légale du budget de mobilité (à ne pas confondre avec l'indemnité mobilité, le fameux cash for car), qui devrait entrer en vigueur en 2019, se fait attendre. Après l'avis du Conseil d'Etat, le gouvernement fédéral doit présenter les textes au Parlement dans les plus brefs délais. " Les entreprises ne veulent plus attendre. La pression sociale incite à résoudre les problèmes de mobilité autrement. Les citoyens veulent des solutions flexibles combinant différents types de transport ", explique Miel Horsten.

3. Des applications à la rescousse

Cette évolution est du pain béni pour les développeurs d'applications mobilité, comme Olympus Mobility (aux mains de Cambio, Taxistop et VAB). Ces applications permettent d'acheter un billet numérique de train, tram, bus, métro, parking, d'avoir accès à un vélo partagé ou une voiture partagée. Planifier, réserver et payer tous ses besoins de mobilité grâce à une seule application, tel est aussi le but du projet-pilote MaaS (Mobility as a Service). Finis les tickets papier et les cartes en tous genres.

La plupart des sociétés de leasing collaborent déjà avec la plateforme Olympus pour répondre à la demande croissante de mobilité multimodale. Actif sur le marché des entreprises principalement, Olympus s'adresse depuis fin octobre à celui des consommateurs en participant à l'application bancaire de KBC. Les utilisateurs de KBC Mobile, soit plus d'un million de personnes, peuvent donc désormais acheter un billet SNCB via la plateforme Olympus. Grâce à cette collaboration, Olympus Mobility a une longueur d'avance sur les applications mobilité concurrentes qui poussent comme des champignons.

L'application Whim de la société finlandaise MaaS Global, pionnier dans le secteur, est opérationnelle à Anvers depuis octobre. Joyn Joyn, l'application belge de l'entrepreneur bruxellois Sébastien Curnel a été lancée à Bruxelles et à Namur. Pikaway, l'application mobilité de Lab Box, l'incubateur du groupe D'Ieteren, actuellement testée à Anvers, devrait être disponible début 2019.

L'intégration de ces applications est en tout cas un must pour le secteur du leasing. " Je ne les considère pas comme nos concurrentes. Sur le marché en pleine mutation, elles constituent une nouvelle source de revenus ", réagit Miel Horsten. Le rôle des géants de la technologie de type Gafa est par contre une autre paire de manches. Pour le président de Renta, toute la question est de savoir qui, in fine, prendra les commandes. " Mais quel que soit le vainqueur, nous nous adapterons. "