Grandir, encore grandir. Le numéro un mondial des verres ophtalmiques et des montures de marques prestigieuses, EssilorLuxottica, ne semble pas encore rassasié. Né l'an dernier de la fusion de deux leaders, le français Essilor et l'italien Luxottica, le nouveau poids lourd de l'optique va en effet racheter le distributeur néerlandais GrandVision pour 7,1 milliards d'euros. Il va, dans un premier temps, en acquérir les 76,7% détenus par la famille Van der Vorm et son holding HAL, et ensuite lancer une offre publique sur le solde du capital, retirant l'entreprise de la Bourse d'Amsterdam.

Aujourd'hui estimée à 15%, la part de marché du groupe franco-italien grimpera à près de 20% une fois l'opération bouclée. Une opération qui permettra à EssilorLuxottica de se renforcer dans la distribution. Certes, le groupe dispose déjà d'un réseau de 10.000 magasins dans le monde, mais il est encore très peu présent en Europe dans la distribution, ses magasins étant essentiellement situés en Amérique du Nord. Avec les 7.200 points de vente de GrandVision (30 chaînes et des sites d'e-commerce dans 40 pays : Pearle et GrandOptical chez nous, Générale d'Optique en France, etc.), le fabricant accentue donc sa présence sur le Vieux Continent. " Avec GrandVision, nous serons à même de développer notre réseau commercial de détail, qui s'étendra enfin à l'ensemble des régions du monde ", a précisé le PDG du nouveau groupe fusionné, Leonardo Del Vecchio.

Risque d'hégémonie

L'appétit d'EssilorLuxottica ne fait, on l'imagine, pas que des heureux. Dès l'annonce de la fusion en 2017, les concurrents des deux groupes avaient dénoncé un risque d'hégémonie, la nouvelle entité fixant désormais les prix des verres et des montures sur le marché. La Commission européenne avait même ouvert une enquête approfondie en septembre 2017. Conclusion : aucun effet préjudiciable. L'opération a été autorisée sans condition.

Avec l'acquisition de GrandVision, les opticiens indépendants craignent pourtant que la pression ne s'accentue sur le secteur. " Le marché va être encore plus agressif vis-à-vis du consommateur, avec des prix cassés, des réductions, etc., assure Laurent Alhadeff, opticien à Ixelles. Après avoir joué sur l'intégration horizontale en rapprochant verres et montures, le groupe joue à présent sur l'intégration verticale. Il veut contrôler toute la chaîne, de la production à la distribution. Il faudra voir si les autorités de la concurrence autoriseront cette manière de travailler en ligne directe et en quasi-monopole. "

La conclusion de l'accord ne devrait, de fait, intervenir que dans un délai d'un à deux ans, le temps que les autorités européennes de la concurrence se penchent sur le dossier. Une étape cruciale pour le nouveau géant de l'optique, dont l'intégration tarde à aboutir et qui est empêtré depuis un petit temps déjà dans une crise de gouvernance. Son PDG et son vice-président, Hubert Sagnières (ex-patron d'Essilor), s'étaient en effet opposés en début d'année à propos de la nomination d'un directeur général en 2020. Un choix qui n'est pas encore arrêté.