" Ceci pourrait être la fin du financement participatif en Belgique ", avançait l'expert financier Pascal Paepen voici quelques semaines à propos de l'affaire Newsmonkey.
...

" Ceci pourrait être la fin du financement participatif en Belgique ", avançait l'expert financier Pascal Paepen voici quelques semaines à propos de l'affaire Newsmonkey. Le site d'actualité avait levé plus de 275.000 euros en 2014 grâce au crowdfunding. Quelque 1.500 particuliers avaient souscrit des actions à 10 euros l'unité. Fin mai de cette année, Newsmonkey décide de racheter les parts de ses investisseurs de la première heure à 11 euros l'action. Mais la plateforme de crowdfunding MyMicroInvest, intermédiaire entre Newsmonkey et ses investisseurs du grand public, retient des frais de 12 %... ce qui fait que les investisseurs engrangent moins que ce qu'ils avaient placé au départ. Dur dur pour ceux qui avaient soutenu financièrement l'entreprise. Et pour l'image du financement participatif. Le financement participatif ne passe en effet pas par les banques. Le principe est que les particuliers (la crowd, la foule) mettent, via une plateforme du web, de l'argent à la disposition d'un projet. Certains le font parce qu'ils trouvent ça intéressant ou amusant, sans en attendre de profit financier. Tout au plus, ils peuvent espérer recevoir en remerciement quelques bouteilles de bière, un livre ou un abonnement à la publication, selon le projet que leur financement aura permis de créer. Cela n'empêche : les choses sont faites dans les règles et pour son apport de fonds, l'investisseur reçoit en échange des actions de l'entreprise (comme dans le cas de Newsmonkey). Il existe cependant une variante de cette forme de financement participatif : le crowdlending, le prêt participatif. Au lieu d'investir dans le projet (souvent à fonds perdu), le particulier ne fait qu'avancer l'argent. Ce prêt participatif est possible de particulier à particulier ou de particulier à entreprise. Au sens large, le financement participatif s'est fortement développé ces dernières années. En 2015, en incluant le crowdlending, il a permis d'obtenir 35 milliards d'euros en financement, soit le double de l'année précédente. Et dans ce total, justement, 70 % proviennent du crowdlending. En Belgique aussi, le financement alternatif par les particuliers progresse, même s'il reste en chiffres absolus un phénomène marginal. Tous types de financements participatifs confondus, le marché belge était évalué l'an dernier à 8 millions d'euros (à comparer aux 120 milliards d'euros pour l'encours des crédits bancaires). Les banques promeuvent clairement le financement participatif avec entrée en capital, le crowdfunding (par exemple la collaboration entre BNP Paribas Fortis et MyMicroInvest). Malgré cela, la plupart des fonds, chez nous aussi, passent par le le prêt participatif. Selon Look&Fin, leader du crowdlending en Belgique, 4,4 millions d'euros ont été levés l'an dernier, dont 3,6 millions (soit les trois quarts) via leur plateforme. Mais le potentiel est bien plus important, assure son CEO Frédéric Lévy Morelle : " Les PME ne sont pas encore familiarisées avec ce financement alternatif. Le crowdlending est pourtant un excellent complément à l'offre de crédit traditionnelle des banques. " Frédéric Lévy Morelle fait remarquer qu'il existe une grande différence entre le crowdlending et le crowdfunding classique comme le propose MyMicroInvest : " Chez MyMicroInvest, les investissements passent par un véhicule de financement qui regroupe les participations en actions. La plateforme retient une commission, à la charge de l'investisseur comme de l'entreprise. Pour les investisseurs, il s'agit d'une commission fixe de 12 %, tandis que le bénéfice peut être amputé de 20 %. " Le crowdlending, selon Frédéric Lévy Morelle, présente moins de risques et de coûts. Le risque est réduit parce qu'il ne s'agit pas d'une participation au capital, mais d'un prêt. Et en ce qui concerne les coûts, l'investisseur ne doit pas payer de commission. Les coûts, de 4 à 6 % en moyenne, sont à la charge de l'emprunteur. Le prêt participatif est en outre totalement automatisé. Il n'y a pas de véhicule de financement et l'investisseur prête directement à l'emprunteur. " En fait, le crowdlending peut se comparer à un investissement en obligations de sociétés à haut rendement, note le patron de Look&Fin. Dans un contexte de faibles taux d'intérêt, c'est une alternative intéressante pour les investisseurs en quête d'un meilleur rendement. De plus, la technique de financement est peu utilisée par les jeunes start-up, qui présentent un risque de crédit plus élevé. Généralement, ce sont des PME matures et en croissance qui ont recours au crowdlending. " Les entreprises qui cherchent à se financer via la plateforme Look&Fin doivent avoir clôturé au moins trois exercices, réalisé un chiffre d'affaires d'au moins 300.000 euros et doivent disposer d'un cash-flow disponible suffisant pour rembourser mensuellement une partie du montant emprunté. " Nous sommes très rigoureux dans notre sélection. Sur les 1.500 demandes que nous avons reçues cette année, nous n'en avons retenu qu'une vingtaine. Chaque dossier est d'abord automatiquement trié et ensuite analysé par un expert financier. Notre démarche se rapproche davantage de celle du private equity que de ce que font les banques. Nous nous basons bien sûr sur certains ratios financiers, mais nous tenons davantage compte du développement attendu du cash-flow. Nous rencontrons aussi le CEO et son équipe, et nous examinons la stratégie et le marché. " Look&Fin peut se prévaloir d'avoir, en quatre années d'existence, analysé 3.000 demandes de financement et levé 9,2 millions d'euros en prêts pour une soixantaine de PME. De ce montant, 2 millions d'euros ont déjà été remboursés aux investisseurs. Le nombre de défauts de payement reste limité à 0,5 %. " Il se pourrait que cette proportion augmente dans les prochaines années, admet Frédéric Lévy Morelle. Mais notre objectif est de rester sous les 2 %. A terme, le rapport entre le rendement et le risque est le principal paramètre sur lequel une plateforme de crowdlending est jugée. " Look&Fin met en avant son souci de transparence. Tous les dossiers sont publiés sur le site internet et à chaque entreprise est attribuée une classe correspondant au profil de risque. Les investisseurs individuels reçoivent chez Look&Fin un remboursement mensuel et bénéficient d'un rendement annuel qui oscille entre 6 et 12 %. " Sur une base annuelle, le rendement moyen s'établit à 8,3 % ", précise le CEO. Ce rendement élevé reflète naturellement la prise de risque. Il s'agit d'emprunts subordonnés pour lesquels il n'est pas demandé de garantie, ce que les banques exigent en principe pour l'octroi d'un crédit. " Les investisseurs doivent bien comprendre qu'il s'agit de capital-risque. Ils ont tout intérêt à étaler leurs opérations sur le plus de projets possible. Mieux vaut investir 10 fois 1.000 euros que 10.000 euros en une seule fois. " Qui sont ces investisseurs ? Presque exclusivement des épargnants particuliers européens, explique Frédéric Lévy Morelle. Beaucoup de Belges (45 %) et de Français (35 %). Le reste se partage entre Néerlandais, Luxembourgeois et Suisses. Ils investissent en moyenne 3.000 euros par projet et ont un portefeuille de 15.000 euros. Depuis le début de l'année, le prêt participatif connaît une nette montée en puissance : " Nous en sommes actuellement à 1 million d'euros par mois pour les prêts octroyés via notre plateforme. Et nous progressons de 10 % tous les mois. Ce qui fait que nous triplons chaque mois les montants levés. La demande pour ce type de financement alternatif est manifestement à la hausse, surtout auprès des investisseurs, mais aussi chez les entreprises. Nous misons sur 12 millions d'euros de prêts pour 2016. " Via sa plateforme en ligne, Look&Fin est également active en France. " Les entreprises que nous finançons viennent pour moitié de Belgique et pour moitié de France. En France, les entrepreneurs hésitent moins à faire appel à une plateforme de crowdlending. " Le principal obstacle concerne l'intérêt élevé que doivent payer les PME. " Le crowdlending est plus cher qu'un crédit bancaire, mais plus intéressant que le capital-risque, assure Frédéric Lévy Morelle. Le comparer avec le crédit bancaire n'a guère de sens. Les entreprises doivent comprendre qu'il s'agit d'une dette subordonnée, qui peut faciliter l'obtention d'un crédit bancaire. Compte tenu de cela, le crowdlending n'est absolument pas onéreux. Nous estimons qu'il y a encore un très grand potentiel en Flandre comme en Wallonie. "