Omniprésent dans la rue, le look casual va-t-il se généraliser sur le lieu de travail ? Aux Etats-Unis, la plupart des employés débarquent désormais au bureau en jean, teeshirt, quand ils n'ont pas carrément adopté le profil sportif, training ou pantalon de yoga. Dans de nombreux secteurs, le casual friday (qui consistait principalement à l'origine à tomber la cravate) s'est mué en quelques années en casual everyday. Le confort avant tout. Et si les milieux du droit, de la finance et de la consultance résistent encore à l'offensive, le dress code s'y assouplit également, lentement mais sûrement. En 2016, la banque JP Morgan Chase a ainsi officiellement rendu le costume cravate optionnel. Décision suivie en 2017 par EY et Walmart, et récemment, par Goldman Sachs. Une (r-)évolution vestimentaire qui se justifie par la nécessité de coller à la transformation du monde du travail, où l'organisation se fait plus horizontale, moins hiérarchique, plus informelle... Mais aussi, sans doute, pour mieux séduire les jeune recrues, plus exigeantes que les générations précédentes en matière de liberté et de flexibilité. Ces multinationales précisant toutefois qu'elles attendent de leurs employés de savoir ce qu'il est acceptable de porter où et quand et, surtout, avec qui.
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Omniprésent dans la rue, le look casual va-t-il se généraliser sur le lieu de travail ? Aux Etats-Unis, la plupart des employés débarquent désormais au bureau en jean, teeshirt, quand ils n'ont pas carrément adopté le profil sportif, training ou pantalon de yoga. Dans de nombreux secteurs, le casual friday (qui consistait principalement à l'origine à tomber la cravate) s'est mué en quelques années en casual everyday. Le confort avant tout. Et si les milieux du droit, de la finance et de la consultance résistent encore à l'offensive, le dress code s'y assouplit également, lentement mais sûrement. En 2016, la banque JP Morgan Chase a ainsi officiellement rendu le costume cravate optionnel. Décision suivie en 2017 par EY et Walmart, et récemment, par Goldman Sachs. Une (r-)évolution vestimentaire qui se justifie par la nécessité de coller à la transformation du monde du travail, où l'organisation se fait plus horizontale, moins hiérarchique, plus informelle... Mais aussi, sans doute, pour mieux séduire les jeune recrues, plus exigeantes que les générations précédentes en matière de liberté et de flexibilité. Ces multinationales précisant toutefois qu'elles attendent de leurs employés de savoir ce qu'il est acceptable de porter où et quand et, surtout, avec qui. Qu'en est-il de ce côté de l'Atlantique ? " Cela s'assouplit également, commente Virginie Vandenabeele, recruteuse et consultante HR pour la société Selextize. Le dress code a toujours son importance, surtout dans les secteurs de la finance, du droit, des affaires, du conseil... mais il devient moins formel, moins strict, sans pour autant verser dans le funky. Et c'est vrai aussi bien chez les hommes que les femmes. D'une manière générale, on assiste effectivement à une généralisation du casual, mais pas au point de voir des employés arriver en training ou en short. La chemise et le veston restent souvent de mise, mais les hommes abandonnent la cravate, et les femmes, le tailleur strict et les hauts talons. Et depuis quatre, cinq ans, on assiste à la multiplication des baskets, même lors de rendez-vous extérieurs. Par contre, il faut toujours être net, présentable, voire classe lorsqu'on est en clientèle. Chemise repassée, costume à la bonne taille. Il faut toujours renvoyer une bonne image de soi, de sa société, même si on a adopté un look plus confortable. " En clair, d'accord pour les baskets, mais elles doivent être chics et propres ! Marc Delbaere, global head of corporates and trade chez Swift, a lui aussi perçu cette évolution. " L'image du banquier constamment tiré à quatre épingles est un peu dépassée, constate-t-il. Le secteur a changé : au cours des 10-15 dernières années, on a vu apparaître de nouvelles entreprises, des services innovants, avec une culture de start-up, plus jeune, plus branchée, où les patrons ont tendance à s'habiller comme Mark Zuckerberg, façon 'Je suis milliardaire, mais je porte un pull et un jean ! ' " Une collision entre deux mondes, deux visions, qui a eu des répercussions sur le look. " Le casual friday est un peu devenu le 'casual quand tu veux', poursuit Marc Delbaere. Surtout parmi les gens qui passent la journée à bosser sur des dossiers assis derrière leur bureau. Pourtant, il y a quelques années encore, des banquiers sans cravate, c'était impensable. ( rires) Ceci dit, aujourd'hui, on assiste aussi à un mouvement inverse : certains en portent à nouveau, et le font clairement pour sortir du lot ! " Et hors milieux juridiques ou de la finance ? Cela varie. " Par exemple, dans le secteur pharmaceutique, c'est certes casual, mais on n'y verra pas de t-shirt ou de tenue sportive, explique Virginie Vandenabeele. Au contraire des milieux de la communication ou de l'informatique, bien plus relax. Dans des boîtes comme Google, Facebook ou Microsoft, 'l'uniforme' est plutôt jean et teeshirt, vêtements colorés voire short et tongs en été. Le look est un signe d'appartenance. " Et parfois, aussi, révélateur de la place occupée dans la société. " L'idée reçue voudrait que les juniors soient moins soucieux de leur apparence que les seniors, décode Marc Delbaere. Mais c'est plus une question de fonction que de génération. Dans la réalité, les seniors occupent généralement des fonctions plus élevées, qui impliquent qu'ils sont souvent plus amenés à avoir des contacts avec l'extérieur et donc à représenter l'entreprise, d'où la nécessité de la tenue ad hoc. " D'ailleurs, dans certaines sociétés, le dress code reste clairement spécifié. Dans le cas contraire, c'est une question de bon sens et d'adaptation. François, trentenaire, juriste dans un cabinet d'affaires international : " Quand je démarre dans une boîte, j'arrive toujours les premiers jours en costume cravate, puis j'adapte ma tenue en fonction de celle de mes collègues. Si c'est 'mixte', j'aurais tendance à vite passer en mode casual, et à ne porter le costume et la cravate que lorsque je suis en représentation. Même quand rien n'est indiqué dans le règlement de travail, on sent vite ce que l'on doit ou peut porter ou pas. J'ai déjà travaillé dans des boîtes très à cheval sur le sujet, où l'on m'a fait des remarques si je ne portais pas une cravate tous les jours. " Le passage au casual everyday, everywhere n'est donc peut-être pas aussi inéluctable qu'on ne le croit. " Il est important de se sentir à l'aise sur son lieu de travail, et le vêtement y aide, concède Virginie Vandenabeele. En cela, adopter un look plus casual est une bonne chose. Mais il faut éviter de le faire partout et toutes circonstances. L'habit reste un reflet des valeurs et de l'image d'une société. Il ne sera sans doute jamais judicieux de laisser des banquiers débarquer en chemise hawaïenne sur un skate-board, ça ne colle pas à l'image sérieuse et fiable que doit renvoyer le secteur. " François confirme : " Il m'arrive d'avoir des rendez-vous avec des membres de boîtes américaines, où l'on a adopté le look casual à l'excès. Certains sont parfois complètement débraillés. Cela ne met pas vraiment en confiance".Gare aussi aux petites touches d'excentricité. Elles peuvent se révéler plus malvenues qu'on ne le croit. " Autant il est normal de voir un créatif afficher un look décalé, des chaussettes fluo, un tatouage, des piercings, autant il est risqué de le faire quand on évolue dans un secteur conformiste, conclut Marc Delbaere. Quand vous traitez de sujets sérieux comme la finance, mais que le regard de la personne en face de vous est attiré par un détail de votre tenue, voire par votre look entier, cela déforce votre discours, puisque l'attention de votre interlocuteur sera détournée. En fait, tout est question de bon alignement. " Par Sigrid Descamps.