Les travailleurs internationaux sont en forte augmentation en Belgique. Ces quatre dernières années, leur nombre a pratiquement doublé. Parmi ces travailleurs internationaux, repris dans les statistiques, figurent les Belges travaillant à l'étranger, dans un ou plusieurs pays, ainsi que les étrangers actifs en Belgique, partiellement ou à 100%. Si les Belges représentent toujours un peu plus de la moitié de ces internationaux, la part des nationalités étrangères a augmenté plus fortement encore. L'emploi de ces travailleurs en Belgique a même quadruplé, ressort-il des chiffres publiés cet été par le prestataire de services RH SD Worx. Derrière les Français et les Néerlandais, les Indiens apparaissent pour la première fois dans le top 3 des ressortissants étrangers travaillant en Belgique. Ces derniers ont vu leur nombre multiplié par... 15 !
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Les travailleurs internationaux sont en forte augmentation en Belgique. Ces quatre dernières années, leur nombre a pratiquement doublé. Parmi ces travailleurs internationaux, repris dans les statistiques, figurent les Belges travaillant à l'étranger, dans un ou plusieurs pays, ainsi que les étrangers actifs en Belgique, partiellement ou à 100%. Si les Belges représentent toujours un peu plus de la moitié de ces internationaux, la part des nationalités étrangères a augmenté plus fortement encore. L'emploi de ces travailleurs en Belgique a même quadruplé, ressort-il des chiffres publiés cet été par le prestataire de services RH SD Worx. Derrière les Français et les Néerlandais, les Indiens apparaissent pour la première fois dans le top 3 des ressortissants étrangers travaillant en Belgique. Ces derniers ont vu leur nombre multiplié par... 15 ! Mais qui sont ces travailleurs indiens ? " Il s'agit clairement d'un personnel hautement qualifié, explique Hanane El Aakel, manager international employment chez SD Worx Belgique. Souvent des spécialistes techniques, dont les âges varient entre 30 et 50 ans et qui travaillent principalement dans les régions de Bruxelles, d'Anvers et du Brabant flamand. Nous observons en Belgique une forte demande pour des profils techniques. C'est pourquoi les Indiens qui viennent dans notre pays travaillent surtout au sein d'entreprises actives dans les secteurs de l'informatique, du business intelligence, des services financiers ou du développement scientifique. Ce sont des data scientists, des business analysts, des ingénieurs, des consultants IT, etc. " Basé en Inde, le géant des services IT Tech Mahindra emploie plus de 120.000 personnes dans le monde et possède des bureaux dans une septantaine de pays, dont le nôtre. " Ces dernières années, notre entreprise s'est beaucoup développée en Europe, et particulièrement en Belgique ", explique Arnold Willems, manager RH pour l'Europe de l'Ouest et du Sud chez Tech Mahindra. " Dans la plupart de nos bureaux, nos salariés sont aussi bien 'locaux' (sous contrat belge) qu''internationaux', principalement venus d'Inde. Nous appelons ces derniers des deputes, des détachés en français. En Belgique, six employés de TM sur 10 sont des deputes indiens. Et ceux-ci sont pratiquement tous des experts hautement qualifiés dans les domaines de l'IT où nous sommes actifs et dotés d'un profil technique très marqué. " La moyenne d'âge de ces deputes est de 35 ans et environ 70% d'entre eux sont mariés et ont un enfant. En général, leur famille reste en Inde pendant qu'ils travaillent en Belgique. Néanmoins, " si la mission est d'une durée supérieure à six mois, ils peuvent faire une demande pour que leurs proches les rejoignent. Les demandes sont approuvées au cas par cas, notamment en fonction de la localisation géographique et des infrastructures disponibles, comme les écoles internationales, les transports en commun, etc. ", explique Arnold Willems. Hemal Jhaveri, qui travaille comme consultant principal pour Tech Mahindra auprès d'un grand opérateur télécom belge depuis trois ans, a eu cette opportunité. " Ma femme et mon fils m'ont rejoint peu de temps après mon arrivée en Belgique ", confirme celui qui prévoit de passer encore deux années dans notre pays et dont le parcours professionnel l'a déjà mené aux Etats-Unis, à Singapour ou encore en Australie. Il n'y a pas que les géants indiens qui emploient leurs ressortissants en Belgique. Les PME noir-jaune-rouge le font également. " Les petites entreprises connaissent la croissance de l'emploi international la plus rapide, confirme Hanane El Aakel. En 2018, elles employaient 32% de ces travailleurs. Par ailleurs, les PME de moins de 20 travailleurs représentent un tiers des employeurs belges qui pratiquent l'emploi international. Ils sont majoritaires en pourcentage et leur part est celle qui augmente le plus rapidement, à un rythme de plus de 30% par an. " OneMind Technologies est une société belge de consultance en IT. Et à l'instar de Tech Mahindra, elle compte dans ses rangs une large majorité de travailleurs indiens, environ 20 sur 24 employés, dont son directeur général, Mahendra Kothari, installé chez nous depuis près de 20 ans. " Au sein de notre entreprise, nos consultants originaires d'Inde travaillent tous sous un contrat de travail belge, explique-t-il. Nos consultants disposent d'un permis de travail et ils paient toutes leurs taxes et leur sécurité sociale ici. Les grandes sociétés indiennes, elles, font venir leurs consultants sous le statut d'expatrié. " " Nos deputes en Belgique sont considérés comme des expatriés, confirme Arnold Willems. Un permis de travail adapté leur est accordé en fonction de la durée et du type de mission. La plupart d'entre eux restent assujettis au régime indien de sécurité sociale, sauf si leur séjour chez nous dépasse les cinq ans, ce qui est extrêmement rare car la durée moyenne des missions est d'un an et demi. " " Le nombre d'expatriés est en augmentation, détaille Hanane El Aakel. Il s'agit de cadres étrangers, temporairement occupés en Belgique, et qui bénéficient du régime spécial d'imposition. Ce groupe croît proportionnellement plus vite que le nombre de collaborateurs qui travaillent dans le cadre d'un fractionnement de salaire (occupation simultanée dans plusieurs pays) et d'un détachement (emploi temporaire dans un autre pays). " Mais pourquoi les travailleurs indiens sont-ils à ce point demandés ? " La hausse du nombre de travailleurs étrangers se manifeste pour toutes les nationalités, mais le taux de croissance des Indiens est frappant, précise encore Hanane El Aakel. Ces personnes ont une formation ou une expérience professionnelle telles qu'elles permettent aux entreprises qui les engagent d'accroître leurs propres défis internationaux. Par ailleurs, les Indiens postulent spontanément pour des postes vacants en Europe, car cela constitue une belle opportunité dans leur carrière professionnelle. Et enfin, la présence non négligeable de multinationales en Inde explique également cette croissance. " " Depuis environ deux ans, la demande sur le marché de la consultance IT a fortement augmenté en Belgique, explique le directeur général de OneMind Technologies, Mahendra Kothari. Le principal intérêt pour une compagnie comme la nôtre d'engager des consultants indiens, c'est qu'ils sont très polyvalents. Ils ont de l'expérience dans différents secteurs, de la banque aux télécoms, en passant par la pharma, l'industrie automobile, etc. En Inde, ils travaillaient généralement pour le compte d'une grande entreprise sur des projets variés, dans des domaines divers. En faisant appel à des consultants indiens lorsque j'attribue une mission, je ne dois pas jongler avec des personnes qui ne savent travailler que dans un seul secteur. On pourrait dire, dans une certaine mesure, qu'il s'agit là du point faible des consultants IT belges. Ils préfèrent souvent la sécurité de rester chez un seul employeur et, par conséquent, ils n'accumulent pas d'expérience dans d'autres secteurs. " Hemal Jhaveri confirme. " Les travailleurs indiens qui viennent en Belgique détiennent un diplôme élevé, parlent anglais et possèdent des connaissances que l'on retrouve peu en Belgique, surtout dans le secteur de l'IT. Ils sont flexibles, s'adaptent rapidement à un nouvel environnement de travail et s'y intègrent bien ", résume-t-il. Arnold Willems étend même cette flexibilité des travailleurs indiens à la mobilité internationale. " Alors que les étudiants belges sont encouragés à étudier à l'étranger, notamment via des programmes d'échange comme Erasmus, on constate qu'une fois que leur carrière professionnelle commence, leur mobilité est plutôt faible. Contrairement aux Indiens qui, eux, après avoir fait leurs études en Inde et y avoir travaillé quelques années, partent généralement à l'étranger pour accumuler de l'expérience professionnelle et personnelle. " Dans ces conditions, Hanane El Aakel estime que le nombre de travailleurs occupés à l'échelle internationale en Belgique va encore progresser, tant pour les Belges à l'étranger que pour les nationalités étrangères présentes dans notre pays. " Les ambitions internationales s'accompagnent de nouveaux défis pour les employeurs belges, prévoit-elle. Tant que certains profils seront difficilement disponibles en Belgique, ils continueront probablement à rechercher ou engager des candidats au-delà des frontières, et ce aussi bien au sein de nos pays voisins que des pays plus lointains. " Une tendance que confirme Mahendra Kothari. " En fonction de la croissance et des besoins du secteur IT, les futurs consultants que nous engagerons seront assurément de différentes nationalités : Belges, Européens de l'Est... Mais 70 à 80% d'entre eux seront Indiens. Tout simplement parce qu'ils sont très polyvalents ", conclut-il.