Les spécialistes du secteur de la transmission d'entreprise s'attendent à une année creuse. C'est l'un des enseignements d'une large enquête menée par la Sowaccess et dévoilée en primeur dans Trends-Tendances. L'organisme public wallon, filiale de la Sowalfin, a sondé son réseau de partenaires, composé de plus de 150 réviseurs d'entreprise, experts-comptables et autres consultants spécialisés dans les opérations de reprise de sociétés.
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Les spécialistes du secteur de la transmission d'entreprise s'attendent à une année creuse. C'est l'un des enseignements d'une large enquête menée par la Sowaccess et dévoilée en primeur dans Trends-Tendances. L'organisme public wallon, filiale de la Sowalfin, a sondé son réseau de partenaires, composé de plus de 150 réviseurs d'entreprise, experts-comptables et autres consultants spécialisés dans les opérations de reprise de sociétés. Plus de neuf professionnels sur dix estiment que le nombre de transactions va baisser en 2020. Près d'un sur deux considère même que le nombre de reprises risque de diminuer de 25%, au minimum ( voir graphique ci-contre). " On n'a jamais vécu ça, réagit Laurent Wenric, expert en transmission d'entreprises à la Sowaccess. Une bonne partie des opérations en cours sont actuellement en stand-by. " Il faut dire que, tant du côté des vendeurs que des repreneurs potentiels, l'attention des dernières semaines s'est souvent focalisée sur la gestion de la crise. " Il y aura certainement un décalage dans le temps de trois ou quatre mois. Je m'attends à un effet de rattrapage d'ici la fin de l'année ou en 2021 ", évoque Laurent Wenric. Si certains dossiers sont logiquement en mode pause, ce serait une erreur d'enterrer totalement les processus de reprise de sociétés. En temps de crise aussi, de bonnes opportunités peuvent surgir. Certaines entreprises qui connaissent des difficultés pourraient être tentées de chercher un repreneur, voire de s'adosser à un concurrent. " Je m'attends à des consolidations dans certains secteurs touchés par la crise ", avance Laurent Wenric. Le commerce, l'événementiel, l'horeca... sont souvent cités parmi les secteurs les plus exposés. Et c'est justement dans ces domaines que les transmissions d'entreprises wallonnes étaient les plus nombreuses ces dernières années ( voir graphiques page suivante). " Les consolidations, ce n'est pas forcément négatif, analyse Laurent Wenric. Souvent, l'emploi et le savoir-faire de l'entreprise sont conservés. Pour la société cédée, cela peut être l'occasion de grandir plus vite, de créer de la valeur pour le tissu économique et pour les actionnaires. C'est certainement mieux qu'une liquidation ou une faillite. " En 2019, les quelques 350 transmissions d'entreprise répertoriées par la Sowaccess ont permis de préserver plus de 6.250 emplois, qui auraient été irrémédiablement perdus en cas de dépôt de bilan. La crise du Covid-19 n'a pas pour seul effet de ralentir l'activité dans le créneau des transmissions d'entreprises. Elle joue aussi un rôle non négligeable sur les valorisations. Plus que jamais, les discussions entre acheteur et vendeur sur le prix de vente s'annoncent mouvementées. " Les repreneurs veulent intégrer le 'risque Covid' et tirer les prix à la baisse. Les cédants se basent sur l'Ebitda ( bénéfices avant impôt, Ndlr) de 2019, pré- Covid, pour fixer les valorisations et tirer les prix à la hausse ", illustre Alain Groignet, cofondateur de Transfund, un fonds d'investissement qui soutient les repreneurs de TPE. Après des années où le vendeur avait la main, l'acheteur semble désormais en position de force pour dicter sa loi. " Les multiples d'Ebitda, qui servent à fixer les valorisations, commençaient à être très hauts, confirme Laurent Wenric. Certains professionnels considèrent qu'il y avait une surchauffe du marché, alimentée notamment par les taux d'intérêt très bas. " Il est cependant difficile de tirer une conclusion générale sur le marché : " Une société en difficulté mettra l'acheteur en position de force. Une société plus robuste mettra le vendeur dans une situation plus favorable ", tempère Laurent Wenric. Les secteurs d'activités, en fonction de leur exposition au " risque Covid ", jouent aussi un rôle important. Du côté des experts de la valorisation, on voit apparaître une nouvelle forme de calcul. Après l'Ebitda, place à l'Ebitdac, avec un C pour " coronavirus ". L'idée est de calculer le niveau de rentabilité de l'entreprise en excluant du calcul l'impact lié au coronavirus, qui serait nécessairement exceptionnel et circonscrit à une période bien définie. " Je comprends l'idée d'isoler l'impact 'corona', c'est un élément exceptionnel que l'on peut immuniser. Mais il ne faut pas mettre totalement de côté l'effet de la crise sur les activités de l'entreprise ", avertit Laurent Wenric. Autre effet lié au coronavirus : les négociations en cours prennent une nouvelle tournure. Le nouveau risque lié à la crise sanitaire, qui se transforme doucement en crise économique, doit être intégré dans la discussion. Des dispositifs particuliers, permettant de différer une partie des paiements, sont de plus en plus sollicités. Le système du crédit-vendeur, déjà plébiscité en 2019 dans près d'un dossier de transmission sur trois d'après les chiffres de la Sowaccess, devrait gagner en importance. Ce mécanisme permet de payer le montant de la reprise en plusieurs tranches, ce qui reporte une partie du risque lié à la reprise sur le vendeur. Le système du earn-out a également le vent en poupe (22 % des dossiers de transmission en étaient assortis en 2019). Là aussi, l'idée est de reporter une partie du risque sur le vendeur, en liant la valorisation aux performances futures de la société reprise. Dans les deux cas, le repreneur minimise son risque et étale ses paiements. Des solutions existent donc au profit des candidats repreneurs que la période de crise rendrait quelque peu frileux. La frilosité n'a cependant pas gagné tous les entrepreneurs ( lire l'encadré " Il reprend une TPE en plein confinement "). Certains profils attirés par l'entrepreneuriat ont même trouvé dans le confinement un espace de réflexion idéal pour mûrir leur projet de carrière. " Cette période particulière a suscité beaucoup de vocations de repreneurs potentiels ", confirme Laurent Wenric. Certains en sont venus à la conclusion que c'était le bon moment pour reprendre une société existante, la faire prospérer et lui donner un nouvel élan. " Statistiquement, le retour sur investissement en temps de crise est supérieur à la moyenne. Les risques sont plus importants mais les prix sont tirés à la baisse ", conclut Laurent Wenric. Avis aux amateurs.