Quand le savon fait place au livre

A l'origine du Blow Book, on retrouve Philippe Capart, le fondateur du concept store La Crypte Tonique, le temple des bouquinistes, situé dans la galerie Bortier à Bruxelles. Voici deux ans qu'un petit collectif s'est formé autour de lui et d'Olivier Van Vaerenbergh. " Au départ, nous avons récupéré un ancien distributeur de savon d'une laverie automatique pour y mettre des bouquins, explique ce dernier. Nous l'avons emporté à Angoulême ( au Festival international de BD qui se tient chaque année au mois de janvier, Ndlr) où nous avons remporté un certain succès. Nous nous sommes rendu compte à cette occasion que notre concept répondait à deux constats : la BD est devenue trop chère pour le lecteur, elle n'est plus populaire dans le sens strict du terme, et les auteurs sont de plus en plus paupérisés à cause du système de distribution. "

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Rendre la culture aussi facile d'accès qu'un Coca

En proposant des livres visuellement attractifs à 5 euros et disponibles en distributeurs automatiques, Blow Book entend attiser la curiosité, la surprise. " Le public n'a plus assez facilement accès aux livres. Savez-vous que 75% des gens ne mettent pas les pieds dans les librairies en dehors de la saison des fêtes de fin d'année ? Il est grand temps de rapprocher les livres du grand public ! Imaginez, vous êtes sur le quai d'une gare, vous voyez l'un de nos distributeurs, vous pouvez facilement vous laisser tenter. Et puis pour 5 euros, vous ne prenez pas de risque, vous n'avez pas peur de l'abîmer, vous pouvez le glisser dans votre poche, le prêter, le passer à quelqu'un ", explique Olivier Van Vaerenbergh, qui entend rendre ses lettres de noblesse au phénomène du roman de gare très populaire au 19e siècle. La notion de hasard et de surprise est également centrale : le lecteur ne peut pas feuilleter son livre avant de l'acheter. Il peut toutefois en lire un extrait en scannant le code QR présent sur la machine.

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Des distributeurs appelés à se multiplier

Les quatre premiers titres de la collection sortiront ce jeudi 12 septembre à l'occasion de la Fête de la BD. Pour démarrer, trois distributeurs seront installés dans divers lieux bruxellois avant d'atteindre une dizaine de points de vente d'ici la fin de l'année. " Notre rêve, évidemment, c'est de conclure un partenariat avec la SNCB afin d'être présents dans les gares, mais les possibilités sont infinies, détaille Olivier Van Vaerenbergh. On pourrait envisager d'installer nos distributeurs dans les hôpitaux, les salles de sport, les centres culturels, etc. " La collection est elle aussi appelée à s'étoffer au cours des mois : Blow Book entend sortir huit à 12 titres par an, avec une promesse de contenus très larges. En effet, Blow Book entend n'être ni connoté comics, ni manga, ni m anhua (le manga à la mode chinoise), ni roman graphique. Dans les distributeurs, il y en aura donc pour tous les goûts.

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La renaissance de Dick Bos

En vedette de la première collection proposée par Blow Book, on retrouve un grand classique néerlandais, né en 1941 de la plume d'Alfred Mazure. Les enquêtes de Dick Bos, de véritables tutos de self-défense, connaissent à l'époque un immense succès dans leur pays, jusqu'au moment où la Waffen-SS essaie de faire porter son uniforme au détective... Abandon du projet jusqu'à la Libération où, une fois de plus, Dick Bos est sabordé, cette fois par le ministre de l'Enseignement qui le trouve trop subversif. " Un cas unique d'une aventure éditoriale sabordée par son trop grand succès ", racontent avec humour les cofondateurs de Blow Book.

Simplifier la distribution pour mieux payer les auteurs

Dans le circuit du livre classique, les distributeurs prélèvent 50% du chiffre d'affaires obtenu suite aux ventes d'un livre. Un système viable à condition d'écouler des volumes importants, mais insoutenable pour de nombreux auteurs et petits éditeurs qui ne parviennent pas à vendre suffisamment de livres ou à se démarquer parmi le flots d'ouvrages qui sortent chaque année. Par conséquent, on considère généralement que les droits d'auteur tournent généralement autour des 8 à 10% dans le circuit classique. Ce n'est pas le cas chez Blow Book, où, grâce au modèle de distribution ultra simplifié et sans intermédiaire, les auteurs et ayants droit perçoivent 20% des revenus des ventes du livre. " Pour permettre à nos auteurs de vivre dignement, il est essentiel que nous fassions du volume, et pour cela, nous souhaitons installer un maximum de distributeurs ", détaillent les cofondateurs. Pour démarrer la machine et éditer ses quatre premiers volumes, le collectif Blow Book a bénéficié de l'aide à la création de bande dessinée de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

En chiffres

7 x 9 cm

La taille d'une case de Blow Book. En moyenne, une case de Tintin mesure 5 x 6 cm.

5 euros

Le prix d'un Blow Book.

12.000 exemplaires

Le tirage total des quatre premiers volumes de la collection.