L'art de la tonnellerie, et tous ses métiers afférents, s'est perdu chez nous depuis des lustres. Pour les amateurs de vin, ce savoir-faire impressionnant est aujourd'hui, dans nos contrées, dans les mains des Français mais aussi des Autrichiens passés maîtres dans l'art d'assembler des foudres qui contiennent entre dix et une centaine d'hectolitres. Contrairement à ce que certains prétendent, les tonneliers français ne se fournissent pas tous en chêne issu de la célèbre forêt de l'Allier. Sans quoi, comme son homologue d'Amazonie, elle serait menacée d'extinction. Nombreux sont ceux qui, sans s'en vanter, se fournissent déjà dans les forêts wallonnes. Quatre terroirs y sont en effet réputés pour la grande qualité de leurs chênes: la Famenne, le Condroz, les Ardennes dans leur partie jurassique et la Fagne dans la botte du Hainaut. Il faut savoir que la tonnellerie demande des bois haut de gamme. Or, seuls 5% environ des arbres sont capables de fournir des merrains ad hoc, soit des sections de tronc sans défaut, aux grains serrés et issus d'une croissance lente. Une fois coupés, ces merrains doivent sécher pendant trois ans à l'air libre et subir les affres de la météo: le vent, la pluie, le soleil, etc. Ce n'est qu'à ce moment-là que le merrandier les coupera en douelles et autres douves et traversins, les matières premières du tonnelier. Comme pour le vin, la tonnellerie e...

L'art de la tonnellerie, et tous ses métiers afférents, s'est perdu chez nous depuis des lustres. Pour les amateurs de vin, ce savoir-faire impressionnant est aujourd'hui, dans nos contrées, dans les mains des Français mais aussi des Autrichiens passés maîtres dans l'art d'assembler des foudres qui contiennent entre dix et une centaine d'hectolitres. Contrairement à ce que certains prétendent, les tonneliers français ne se fournissent pas tous en chêne issu de la célèbre forêt de l'Allier. Sans quoi, comme son homologue d'Amazonie, elle serait menacée d'extinction. Nombreux sont ceux qui, sans s'en vanter, se fournissent déjà dans les forêts wallonnes. Quatre terroirs y sont en effet réputés pour la grande qualité de leurs chênes: la Famenne, le Condroz, les Ardennes dans leur partie jurassique et la Fagne dans la botte du Hainaut. Il faut savoir que la tonnellerie demande des bois haut de gamme. Or, seuls 5% environ des arbres sont capables de fournir des merrains ad hoc, soit des sections de tronc sans défaut, aux grains serrés et issus d'une croissance lente. Une fois coupés, ces merrains doivent sécher pendant trois ans à l'air libre et subir les affres de la météo: le vent, la pluie, le soleil, etc. Ce n'est qu'à ce moment-là que le merrandier les coupera en douelles et autres douves et traversins, les matières premières du tonnelier. Comme pour le vin, la tonnellerie exige donc de la patience et un long moment de vieillissement. Ce savoir-faire ancestral disparu, deux Belges, passionnés de vin, entendent bien le ressusciter en Wallonie. Didier Mattivi est un entrepreneur. Il est, entre autres, copropriétaire de Wild Bishop, un studio et incubateur de jeux vidéo situé dans le Pôle Images de Liège. Depuis cet automne, il est aussi, à temps partiel, le directeur de l'administration, de la recherche, de l'innovation et de la valorisation d'ULiège. Hugues De Pra est chief technology & transformation officer chez Cisco. C'est aussi un dégustateur de vin hors pair qui anime le site Lesvins.be et l'organisateur du championnat de Belgique de dégustation à l'aveugle. Amis, ils se sont rendu compte que quelque chose manquait à l'essor de la viticulture belge. "Didier est un passionné du bois et un menuisier amateur, sourit Hugues De Pra. Il disait toujours que le chêne belge n'était pas assez mis en valeur. Puisque nous avons en Wallonie du chêne de qualité et que la tonnellerie a disparu de nos contrées, nous nous sommes dit qu'il y avait une place à prendre. Nos partenaires étaient désireux de réaliser un projet en Belgique mais il leur manquait un lien fort avec les viticulteurs belges. Ce que nous pouvions délivrer." Si la société a été portée sur les fonts baptismaux en 2020, vu le délai avant la disponibilité des douelles, c'est bien avant que Didier Mattivi et Hugues De Pra ont sécurisé leurs premiers merrains issus de la forêt domaniale de Rochefort. Ils ont été sélectionnés avec l'aide de leurs deux partenaires dans l'aventure Barwal: la scierie Hontoir à Gesves et la Tonnellerie Artisanale de Champagne. "Nous avons lancé l'entreprise sur fonds propres, poursuit Hugues De Pra. L'un dans l'autre, l'investissement pour arriver où nous en sommes approche les 100.000 euros. Nos deux partenaires sont devenus des associés actionnaires. C'est normal: le savoir-faire et sa transmission sont des atouts qui méritent le respect dans une entreprise. La Tonnellerie de Champagne assure la merranderie et la tonnellerie à partir de nos bois. D'ici à la fin de l'année, avec Hontoir, nous réaliserons la merranderie en Belgique. Le but ultime est évidemment de créer une tonnellerie complète en Wallonie. Avec les mêmes partenaires. Un peu de patience s'impose quand même. Il faut trouver l'espace ad hoc et disposer de personnel qualifié, formé par nos amis champenois. Mais surtout, il faut atteindre une production de 200 barriques par an pour être rentable. Tant que nous n'aurons pas de telles commandes, nous ne nous lancerons pas." Assez rapidement, chez Barwal, la demande a dépassé l'offre. Et la production du début (20 fûts par an) a dû être dopée. Il a aussi fallu sécuriser de nouveaux merrains. De ces jours-ci doit partir vers la Champagne le premier camion avec du bois en provenance de la région de Philippeville. Il faut dire qu'à côté du Chant d'Eole (lire l'encadré ci-dessous), nombreux sont les domaines belges qui ont mordu à l'hameçon identitaire: Vin de Liège (avec notamment un foudre de 45 hectolitres), le vignoble de Bellefontaine (deux foudres de 15 hectolitres), Vin du Pays de Herve, le domaine Beekborne, le Domaine W, le Domaine des Marnières (le pinot noir issu uniquement des fûts Barwal a décroché une médaille d'or au Concours du Meilleur Vin Belge en 2021, pas les autres...), le Château de la Durette dans le Beaujolais, etc. Barwal a aussi été choisi par La Dada Chapel, la distillerie un peu décalée soutenue par Michel Moortgat (CEO du groupe Duvel-Moortgat) et qui fait du rhum avec des betteraves et de la vodka avec des pommes de terre. Elle va faire vieillir son premier single malt dans les fûts wallons. Question prix, les fûts de Barwal sont grosso modo 10% plus chers que leurs équivalents français. Il en coûte 900 euros (hors TVA) pour une barrique de 228 litres et 1.100 euros pour une pièce de 300 litres. Au fait, Barwal n'est pas le diminutif de Barriques de Wallonie mais de Barrels for Wines and All Liquids...