Au coeur du très chic club de sport et de détente ucclois David Lloyd se dresse désormais une forêt jardin constituée de blocs potagers grillagés et palissés hors-sol. Exactement 311 parcelles verticales, débordant d'une riche variété d'herbes, salades, choux, courgettes, navets, oignons, fruits... (perma)cultivés en terre fertile à un jet de balle des terrains de tennis. La deuxième ferme urbaine belge de Peas&Love - après celle posée depuis 2016 sur le toit du magasin Cameleon de Woluwe-Saint-Lambert - mais aussi la septième du groupe Urban Farm Company piloté par le Belge Jean-Patrick Scheepers.
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Au coeur du très chic club de sport et de détente ucclois David Lloyd se dresse désormais une forêt jardin constituée de blocs potagers grillagés et palissés hors-sol. Exactement 311 parcelles verticales, débordant d'une riche variété d'herbes, salades, choux, courgettes, navets, oignons, fruits... (perma)cultivés en terre fertile à un jet de balle des terrains de tennis. La deuxième ferme urbaine belge de Peas&Love - après celle posée depuis 2016 sur le toit du magasin Cameleon de Woluwe-Saint-Lambert - mais aussi la septième du groupe Urban Farm Company piloté par le Belge Jean-Patrick Scheepers. Depuis son lancement et telle une belle plante vivace, le concept Peas&Love a également essaimé en France, en région parisienne, où il a notamment dressé ses vertes parcelles sur le toit de l'hôtel Yooma et au siège de BNP Paribas Real Estate. Mais tout cela n'est encore qu'un amuse-bouche. " Le lancement de cinq à sept autres fermes potagères est planifié pour 2020 en Belgique et France, s'enthousiasme le boss et concepteur de Peas&Love. Après, nous comptons accélérer notre expansion pour atteindre un objectif d'une centaine de fermes dans cinq ou six ans. Nous étudions l'option d'investir un troisième territoire parlant une autre langue que le français. Peut-être l'Allemagne, la Belgique néerlandophone ou l'Angleterre. Londres, ce serait vraiment bien ! " Apparemment, l'appétit vient en plantant... Le serial entrepreneur est plus que jamais sûr du sillon qu'il a commencé à tracer dès 2013. " Je voulais me lancer à fond dans l'agriculture urbaine mais j'ai vite tourné le dos à la vision ambiante qui prêchait uniquement pour une production urbaine maraîchère capable de rendre les villes plus résilientes en alimentation. Des coûts plus élevés et des comportements économiques disqualifient cette vision utopique. J'ai donc pris l'équation par un autre bout. A savoir que l'agriculture urbaine sert surtout à reconnecter le citadin à la nature, à créer de l'expérience, à rendre les villes plus vertes, plus humaines et plus durables. Avec au centre de l'équation : l'individu. Et quel est l'axe individuel idéal de la relation entre une production en ville et le citadin ? Ce n'est pas une ferme, mais le potager ! " Fort de cette approche, Jean- Patrick Scheepers a creusé et découvert la graine magique et rentable sous forme d'une formule économique jouant sur les trois freins qui empêchent le citadin d'assouvir son désir de potager : manque de place, de temps et d'expérience/connaissance. Qu'à cela ne tienne, le concept Peas&Love gère ces trois paramètres au son du mantra maison : " Nous plantons, nous entretenons, vous récoltez ! ". En effet, l'abonné s'acquitte d'un droit d'entrée unique de 100 euros et d'un abonnement mensuel de 38 euros. Le service Peas lui offre le droit de choisir la composition maraîchère de sa parcelle nominative et verticale (géniale pour le gain de place et la gestion hors-sol), de venir en récolter les produits quand bon lui semble, armé des outils et des conseils fournis par les city and community farmers chargés de la gestion agronomique du site. Le service Love comporte, lui, des formations, animations, activités périphériques aux potagers. Un loisir cher pour bobos aisés ( lire l'encadré " Génération LOHAS ") ? Le patron de Peas&Love n'esquive pas la question, lancinante depuis le début de son épopée potagère. " Le droit d'entrée est largement amorti par une fréquentation à long terme, explique-t-il. Quant aux 38 euros mensuels d'abonnement, ce n'est pas excessif. Prenons l'aspect récolte. Nous connaissons précisément la rentabilité de production moyenne par parcelle (jusqu'à 40 kilos par an). Nous tenons compte aussi de notre large éventail de fruits, légumes, plantes, herbes (certaines introuvables voire chères dans le commerce). Avec l'aide d'un professeur de Solvay, nous avons mis au point un mode de calcul. Celui-ci permet d'évaluer notre offre, de vérifier qu'elle cadre avec le coût de l'abonnement demandé et de comparer avec un panier de produits équivalents en magasin. Et il est moins cher pour l'abonné ! Cerise sur le gâteau, nous suivons un plan de plantation réactif et ajusté sur la manière dont nos clients fonctionnent et cuisinent avec des ingrédients dont certains un peu plus originaux que la moyenne. D'autre part, l'abonnement donne accès à tous nos ateliers, animations, etc. La cherté du service dépend de la manière de profiter de son abonnement. C'est comme s'abonner à une salle de sport. Plus vous êtes assidu, moins cela vous coûte cher, plus cela sera rentable. " Et ça marche. En moyenne, chaque ferme Peas&Love atteint en un an un taux stable de location de parcelles de 90%, niveau qui permet d'atteindre la rentabilité. Les 10% restants étant plus une tranche de turnover. Deux mois après son lancement, celle d'Uccle est louée à hauteur de 70%. Dont 50% sont des membres du club David Lloyd et 50% sont des habitants des environs. Jean-Patrick Scheepers et ses équipes entendent aussi profiter des spécificités de chaque site mis gratuitement à leur disposition (les enseignes se battent d'ailleurs pour accueillir des fermes Peas&Love). A Uccle, les parcelles traditionnelles ont été rejointes par une nouvelle offre d'arbres fruitiers et de baies, des lianes à kiwis et des plantes couvre-sol. Le nouveau site teste aussi une méthode innovante de culture sur buttes qui porteront courgettes, fèves, potimarrons, poireaux, navets et choux ! L'ensemble de la production est garantie sans pesticide ni herbicide. Une ruche d'abeilles bourdonne aussi désormais dans le sanctuaire alimentaire de végétaux locaux et de saison. L'acteur typique de l'ère verte actuelle n'a pas fini de faire son miel. Par Fernand Letist.