Je vous avais parlé il y a quelques jours de ce mariage entre le constructeur automobile Fiat-Chrysler et Renault. Cela devait être le mariage du siècle dans l'automobile européenne ! Seulement ce mariage n'aura pas lieu... Les Italiens ont retiré leur offre cette semaine. Ils estiment que c'est le ministre de l'économie française qui a fait capoter cet arrangement, qu'il s'est immiscé, maladroitement, dans ce deal et qu'il a tout fait rater. Du côté français, on estime au contraire que la famille Agnelli, qui contrôle Fiat-Chrysler, voulait faire un hold-up sur Renault, et qu'en plus Renault n'a pas pu convaincre son partenaire Nissan de participer au deal.

Bref, comme toujours dans un échec, chacun se renvoie la balle. En attendant, cet échec montre que l'Europe n'arrive pas à constituer des champions mondiaux, et cela c'est dommage pour notre Vieux continent... Si vous regardez quelles sont les 50 premières capitalisations mondiales, il y a 10 ans, on trouvait encore 17 entreprises européennes. Aujourd'hui, elles ne sont plus que 7 !

Et ne croyez pas que la taille est juste une question d'ego mal placé : dans l'automobile, la taille est vitale. Les spécialistes estiment que pour les 8 prochaines années, les constructeurs automobiles devront investir 225 milliards d'euros pour passer à l'électrification de leurs gammes ; et 225 milliards d'euros, c'est 66 fois le résultat net (!) du groupe Renault-Nissan en 2018 selon la lettre d'information TTSO.

Vous l'avez donc compris, l'avenir dans le secteur automobile appartiendra uniquement aux grands groupes. L'Europe a ainsi raté une belle occasion de constituer un mastodonte dans ce secteur très concurrentiel. En fait, c'est dommage, car 75 ans après le débarquement en Normandie des forces alliées, la guerre aujourd'hui est d'abord une guerre économique. Comme le disent les Américains, quand vous n'êtes pas à la table des négociations, c'est que vous êtes dans le menu. Or, en matière de nouvelles technologies, l'Europe n'est plus invitée à la table des négociations écrit le Dr Laurent Alexandre dans l'Express. La négociation se passe entre les Américains et les Chinois ; ce qui veut dire que nous Européens serviront de menu, hélas !