Gilles Le Borgne est convaincu par les voitures électriques, puisqu'il est le chef d'orchestre technologique de la stratégie "eWays" de Renault, pour accélérer la conversion à l'électrification. Il s'inquiète néanmoins de l'objectif annoncé par la Commission européenne ce 14 juillet, avec son plan "fit for 55", qui inclut l'interdiction la vente d'autos à carburant à partir de 2035, "y compris les hybrides."
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Gilles Le Borgne est convaincu par les voitures électriques, puisqu'il est le chef d'orchestre technologique de la stratégie "eWays" de Renault, pour accélérer la conversion à l'électrification. Il s'inquiète néanmoins de l'objectif annoncé par la Commission européenne ce 14 juillet, avec son plan "fit for 55", qui inclut l'interdiction la vente d'autos à carburant à partir de 2035, "y compris les hybrides.""C'est rapide, trop rapide" a expliqué l'ingénieur en chef, aussi membre du board de management du groupe français, lors d'un contact avec la presse spécialisée sur l'électrification du constructeur, auquel Trends Tendance a participé : "On aurait préféré 2040". Les mesures doivent encore être votées par le Parlement européen.Les clients suivront-ils ?Il avance deux objections. "D'abord vis-à-vis des clients. Si les offres sont là, et Renault a répondu présent avec la Zoé, leader en Europe, on sortira la Megane l'an prochain, la profession en met beaucoup sur la route. Mais y aura-t-il des clients pour des autos qui restent aujourd'hui encore plus chères que les véhicules thermiques ?" se demande-t-il. "Bien sûr, il y a les primes attribuées dans certains pays comme l'Allemagne, la France ou l'Espagne (pas en Belgique ndlr), mais on ne fait pas un marché "sustainable" avec des incitants." Il estime qu'il faudrait quelques années de plus pour que les coûts des autos électriques diminuent. "Nous y travaillons, notre future petite R5 sera vendu à des prix proches d'une auto à carburant, sans incentive. Cela restera un problème de savoir si les clients pourront suivre et acheter des véhicules dans les mêmes proportions."La difficile transition industrielleDeuxième objection : La vitesse de transition de l'outil industriel. "Nous avons des usines de moteurs thermiques, des usines de plateformes multi-carburants ou purement thermiques, il faut du temps pour les convertir. Clairement l'échéance de 2035 nous paraît beaucoup beaucoup trop courte."Des hybrides rechargeables au-delà de 2035 ?Gilles Le Borgne recommande d'autoriser, au moins transitoirement, la vente d'autos hybrides, comme du reste l'ont demandé Luca de Meo et Jean-Dominique Senard, respectivement CEO et président du groupe Renault, notamment au président de la République. "Des hybrides rechargeables permettent une transition plus douce vers l'électrique" dit-il.Renault a annoncé depuis le début de l'année une accélération de l'électrification, avec l'arrivée de nouveaux modèles comme la Megane l'an prochain, de la R5, de plateforme purement électriques, en association avec Nissan, l'ouverture d'usines de batteries, dont une gigafactory à Douai, annoncée fin juin. Le CEO Luca de Meo promet 10 nouvelles autos électriques d'ici 2025, et 90% d'autos électriques vendues en 2030. Notamment grâce à une réduction du coût des batteries de 62% par rapport au coût des batteries de la Zoé en 2019 (de 170 dollars par kWh à moins de 80 dollars).Le serrage de vis pour les autos à carburant en 2030Malgré ces objectifs ambitieux, Renault s'inquiète aussi du sort des autos à carburant d'ici 2035. Car la Commission a aussi augmenté les objectifs pour les voitures à carburant en 2030. "L'encre de l'accord de 2018 sur le sujet est à peine séchée, et nous imposait 37,5% de CO2 moins, qu'il y a deux jours, la baisse a été portée à 55%" s'étonne Gilles Le Borgne. "Ce qui est un peu différent, pour employer un doux euphémisme. Il est difficile de changer d'orientation aussi rapidement."Puis ces investissements ne serviraient qu'à vendre des autos invendables dans l'UE à partir de 2035...