Notre pays introduira-t-il bientôt une consigne sur les bouteilles en plastique et les canettes ? Le débat agite plus que jamais le secteur des boissons depuis que plusieurs de nos voisins ont franchi le pas. C'est le cas de l'Allemagne et des Pays-Bas, notamment. Outre-Moerdijk, la consigne touche les grands contenants, mais des discussions sont en cours pour élargir le système. Dans l'Hexagone aussi, le débat fait rage, même si le Sénat français vient de rejeter cette mesure phare du projet de loi pour une économie circulaire porté par la secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson.
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Notre pays introduira-t-il bientôt une consigne sur les bouteilles en plastique et les canettes ? Le débat agite plus que jamais le secteur des boissons depuis que plusieurs de nos voisins ont franchi le pas. C'est le cas de l'Allemagne et des Pays-Bas, notamment. Outre-Moerdijk, la consigne touche les grands contenants, mais des discussions sont en cours pour élargir le système. Dans l'Hexagone aussi, le débat fait rage, même si le Sénat français vient de rejeter cette mesure phare du projet de loi pour une économie circulaire porté par la secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson. Chez nous, la piste figure dans les déclarations de politique générale des gouvernements wallon et bruxellois. " Le gouvernement prendra l'initiative en vue de l'instauration d'un système de consigne pour les canettes et bouteilles en plastique ", peut-on lire dans le document bruxellois. Le gouvernement wallon, lui, se veut moins catégorique, affirmant vouloir défendre " la mise en oeuvre progressive, à l'échelle de la Belgique, d'un système de consigne ou de prime de retour pour les canettes et les bouteilles en PET, qui soit viable économiquement, efficace et qui permette d'obtenir des gains environnementaux et de propreté publique ". Les industriels, eux, se sont toujours montrés réfractaires à un tel système, le jugeant extrêmement coûteux. Mais les positions sont également en train de bouger de ce côté. Spadel, qui commercialise notamment les eaux Spa et Bru, vient ainsi d'appeler à " une grande mobilisation pour améliorer la collecte et le recyclage des emballages de boissons ", pointant plusieurs solutions dont... la consigne ( lire l'encadré " Quand Spadel ouvre le débat "). C'est que les fabricants sont poussés dans le dos par la nouvelle directive européenne sur les plastiques jetables qui impose, notamment, de collecter 90% des bouteilles en plastique en 2029 et, surtout, d'incorporer au moins 25% de PET recyclé dans les nouvelles bouteilles en 2025 (au moins 30% en 2030). Du côté de la Fevia (la fédération de l'industrie alimentaire belge), on reconnaît que Spadel met le doigt sur deux défis importants, à savoir l'accroissement du taux de collecte, notamment en dehors du domicile, et l'importance de disposer de matière recyclée de qualité à incorporer dans les bouteilles. Mais la fédération est persuadée que ces challenges pourront être relevés grâce au système de collecte et de recyclage actuel. " Introduire la consigne reviendrait pour les entreprises à financer deux systèmes de collecte parallèles sans pour autant atteindre un meilleur résultat que celui que nous comptons atteindre grâce au sac bleu élargi, insiste Ann Nachtergaele, directrice environnement et énergie. Les taux de collecte à domicile sont déjà très élevés ( on parle de 81% pour les bouteilles en PET, Ndlr). En ce qui concerne la collecte en entreprise, Fost Plus a mis en place, en collaboration avec les opérateurs privés du secteur des déchets, un nouveau type de contrat avec incitant financier. Dans les villes, on pourrait imaginer 'sur-trier' sur place certains types de flux encore mélangés. A Namur, des poubelles PMC ont même déjà été installées à côté des poubelles normales. Enfin, au niveau de la qualité de la matière recyclée par Fost Plus (un point négatif soulevé par Spadel), celle-ci est similaire à celle qui serait obtenue grâce à un système de consigne. " La responsable relève par ailleurs le coût que représenterait l'introduction d'un système de consigne. " Il faudra revoir les emballages pour insérer un logo et adapter le code-barre afin que les bouteilles soient reconnues comme étant des bouteilles belges, explique-t-elle. Des machines de collecte devront être installées dans les magasins, de nouveaux centres de tri devront être construits. Tous ces coûts, ainsi que le montant de la consigne, seront répercutés sur le prix de vente, ce qui ne fera qu'accroître des achats transfrontaliers déjà conséquents, surtout dans le secteur des boissons. Nous allons donc importer en Belgique des bouteilles françaises qui ne seront pas consignées. " La grande distribution serait, elle aussi, fortement impactée si une consigne sur les bouteilles en plastique et les canettes venait à être introduite. Comeos, la fédération belge du commerce et des services, a chiffré à 400 millions d'euros la mise en place d'un tel système. " Je me suis rendue dans plusieurs magasins en Allemagne pour voir ce que cela impliquait, explique Géraldine Verwilghen, adviser sustainability chez Comeos. Vous avez parfois jusqu'à 10 machines côte à côte, avec chaque fois des lignes de tri et des compacteuses à l'arrière. C'est carrément un petit centre logistique en magasin. Le Belge étant un gros consommateur de boissons en bouteille à usage unique, cela nécessitera un espace considérable dans les points de vente. La consigne est clairement un système coûteux qui fera augmenter le prix des boissons. Or, notre secteur fonctionne déjà avec des marges faibles. Le moindre petit surcoût pose problème, d'autant plus si nos voisins ne doivent pas le supporter. " D'après notre interlocutrice, le système de collecte actuel via le sac PMC est clairement ce qu'il y a de plus confortable pour le citoyen. Il vient d'ailleurs d'être amélioré. Dorénavant, il sera possible de jeter davantage de déchets en plastique. " Cet élargissement du sac bleu s'accompagne de la construction de nouveaux centres de tri, explique Géraldine Verwilghen. Mais si on retire une partie du volume qui sera dorénavant collecté via le circuit de la consigne, c'est problématique. " " Si l'on prend en compte le PET clair et le PET transparent, on se retrouve avec au moins 30% du sac bleu qui ne seraient pas gérés dans les centres de tri, précise Cédric Slegers, directeur général adjoint de Go4Circle, la fédération des entreprises privées actives dans la collecte, le tri et le recyclage des déchets. Pourquoi avoir attribué les marchés pour les nouveaux centres de tri en juin dernier si c'est pour décider aujourd'hui de créer un circuit de collecte parallèle ? " Le responsable explique ne pas être contre la consigne par principe. " Mais à partir du moment où un choix est posé, il faut s'y tenir, dit-il. Soit on décide d'élargir le sac bleu et de construire de nouveaux centres de tri, soit on entre dans un schéma de consigne. Ici, les trois Régions se sont accordées pour renforcer le sac bleu et ont renouvelé l'agrément de Fost Plus. Les entreprises du secteur ont décidé de construire de nouveaux centres de tri. Et aujourd'hui, les mêmes qui ont fait le choix du sac bleu élargi font aussi le choix de la consigne. " Le responsable reconnaît qu'à partir du moment où une directive européenne impose aux industriels l'utilisation de PET recyclé dans les bouteilles, la question de sa qualité est fondamentale. " Mais il faut laisser une chance aux nouveaux centres de tri d'atteindre cette qualité, estime-t-il. Par ailleurs, il ne faut pas voir dans la consigne la solution miracle. Elle ne va pas permettre d'obtenir un taux de retour de 100%. L'enjeu primordial, d'après moi, est de collecter les emballages pour boissons en dehors du domicile. A ce sujet, Fost Plus doit déployer beaucoup plus de moyens. " Si Cédric Slegers estime donc qu'il est préférable de poursuivre dans la voie actuelle, le responsable n'en juge pas moins la sortie de Spadel " très crédible ". " Le minéralier est en quelque sorte le porte-parole d'un paysage européen qui bouge, dit-il. La Belgique ne pourra pas rester sur une île. Si nos voisins se mettent l'un après l'autre à introduire la consigne, je ne me fais aucune illusion sur le fait que cette dernière sera instaurée chez nous également. Et vous verrez, ce seront les industriels eux-même qui l'imposeront. Car ils sentent le vent tourner. Officiellement, ils justifient leur changement de position en expliquant que les taux de collecte sont insuffisants pour leur permettre de respecter les nouveaux objectifs européens. Mais en réalité, l'enjeu, pour eux, est la propriété de la matière. Plutôt que de devoir acheter du PET recyclé dont le prix ne va faire que grimper et qui coûtera finalement plus cher que le PET vierge, ils se disent qu'il vaut mieux qu'ils restent propriétaires de la matière recyclée grâce à un système de consigne. "