Une Coupe du Monde en hiver !

Lors de l'annonce de l'attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar en décembre 2010, de nombreuses voix s'étaient élevées pour critiquer ce choix. A côté des accusations de pots-de-vin et autres malversations, les conditions climatiques en juin et juillet (températures diurnes entre 34 et 42 °C et taux d'humidité à 80 %) suscitaient le plus d'inquiétude. Première solution : déplacer la Coupe du Monde en hiver. C'est chose faite avec une compétition qui s'étendra du 21 novembre au 18 décembre. Ce qui ne manquera pas de perturber le calendrier habituel des compétitions nationales et européennes. Deuxième solution : jouer dans des stades climatisés. Ils l'ont rêvé, ils l'ont fait ! Même si les températures sont plus acceptables en hiver, l'inconfort climatique demeure à un niveau élevé. Qu'importe, les universitaires rattachés au collège d'ingénierie du Qatar ont imaginé un astucie...

Lors de l'annonce de l'attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar en décembre 2010, de nombreuses voix s'étaient élevées pour critiquer ce choix. A côté des accusations de pots-de-vin et autres malversations, les conditions climatiques en juin et juillet (températures diurnes entre 34 et 42 °C et taux d'humidité à 80 %) suscitaient le plus d'inquiétude. Première solution : déplacer la Coupe du Monde en hiver. C'est chose faite avec une compétition qui s'étendra du 21 novembre au 18 décembre. Ce qui ne manquera pas de perturber le calendrier habituel des compétitions nationales et européennes. Deuxième solution : jouer dans des stades climatisés. Ils l'ont rêvé, ils l'ont fait ! Même si les températures sont plus acceptables en hiver, l'inconfort climatique demeure à un niveau élevé. Qu'importe, les universitaires rattachés au collège d'ingénierie du Qatar ont imaginé un astucieux système qui garantit une température constante de 26 °C dans le stade. La démonstration, impressionnante, a eu lieu fin septembre à l'occasion de la présentation des futurs Championnats du Monde d'athlétisme qui se dérouleront à Doha dans le gigantesque Khalifa Stadium en octobre 2019. En une demi-heure et alors qu'il régnait une température étouffante de plus de 41 °C à l'extérieur, tout le stade fut plongé dans une température agréable de fin de soirée d'été... Jusqu'ici, seul le Khalifa Stadium dispose de ce système révolutionnaire de climatisation. Il a été ajouté à la structure existante alors que dans les sept nouveaux stades, il sera directement intégré à la structure. La beauté du système tient au fait que les ingénieurs ont choisi de ne pas souffler de l'air froid mais d'utiliser de l'eau froide. A deux kilomètres du Khalifa Stadium, une centrale énergétique transforme, la nuit, de l'eau en glace via un procédé de réfrigération par absorption. De l'eau recyclée d'installations voisines et de l'eau de pluie récupérée. Lors du transport souterrain du réservoir vers le stade, la glace passe dans une espèce de radiateur géant qui permet la transformation en air frais. Par rapport à une climatisation classique, ce système en circuit fermé permet d'économiser 40 % de l'énergie. Au Khalifa Stadium, 3.000 canons à air (photo) ont été disposés à trois hauteurs différentes. A puissance maximale, il leur faut 30 minutes pour amener la température à 26 °C. En outre, des capteurs disséminés dans tout le stade étudient la qualité de l'air. Reliés à un système de gestion centralisée, ils permettent de faire varier le degré d'humidité de l'air pulsé pour le confort des spectateurs et des sportifs. Pour éviter que les performances soient affectées par la puissance des canons, il est possible de neutraliser ceux situés au niveau de la pelouse, voire tous. En fait, chacun des canons est commandé individuellement. Même en neutralisant ceux situés au niveau du gazon, la température ne montera pas pour autant. Plus lourd, l'air froid va repousser l'air chaud hors du stade et la disposition de la toiture va l'empêcher de redescendre. Largement de quoi tenir pendant tout un match de football, même s'il y a des tirs au but. Evidemment, un tel objectif peut apparaître ridicule quand on parle de climatiser des stades ou quand on jette du béton pour construire une ville de toutes pièces (Lusail, dont le coût est estimé à 45 millards de dollars). Mais la Coupe du Monde au Qatar se désire vitrine de la construction durable à laquelle participe Besix, actif dans plusieurs projets dont celui du nouveau stade Al Wakrah. Chaque stade sera relié à une ferme de panneaux photovoltaïques qui lui fournira toute l'énergie nécessaire. Les toits seront rotatifs pour réguler la quantité d'ombre et la ventilation naturelle à différents moments de la journée. Mais aussi pour protéger la pelouse d'un brunissement intempestif. L'utilisation de matériaux durables ou issus de filière de recyclage est aussi privilégiée. Ainsi, le stade Ras Abu Aboud à Doha sera entièrement démontable et transportable. Des milliers de containers recyclés y serviront de base à la structure. Par Xavier Beghin.