Ils espéraient lancer leur nouvelle plateforme d'informations au cours du premier semestre 2019 et même, idéalement, avant les élections du 26 mai. Ce sera finalement à la date du 2 septembre que les trois fondateurs de LN24 inaugureront leur chaîne en Fédération Wallonie-Bruxelles. Un double retard dans la constitution de la société et dans le planning des travaux oblige en effet le serial entrepreneur Boris Portnoy et les journalistes Martin Buxant et Joan Condijts à revoir quelque peu leurs plans. " Bien sûr, nous sommes frustrés de ne pas pouvoir couvrir les élections fédérales, scande d'emblée l'ancien rédacteur en chef de L'Echo, mais nous serons malgré tout présents à ce rendez-vous via une première version de notre futur site internet. Ce sera LN24 en mode 'apéro' avec des articles, du son et de l'image, histoire de marquer tout de même le coup. "
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Ils espéraient lancer leur nouvelle plateforme d'informations au cours du premier semestre 2019 et même, idéalement, avant les élections du 26 mai. Ce sera finalement à la date du 2 septembre que les trois fondateurs de LN24 inaugureront leur chaîne en Fédération Wallonie-Bruxelles. Un double retard dans la constitution de la société et dans le planning des travaux oblige en effet le serial entrepreneur Boris Portnoy et les journalistes Martin Buxant et Joan Condijts à revoir quelque peu leurs plans. " Bien sûr, nous sommes frustrés de ne pas pouvoir couvrir les élections fédérales, scande d'emblée l'ancien rédacteur en chef de L'Echo, mais nous serons malgré tout présents à ce rendez-vous via une première version de notre futur site internet. Ce sera LN24 en mode 'apéro' avec des articles, du son et de l'image, histoire de marquer tout de même le coup. " Initiative inédite sur notre territoire, LN24 sera, dans sa formule définitive, la toute première chaîne d'informations en continu made in Belgium qui se déclinera en des versions spécifiques pour la télévision dite " classique " - en mode linéaire - et pour les supports en ligne, à savoir un site internet, une application mobile et une présence soutenue sur les réseaux sociaux. Ambitieux, ce projet cross media entend offrir de " l'information politique et économique de premier plan ", mais aussi du sport et de la culture, sept jours sur sept, 24 heures sur 24, en privilégiant " une approche journalistique tournée vers les solutions ". En attendant cette inauguration en fanfare, ce sont plutôt des problèmes de câbles et de saignées dans les murs qui occupent aujourd'hui les acteurs de cette folle aventure. Situés dans " le quartier des médias " à Bruxelles, juste en face des bureaux de RTL Belgique, les studios de LN24 prennent tout doucement forme sur leurs 700 m2, ce qui n'empêche nullement le trio fondateur de procéder aux premiers recrutements. La chaîne compte engager une trentaine de personnes et, sur le terrain de l'info, ce sont principalement des " journalistes reporters d'images " (JRI) qui sont recherchés. En clair : des " couteaux suisses de l'information " capables de réaliser leur sujet seul, avec un iPhone en guise de caméra, dans leur intégralité - interview, prise de vue, montage, etc. - pour qu'il soit diffusé, dans des versions différentes, en télévision, sur le Web et les réseaux sociaux. " Je suis sidéré par la quantité et surtout la qualité des C.V. reçus ", confie le directeur de l'information Joan Condijts qui dénombre pas moins de 250 candidatures au poste de JRI, comprenant chacune une vidéo de présentation en face caméra. Une quinzaine de ces profils seront retenus pour un contrat à dure indéterminée et seront supervisés, dès le lancement de la chaîne, par une équipe de cinq éditeurs sous le contrôle du rédacteur en chef Martin Buxant. D'autres salariés viendront compléter l'équipe pour différents postes techniques et administratifs, sans compter la présence du consultant Stéphane Rosenblatt, ancien n°2 de RTL Belgique, qui vient déjà distiller ses précieux conseils, ni de l'un ou l'autre visage connu qui pourrait émerger à la présentation du sacro-saint JT revisité à la sauce LN24. " Nous allons fonctionner de manière disruptive en travaillant avec du matériel léger pour être en phase avec les usages qui sont en vogue sur les réseaux sociaux, explique le CEO Boris Portnoy qui a jadis fondé Keynews, gros fournisseur de programmes pour RTL-TVI. Nous voulons casser les codes et agencer les tranches d'information de manière beaucoup plus flexible par rapport à ce que l'on voit actuellement dans le paysage médiatique belge. En fait, nous allons créer un produit qui n'existe pas. " Pour lancer leur plateforme d'information, le trio Buxant-Portnoy-Condijts a réussi à convaincre quatre grands acteurs économiques de mettre la main au portefeuille. Belfius Insurance, Besix, Giles Daoust (CEO de la société d'intérim du même nom) et Ice-Patrimonial (propriété de Jean-Pierre Lutgen, le patron d'Ice-Watch) ont ainsi largement contribué à la constitution du capital de LN24, soit 4,5 millions d'euros au total, le solde étant apporté par les trois fondateurs. " C'est un projet qui fait sens, tant au niveau éditorial que financier, et qui tente de combler un trou dans le paysage audiovisuel, témoigne l'actionnaire Giles Daoust. J'ai examiné le dossier de près et j'y investis à titre privé parce qu'il est porté par trois personnes de talent qui ont beaucoup d'audace. J'ai moi-même une société de production de films, Title Media, qui est active depuis 15 ans aux Etats-Unis et je dirige aussi l'entreprise familiale Daoust, ce qui permet d'apporter un double regard stratégique en tant qu'administrateur. Tout investissement dans une nouvelle structure est un pari, bien sûr, mais ma motivation première n'est pas le rendement. C'est surtout le fait de participer à une aventure humaine et de soutenir un projet audacieux. Ce qui m'habite, c'est l'esprit d'entreprendre. " " Personnellement, je suis surpris par l'implication de ces différents actionnaires dans LN24, ajoute le rédacteur en chef Martin Buxant. Ils montrent un réel intérêt entrepreneurial dans cette aventure. Ils sont positifs, 'challengeants' et c'est vraiment très enrichissant. " Pour couper court à tout discours qui laisserait toutefois sous-entendre que ce type d'actionnariat " très business " puisse un jour influencer certains choix éditoriaux, le trio fondateur a formulé clairement une garantie d'indépendance, histoire d'éviter tout conflit d'intérêts. " C'est écrit explicitement dans le pacte d'actionnaires, révèle le directeur de l'information Joan Condijts. Le principal actif d'un média, c'est sa crédibilité. Si un investisseur commence à jouer avec cela, il met en péril son propre investissement. " Confiant, le trio fondateur affirme que les capitaux levés permettront de faire tourner LN24 durant deux années. Mais l'objectif visé est évidemment de rendre la société rentable pour la faire prospérer en misant principalement sur la publicité. La chaîne d'info en continu sera en effet accessible gratuitement sur le câble - ses patrons sont actuellement en négociations avec les différents opérateurs - et c'est donc le modèle publicitaire qui prévaudra pour faire rentrer l'argent dans les caisses. D'autres sources de revenus sont toutefois à l'étude comme, par exemple, la vente de certains contenus de LN24 à des tiers ou encore l'organisation d'événements spécifiques pour lesquels l'équipe pourra apporter son savoir-faire technique et/ou ses compétences journalistiques. Sur le marché des annonceurs, le scepticisme semble pourtant dominer. La plupart des observateurs du monde des médias saluent évidemment le courage du trio fondateur, mais bon nombre se montrent dubitatifs quant aux revenus publicitaires que LN24 pourrait engranger. " Je n'ai aucun doute sur la qualité du projet éditorial parce qu'il est mené par des gens compétents, mais je suis en revanche très dubitatif sur le business model, témoigne Thierry Brynaert, CEO de l'agence média WaveMaker Belgium. Personnellement, je ne crois pas au succès de LN24 pour deux raisons. D'une part, nous ne sommes pas dans une ère où les investissements publicitaires sont en croissance et, d'autre part, l'audience est déjà saturée avec plusieurs grandes marques médias de qualité qui tendent elle-même vers l'information en continu à travers leurs différentes plateformes. Et comme les annonceurs sont frileux, je ne pense pas qu'ils se mouilleront tant que la marque ne sera pas clairement installée. " Il y a quelques années déjà, RTL Belgique avait elle-même songé à lancer une chaîne d'info en continu. Selon nos informations, ce projet prévoyait un budget annuel de 5 millions d'euros pour la faire tourner, ce qui rendait l'exercice difficilement rentable aux yeux de la hiérarchie qui l'avait très vite enterré. Bien sûr, le contexte est aujourd'hui différent et le CEO de LN24 met d'ailleurs en avant des coûts de production nettement moins élevés grâce à la flexibilité des JRI qui travailleront seuls avec du matériel low cost, mais il n'empêche que le marché belge est étroit aux yeux de nombreux spécialistes. " Le marché est trop étroit si on l'aborde avec une vision passéiste des médias, rétorque Boris Portnoy. Nous ne sommes pas des doux rêveurs. Nous avons étudié ce marché et nous venons avec une offre inédite qui mise sur l'information 24 heures sur 24 et qui est véritablement cross media. Bon nombre d'entreprises médias entament seulement leur conversion dans le digital. Nous, nous y sommes déjà avec un autre contenu et des espaces neufs que nous pourrons bientôt proposer au marché publicitaire. " " Je ne suis pas aussi sûr que les responsables de LN24 quant à l'existence d'un réel marché par rapport à ce qu'ils veulent proposer, réagit Bernard Cools, chief intelligence officer à l'agence médias Space. L'offre d'infos en continu existe déjà au quotidien et je ne m'attends pas à ce qu'il y ait un engouement d'audience de la part du public. Je suis donc assez pessimiste et, personnellement, je ne vais pas recommander LN24 à mes clients avant d'avoir vu le produit. " Pour briser la glace de cet attentisme généralisé, une régie publicitaire a toutefois décidé de réagir et de prendre la plateforme LN24 dans son portefeuille de clients. Connue pour être la régie de référence des médias de la RTBF mais aussi d'autres chaînes comme BeTV ou AB3, la RMB s'apprête en effet à commercialiser les futurs espaces publicitaires de la première chaîne belge d'infos en continu auprès des annonceurs. " Il est vrai que le marché n'est pas évident, reconnaît son CEO Yves Gérard, mais nous avons fait nos analyses et nous estimons qu'il y a un réel potentiel. LN24 sera un média qualitatif qui va viser une cible principalement issue des groupes sociaux élevés avec un modèle intégré - digital et linéaire - et cela représente donc une offre originale et relativement forte aux yeux des annonceurs. Je suis terriblement emballé par ce très beau projet parce que rien de tel n'existe encore sur le territoire belge et nos commerciaux se mettront en ordre de marche dès que les grilles seront finalisées. " Si aucun objectif d'audience n'est encore clairement établi, le CEO de la RMB espère toutefois que LN24 touchera " entre 2% et 3% de l'audience sur des cibles qualitatives, principalement dans la tranche des 18-44 ans ". Avec quelle promesse de marque ? " Du sérieux, un ton, une intelligence et une vision différente de l'actu, répond le directeur de l'information Joan Condijts. Tout cela avec du débat, de l'analyse et du décodage en permanence. " En attendant de se lancer corps et âme dans l'aventure télévisuelle du 2 septembre prochain, le trio fondateur fourbit ses armes et ajoute déjà une nouvelle corde à son arc de communication. Outre la version bêta du site internet qui sera accessible avant les élections, LN24 boucle en effet un autre dossier qu'il compte déposer prochainement sur la table du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Le double appel d'offres relatif au nouveau plan de fréquences radio 2019-2028 - à la fois pour le réseau analogique FM et le réseau numérique DAB+ - a été publié il y a tout juste un mois au Moniteur belge et les stations intéressées ont encore quatre semaines pour déposer leur candidature au CSA. Le régulateur aura ensuite quatre mois pour examiner les différents dossiers et attribuer enfin les fréquences à la mi-juillet. " La radio s'inscrit dans la logique de notre projet qui se veut cross media, conclut le CEO Boris Portnoy. Elle est très vite entrée dans notre réflexion et je pense que c'est important dans le paysage actuel. Car nous ne venons pas avec une énième radio musicale dans le plan de fréquences, mais bien avec une radio d'information qui apportera du fond et participera au débat démocratique. " Si le CSA donne son feu vert, LN24 pourrait donc inaugurer sa radio bien avant sa chaîne de télévision.